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Full text of "Livres Liberlog"

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Sur la bonne voie 
Franklin Delano ROOSEVELT 


Traduit de l'Anglais par 

PIERRE DUTRAY 

1934 


Les Éditions 
DENOËL ET STEELE 
19, rue Amélie, 19 
PARIS 



PRÉFACE 


Le but de ce livre est d'exposer simplement, sans esprit de polémique et sans 
longs commentaires, les principaux événements d'une année très agitée. Ce fut 
une année de réalisation : nous avons exécuté les promesses faites au peuple 
américain et nous avons ranimé l'espoir des foules qui s'épuisaient dans l'attente 
d'une organisation meilleure de la vie. J'indiquerai ici les jalons qui marquent la 
réalisation d'une nouvelle politique d'intérêt public. 

Certains ont voulu qualifier cette politique de révolutionnaire: peut-être l'est- 
elle. Toutefois, elle est révolutionnaire, uniquement dans ce sens que les mesures 
adoptées et les objectifs qui les commandent diffèrent de ceux qu'on a employés 
jusqu'à ce jour. Si c'est une révolution, c'est une révolution pacifique, réalisée 
sans violence, sans que l'on fasse table rase des intentions de la loi établie, sans 
qu'un individu ou une classe subisse un déni de justice. 

Certains ont appelé notre nouvelle politique « fascisme ». Elle n'est pas 
fasciste car elle tire son inspiration de la masse du peuple plutôt que d'une classe 
ou d'un groupe ou d'une armée en marche. De plus, elle s'accomplit sans apporter 
de changement fondamental au système républicain. Nous avons conservé la foi 
dans nos institutions politiques traditionnelles et nous nous y tenons. 

Certains l'ont dénommée « Communisme ». Ce n'est pas cela non plus. Ce 
n'est pas une « régimentation » à outrance que règlent les plans d'un directoire 
permanent, où l'établissement des lois et les procès des cours sont soumis aux 
ordres de l'exécutif. Elle ne poursuit pas non plus l'élimination totale d'une classe 
ou l'abolition d'un parti particulier. 

A peu près partout les gens ont pris l'habitude d'appeler cette politique « New 
Deal »1, et on a laissé entendre que l'expression dose d'une manière satisfaisante 
l'honnêteté en affaires et la liberté dans le travail. Ce qui prouve la justesse de 
cette suggestion, c'est que certaines des réalisations de l'an passé seront la mise 
en oeuvre des idées progressistes de Théodore Roosevelt, qui désirait une 
association entre le monde des affaires et le gouvernement; c'est également la 
mise en oeuvre des desseins de Woodrow Wilson qui désirait, grâce à l'entremise 
du gouvernement, réprimer par d'énergiques mesures légales les abus du monde 
des affaires. Ainsi, nous avons admis qu'à certains égards, le gouvernement siège 



en associé à côté des gens d'affaires; mais, par d'autres côtés, il fait agir l'autorité 
supérieure de l'Etat pour renforcer l'équité et la justice et leur donner leur place 
parmi les divers éléments de la vie économique. Cet ensemble de remèdes 
s'impose si l'on songe aux changements qui révolutionnent les conditions de la 
vie moderne. 

Laissons là les expressions et les formules toute faites, et retenons ceci qui, je 
pense, est important: à la base de notre nouvelle politique il y a un changement 
dans les habitudes et la manière de penser du peuple américain — en d'autres 
termes c'est notre démocratie arrivant à la maturité qui détermine cette politique. 
Celle-ci s'appuie dans sa marche sur les principes premiers qui ont guidé les 
auteurs de notre Constitution; elle prend forme, avec l'approbation de la grosse 
majorité des Américains; enfin cette politique s'accomplit, en laissant 
constamment au peuple l'assurance que si, à un moment donné, il désire revenir 
aux vieilles méthodes que nous avons rejetées, il est entièrement libre de le faire 
en usant tout simplement de son droit de vote. Un ancien Grec a prononcé une 
parole qui demeurera éternellement vraie : « La création est la victoire de la 
persuasion et non de la force ». Le « New Deal » cherche cette sorte de victoire. 

L'écroulement presque complet du système économique américain qui a 
marqué le début de mon gouvernement, exigeait la suppression de beaucoup 
d'éléments pourris, l'adoption de nouvelles méthodes et une reconstruction totale. 

Il nous fallait prendre trois mesures, toutes trois dépendant l'une de l'autre: 

Tout d'abord, par des mesures radicales, supprimer les privilèges 
extraordinaires dont jouissait dans le contrôle du vieil édifice économique et 
social, un groupe d'individus numériquement très faible, mais d'une très grande 
puissance, groupe qui disposait d'une autorité telle qu'il régissait les affaires, les 
banques et même le gouvernement. 

En deuxième lieu, faire la guerre au crime, propager et instaurer des valeurs 
morales ; en troisième lieu rétablir le balancement du pendule dont, depuis trois 
générations, les oscillations indiquaient une concentration grandissante de la 
richesse dans un nombre de mains de plus en plus limité — revenir à une 
répartition plus vaste de la richesse et du capital de la nation. 

L'époque exigeait et exige encore l'adoption d'un plan. Ce livre décrit la nature 
et le but des nombreux moyens qui furent nécessaires à la réalisation d'un plan 



national de redressement. Malgré la complexité inévitable des organismes dont 
les titres abrégés ont prêté à la plaisanterie, malgré ce qui a permis à certains de 
croire que le Gouvernement Fédéral cherchait à centraliser le pouvoir, on a 
poursuivi constamment un objectif très précis, très étudié et de longue portée. 

En ce qui concerne l'excellence de chacun des moyens examinés séparément, 
je ne puis que répéter ce que j'ai souvent dit — à savoir que chaque partie du 
programme général, prise en elle-même, n'est nullement à l'abri de modification 
ou d'erreur. A certains égards, nous aurons peut-être à changer le système; par 
ailleurs, il est possible que nous ne soyons pas allés assez loin. Le temps et 
l'expérience nous apprendront beaucoup de choses. 

Je n'espère pas, dans ce livre, accumuler les renseignements et détailler les 
résultats de toutes les mesures du « New Deal ». Je me permettrai cependant 
quelques généralisations. 

Les prix de nos produits agricoles sont en hausse considérable sur ceux de 
l'année passée; la plupart nos industries ont lancé sur le marché un nombre 
fortement accru de marchandises qui sont achetées par les consommateurs; le 
transport des marchandises, celui des voyageurs par chemin de fer et tous les 
autres moyens de transport se sont améliorés; la détresse des débiteurs 
hypothécaires diminue; les secours aux chômeurs dans le dénuement ont réalisé 
en grande partie les desseins du Gouvernement qui avait promis de meure tout 
en oeuvre pour empêcher la famine; la conservation des ressources, les mesures 
prises contre les inondations, le projet d'une meilleure exploitation de notre vaste 
territoire, tous ces éléments se sont développés à une cadence inimaginable jadis. 

Il y a un an, notre civilisation se portait bien mal. Il aurait mieux valu 
l'admettre. Nous connaissons du moins l'idéal des hommes et des femmes qui ont 
fondé l'Amérique. Nous connaissons du moins l'idéal des fondateurs de la 
république. Au cours de ces dernières années, la situation avait notablement 
changé — peut-être n'avions nous pas oublié les idéals de nos pères; en tout cas 
nous en rejetions le plus grand nombre. 

Nous, citoyens de ce pays, nous n'avons pas besoin de critique ou d'une 
opposition purement destructrice et nous ne les recherchons pas; ces individus 
ou ces groupes d'individus qui pour des raisons politiques ou pour d'égoïstes 
visées financières s'opposent au vaste plan général, ceux-là, nous le savons, ne 
feront de tort qu'à eux-mêmes, car, nous, peuple américain, nous ne souscrirons 



jamais aux propositions qui ramèneraient le pays à la situation où il se trouvait 
durant les dix années de l'après-guerre. Toutefois, une majorité écrasante de nos 
compatriotes, vieux et jeunes, spécialement de jeunes, s'apprête à écouter avec 
faveur les suggestions honnêtes qui tendent à l'emploi de méthodes nouvelles et 
meilleures en vue du bien général. En tout cas, nous, peuple américain, nous 
sommes résolu, après être allé de l'avant durant une année, a persévérer dans 
notre effort. 



CHAPITRE PREMIER 


Le premier acte du Gouvernement fut la prestation de serment du nouveau 
cabinet dans le bureau du Président à la Maison Blanche, immédiatement après 
la fin de la Parade inaugurale du 4 mars. A ce moment, le cabinet ne tint aucune 
réunion officielle mais je discutai la situation bancaire avec le Secrétaire du 
Trésor et l'Attorney general, et je leur demandai de se préparer pour le lendemain 
à esquisser, dans les cadres de la constitution, un moyen de fermer toutes les 
banques. 

La situation, à ce moment, rendait cette mesure nécessaire. Pratiquement, 
toutes les banques se fermaient, les unes volontairement, d'autres à cause des 
retraits massifs de la clientèle, d'autres encore à cause des proclamations du 
Gouverneur. Le but poursuivi était de permettre, dans le délai le plus bref, la 
réouverture des banques, mais ce mode de réouverture devait se baser non 
seulement sur la confiance du public mais encore sur un plan uniforme qui 
donnerait la certitude que seules les banques solvables rouvriraient leurs 
guichets. 

Près de deux mois auparavant, j'avais discuté avec plusieurs personnes de 
l'autorité dont disposerait le Président au cas où il voudrait assumer en droit la 
responsabilité d'une crise bancaire par la fermeture de toutes les banques — non 
seulement des banques Fédérales de réserve, mais encore des banques d'Etat qui 
n'étaient pas affiliées aux banques Fédérales. Un de mes amis rappela qu'une 
partie de la législation de 1917 arrêtée en temps de guerre n'avait pas été 
abrogée. II me découvrit ainsi un statut de cette année se rapportant au point en 
question. Au cours du mois de février, le sénateur Walsh, qui devait exercer les 
fonctions d'Attorney general dans le nouveau cabinet, examina attentivement ce 
statut et me dit qu'à son avis, aucune loi subséquente d'ordre général ne l'avait 
réellement abrogé. Le trois mars, après la mort malheureuse du sénateur Walsh, 
je fis part de ces faits à M. Homer Cummings à qui j'avais proposé de prendre les 
fonctions d'Attorney general. Je le priai de se tenir prêt à donner son avis en 
temps opportun. 

Le nouveau cabinet se réunit pour la première fois le dimanche après-midi, 
cinq mars. Durant trois jours, le secrétaire Woodin avait eu presque sans 
interruption des entretiens avec les fonctionnaires sortants du Ministère des 
Finances. Ils lui avaient d'une manière désintéressée prêté toute l'aide possible. 



Le dimanche, M. Woodin et moi, nous avions la ferme conviction que la solution 
énergique de la fermeture des banques devait être choisie si l'on voulait éviter 
pour le lundi matin une catastrophe générale. A la réunion du cabinet, je 
m'adressai à l'Attorney general, M. Cummings, et je lui demandai si les 
conclusions de son rapport donnaient l'acte envisagé comme conforme ou non à 
la Constitution. II répondit qu'il avait examiné les statuts et qu'il pouvait 
m'assurer de la validité entière de la proclamation que j'envisageais. 

Etant donné l'importance de son contenu au point de vue historique et 
constitutionnel, je rapporterai cette proclamation dans son intégrité : 


« Etant donné les retraits considérables et injustifiés d'or et dé devises 
opérés dans nos institutions bancaires, aux fins de thésaurisation; 

« Etant donné l'activité spéculative continuelle et croissante qui a lieu à 
l'étranger en devises étrangères et qui s'est traduite par un grave 
épuisement des stocks d'or nationaux; 

« Etant donné que ces facteurs ont créé un état de crise nationale; 

« Etant donné qu'il est conforme aux intérêts de tous les clients de 
banques qu'une période de répit soit accordée afin d'empêcher de 
nouvelles thésaurisations de devises, sous forme de monnaie, lingot ou 
papier, d'arrêter la spéculation en devises étrangères et de permettre 
d'appliquer des mesures appropriées, pour protéger les intérêts de notre 
peuple; 

« Etant donné que la loi du 6 octobre 1917 donne au président le 
pouvoir d'enquêter, de réglementer ou d'interdire toutes transactions en 
devises étrangères et l'exportation, la thésaurisation, la fonte ou la mise 
en réserve de l'or et de l'argent, en monnaie ou en lingot ou de toute 
autre devise; 

« Etant donné que la susdite loi prévoit que quiconque enfreindra ou 
voudra enfreindre l'une quelconque des dispositions de ladite loi, et 
quiconque violera ou voudra violer, négliger ou refuser d'exécuter tout 
ordre du président, publié en vertu des dispositions de cette loi, sera, s'il 
est reconnu coupable, condamné à une amende ne dépassant pas dix 



mille dollars, ou à une peine de prison ne dépassant pas dix ans, ou aux 
deux peines. 

« En conséquence, moi, Franklin D. Roosevelt, président des Etats- 
Unis, proclame, ordonne et déclare parla présente qu'à partir du lundi 6 
mars jusqu'au jeudi 9 mars (les deux dates étant incluses) une vacance 
bancaire sera observée par toutes les institutions bancaires, y compris 
les territoires et possessions insulaires des Etats-Unis et que pendant 
ladite période toutes transactions bancaires seront suspendues. 

« Durant cette vacance, sauf comme il est ci-après stipulé, aucune de 
ces institutions ou succursales ne devra payer, exporter, mettre en 
réserve l'or ou l'argent monnayé, en lingots ou en devises, ni en 
permettre le retrait ou le transfert de quelque façon que ce soit, ni agir de 
façon quelconque qui puisse en faciliter la thésaurisation. 

« De plus, aucune de ces institutions ou succursales ne pourra 
rembourser des dépôts, faire des prêts, emprunts, ou escomptes, opérer 
des transactions en change étranger, de transfert ou de crédit des Etats- 
Unis avec aucune place à l'étranger, ni pratiquer aucune opération 
bancaire de quelque nature que ce soit. 

« Au cours de cette vacance, le secrétaire de la trésorerie, avec 
l'approbation du président, a l'autorisation et le pouvoir : 

a) D'autoriser l'un quelconque ou l'ensemble de ces instituts bancaires 
à remplir partiellement ou totalement ses fonctions normales; 

b) D'émettre ou de faire émettre des coupures de chambres de 
compensation ou autres pièces justificatives gagées sur les actifs des 
instituts bancaires; 

c) D'autoriser et de susciter la création par lesdits instituts bancaires 
de comptes de dépôts spéciaux pour la réception de nouveaux dépôts 
qui seront susceptibles de retrait sur demande sans aucune restriction ni 
limitation, et seront ouverts séparément, soit en espèces, soit sous forme 
de dépôt dans les banques de réserve fédérales, ou investis en 
obligations dans les Etats-Unis. 



« Le terme « instituts bancaires » tel qu'il est employé dans le présent 
ordre désigne toutes banques fédérales de réserve, associations 
bancaires nationales, banques, compagnies de dépôt (trust), caisses 
d'épargne, associations foncières et de prêts, unions ou autres 
corporations de crédit, associations de deux ou plusieurs membres, 
sociétés ou personnes faisant profession de recevoir des dépôts, faire 
des prêts, escompter le papier commercial et opérant toute autre forme 
de transaction bancaire. 

« En foi de quoi, j'y ai adjoint ma signature et y ai fait apposer le cachet 
des Etats-Unis. 

Fait en la ville de Washington ce sixième jour du mois de mars, à une 
heure du matin, en l'an de grâce mil neuf cent trente-trois, cent- 
cinquante-septième année de l'indépendance des Etats-Unis. 

FRANKLIN D. ROOSEVELT. 

Pour le président : 

CORDELL HULL, 

Secrétaire d'Etat. 


Afin de permettre aux membres de ce Congrès qui viennent de la Côte 
du Pacifique d'atteindre Washington en temps voulu, la date fut fixée au 
jeudi suivant, le 9 mars à midi. Les voies étaient ainsi préparées (1 I. 
Quoique cette proclamation fût en réalité la seconde qui fut lancée, elle 
fut préparée avant la première proclamation, qui était un résumé envoyé 
le dimanche soir à l'occasion de la session extraordinaire du nouveau 
Congrès.). 

Un mois au moins avant l'inauguration, j'avais invité les Gouverneurs 
des quarante-huit Etats, dont la plupart devaient assister à l'inauguration, 
à me rencontrer à la Maison Blanche, le lundi 6 mars pour discuter 
différents sujets ayant trait à une coopération entre les Gouvernements 
d'Etat et le Gouvernement Fédéral. J'avais eu le privilège de connaître la 



plupart des Gouverneurs durant les quatre années précédentes et j'avais 
espéré passer toute la journée avec eux pour discuter des problèmes qui 
nous intéressaient tous. Cependant, la situation nationale me força à 
changer le programme et, comme il ne fallait pas s'attarder en 
préparatifs, je me rendis à la Chambre Est de la Maison Blanche, 
j'improvisai un discours, et traçai à l'intention des membres du Congrès 
un tableau complet de la situation bancaire, en exposant notre 
programme et en leur demandant aide et collaboration pour l'exécuter. 
Vingt-cinq Gouverneurs étaient présents et douze autres avaient envoyé 
des délégués. Ils furent assez bons pour voter une motion exprimant leur 
confiance et désir de collaboration; en même temps cette motion 
approuvait le Congrès de m'avoir octroyé des pouvoirs étendus; elle 
approuvait aussi mon plan d'exploitation du sol qui leur avait été soumis 
précédemment, et le remplacement du secours direct par la création de 
travaux. Il faut remarquer que, dès le 6 mars, l'idée de l'administration 
des travaux civils avait pris naissance. On doit noter aussi que cette 
approbation fut donnée par les Gouverneurs « sans égard à leurs 
affiliations politiques ». Voici les paroles que j'ai prononcées : 


« J'ai été si occupé depuis dimanche à midi que je n'ai pas eu 
l'occasion de préparer des remarques officielles. Je commencerai par 
dire aux Gouverneurs qu'ayant été moi-même Gouverneur durant les 
quatre années précédentes, je connais quelque peu les devoirs de cette 
charge, ainsi que les droits et les devoirs des Etats. Le pays a besoin de 
la collaboration des Etats et du Gouvernement Fédéral. Je crois que les 
événements de ces quarante-huit heures l'ont suffisamment démontré. 

« Les Etats ont agi avec une promptitude remarquable, en empêchant 
la panique à un moment où elle aurait pu très bien éclater. Toutefois, la 
situation est arrivée hier à un point où une action uniforme semblait 
nécessaire. Elle s'est traduite, comme vous le savez, par deux choses — 
par la convocation pour jeudi d'une session extraordinaire du Congrès et, 
en deuxième lieu, par une proclamation des mesures immédiatement 
nécessaires pour parer à la crise, à partir d'aujourd'hui jusqu'à jeudi. 

« Je remercie les Etats de ce qu'ils ont fait durant ces jours de crise. Il 
faut que nous ayons, si n'est possible, un système bancaire général, 



c'est-à-dire qui s'étende aux banques nationales et aux banques d'Etat, 
et qui soit aussi uniforme que possible dans tous le pays. En même 
temps, nous devons collaborer avec toutes les banques d'Etat pour 
réaliser cette uniformité. Je ne désire pas centraliser toutes ces 
opérations ici à Washington, tout au moins dans la mesure où nous 
pourrons l'éviter. 

« La lettre que je vous ai adressée soulevait plusieurs problèmes : 

« Tout d'abord le conflit entre les impositions du Gouvernement d'Etat 
et les Gouvernements Fédéraux: chacun d'entre vous a cherché des 
méthodes qui lui fassent trouver de nouvelles sources d'impôts. Il a été 
naturel et humain que le Gouvernement Fédéral tâchât de trouver un 
moyen d'augmenter les revenus. 

« Un second point concerne l'aide que le Gouvernement Fédéral doit 
apporter aux chômeurs: le Gouvernement Fédéral, évidemment, doit 
empêcher l'individu de mourir de faim, mais ce devoir ne devrait pas lui 
incomber avant que d'autres services n'aient échoué. En premier lieu 
doivent agir la localité, la ville, le canton — s'ils échouent dans leurs 
efforts et s'ils ne peuvent faire face aux nécessités, c'est aux Etats alors 
d'assumer cette responsabilité. Ils doivent faire tout leur possible. S'il est 
avéré qu'ils ne peuvent faire davantage et que les fonds sont encore 
insuffisants, c'est alors que le Gouvernement Fédéral doit intervenir. 

« Nous en venons à la question de la coordination du travail. Il est très 
malaisé de savoir à Washington quels sont les Etats qui luttent 
efficacement contre le chômage et quels sont ceux qui ne le font pas. Je 
pense que je puis instituer une sorte d'agence centrale de secours de 
chômage; cette agence constituera un service efficace chargé de 
coordonner la répartition du travail dans les Etats; elle agira comme une 
chambre de compensation destinée à venir en aide à la nation. J'espère 
pouvoir la mettre sur pied dans les deux ou trois semaines qui suivront. 

« Je propose, en outre, la réorganisation et la consolidation 
d'administrations locales, afin de réduire les charges fiscales. C'est un 
problème de votre ressort et qui a été du mien pendant les quatre 
dernières années. 



« Puis il y a la question des forclusions hypothécaires spécialement en 
ce qui concerne les exploitations agricoles et aussi les petits immeubles. 
Dans ce domaine non plus, nous n'avons pas de politique nationale. Un 
Etat agit d'une façon, un autre agit d'une autre. Certains Etats et 
certaines localités ferment les yeux sur les lois en vigueur et ont 
empêché des forclusions. Mais nous n'avons pas de politique nationale 
qui nous permette une réglementation définitive de tout ceci. Je crois que 
nous pouvons en avoir une et que nous le devons. » 


La motion suivante a été adoptée à l'unanimité par la Conférence des 
Gouverneurs: 


« En cette heure angoissante où une crise nationale atteint notre vie 
économique et bancaire, c'est à notre Président qu'incombe la lourde 
responsabilité de nous sortir de nos difficultés. Il est prêt à nous diriger si 
nous sommes prêts à le suivre. Il a besoin pour l'exécution de ses plans 
de l'appui de tous nos compatriotes unis dans un même but. 

« Sans considération de nos attaches politiques, nous, Gouverneurs et 
délégués des Gouverneurs, réunis en conférence en la ville de 
Washington, nous exprimons, par la présente, notre confiance et notre foi 
en notre Président et exhortons le Congrès et tous les citoyens de notre 
pays à collaborer avec lui à la réalisation de toute mesure qu'il jugera 
nécessaire ou désirable pour rétablir la stabilité bancaire et économique. 

» 


Les deux journées suivantes qui précédèrent la réunion du Congrès du 
jeudi, furent pénibles et encombrées. Nous fûmes contraints de partager 
notre temps entre des tâches innombrables : la besogne ' courante du 
Gouvernement et les mesures extraordinaires qu'il fallait prendre pour 



faire face à la crise bancaire. Je tins continuellement des conférences 
avec les nouveaux membres du Cabinet, avec un grand nombre de 
conseillers avisés et bien informés, ainsi qu'avec des membres du 
Congrès. Le Secrétaire du Trésor, l'Attorney general et moi, nous 
élaborâmes, avec des membres du Sénat et de la Chambre des 
Représentants, la loi sur l'état de crise bancaire. Je crois que nous 
rédigeâmes et reprîmes une douzaine au moins de différents projets. 

Le mercredi soir, avec l'aide des trois secrétaires de la Présidence et 
du Secrétaire au Trésor, j'envoyai au Congrès le message suivant. Le 
texte authentique de l'ordonnance sur la crise bancaire ne fut terminé 
qu'une demi-heure avant la réunion de la session extraordinaire : 


« Le 3 mars, les opérations bancaires aux Etats-Unis étaient 
interrompues. U serait inopportun de faire un exposé des causes de 
l'échec de notre système bancaire. Il nous suffira de dire que le 
Gouvernement a été obligé d'intervenir pour la protection des déposants 
et des affaires de la nation. 

« Notre première tâche est de rouvrir toutes les banques stables. C'est 
là un préliminaire essentiel d une législation qui interdira aux banques de 
spéculer avec les fonds des déposants et de déroger de toute autre 
manière à leurs devoirs de dépositaires. 

« Pour atteindre ce premier but (l'ouverture des banques permettant la 
reprise des affaires), je demande au Congrès, l'application immédiate 
d'une législation qui donnera au pouvoir exécutif le contrôle des banques 
afin de protéger le déposant; toute autorité pour rouvrir telles banques 
qui auront avéré une solide position, et cela aussi rapidement que 
possible; autorité pour rouvrir telles banques qu'il sera nécessaire de 
réorganiser, si l'on veut qu'elles repartent sur des bases stables. 

« Je demande des amendements au « Fédéral Reserve Act », afin de 
prévoir l'émission de monnaie supplémentaire, convenablement garantie, 
car, si le besoin s'en fait sentir, cela sera nécessaire pour faire face à 
toutes les demandes de devises, sans accroître en même temps la dette 
non garantie du Gouvernement des Etats-Unis. 



« Je ne saurais trop insister pour que le Congrès comprenne la 
nécessité d'une action immédiate. Il serait inconcevable que l'arrêt 
complet des commodités bancaires durât plus longtemps. 

« Le vote de la législation proposée mettra fin à cette situation, et, j'en 
suis convaincu, se traduira à bref délai par une reprise des affaires. 

« C'est aussi ma conviction que cette législation, non seulement lèvera 
immédiatement tous les doutes qu'on a pu former injustement à l'égard 
de ces banques dont la stabilité est au-dessus de tout soupçon, mais 
marquera aussi le début de rapports nouveaux entre les banques et la 
population de ce pays. 

« Les membres du nouveau Congrès se rendent compte, j'en suis sûr, 
de la grave responsabilité qui leur incombe ainsi qu'à moi. Dans un bref 
laps de cinq jours, il nous est impossible d'élaborer des mesures 
définitives pour éviter le retour des maux passés. Ceci ne justifie 
cependant, et ne doit justifier, aucun délai à l'accomplissement d'un 
premier geste. Je demanderai sous peu au Congrès de prendre deux 
autres mesures que j'estime d'une nécessité immédiate. Celles que je 
vous propose nous donneront le temps d'envisager un programme plus 
complet de restauration nationale. » 


Il est inutile d'entrer dans tous les détails de la fameuse loi qui fut 
votée par les deux Chambres du Congrès et qui fut signée par moi le 
même jour. Qu'il me suffise de dire qu'elle ratifia toutes les mesures 
précédemment prises, qu'elle conféra à l'Exécutif des pouvoirs étendus 
et précis pour la réglementation des banques et de la monnaie et qu'elle 
rendit possible — immédiatement après un examen partiel du système 
bancaire — la restauration de ce système dans sa totalité. 

Le dimanche précédent, lorsqu'on résolut de proclamer la fermeture 
des banques, il nous avait paru évident à tous que la bonne procédure 
serait de permettre aux banques d'ouvrir, dès que nous aurions obtenu 
l'assurance raisonnable de leur solvabilité. Je pense que le Secrétaire du 
Trésor et moi, nous sommes rendus compte qu'il faudrait une semaine 



au moins pour obtenir les renseignements nécessaires. Néanmoins, le 
premier décret de fermeture n'ordonnait la fermeture des banques que 
pour quatre jours seulement. Très sincèrement, nous croyions qu'il était 
préférable de limiter à quatre jours les effets de la première proclamation 
et de prolonger la fermeture par une proclamation ultérieure, plutôt que 
de fermer les banques pour une période illimitée. Il en résulta une 
nouvelle proclamation que je lançai le 9 mars et qui prolongeait la 
vacance bancaire jusqu'à une nouvelle proclamation. 

Je suis fermement convaincu que la prompte collaboration et l'action 
énergique du Congrès le jeudi 9 mars firent plus que n'importe quelle 
autre mesure — pour donner aux citoyens de ce pays, l'assurance qu'ils 
avaient un Gouvernement bien parti pour travailler dans un excellent 
esprit à la défense de leurs intérêts durant cette crise. 

Durant ces cinq premiers jours, le Vice-président, le Cabinet, le Chef 
du Budget et moi-même, nous avions considéré un autre point d'une 
importance vitale, indispensable au rétablissement de la confiance. 
Depuis trois ans le Trésor fédéral s'embourbait de plus en plus. A 
franchement parler, les recettes des impôts avaient continué à baisser 
tandis que les dépenses ordinaires du Gouvernement n'avaient que peu 
diminué ou même souvent étaient demeurées pareilles. On sentait que 
nous nous dirigions vers la banqueroute, faute d'un plan déterminé qui 
nous permît d'équilibrer le budget normal ou de prendre des mesures 
précises de redressement en dehors des ressources habituelles. 

Pour avoir de bonnes finances et pour faire un judicieux emploi des 
deniers publics il fallait une législation économique basée sur des faits 
simples. Mes prises de contact avec le public et avec les membres du 
Congrès me montrèrent qu'ils comprenaient clairement cette nécessité. 
En conséquence, le 10 mars, je demandai les pouvoirs nécessaires pour 
effectuer des compressions importantes dans les dépenses 
gouvernementales. L'application de cette législation qui me donnait à 
toutes fins utiles l'autorité pour réduire les dépenses et dont j'usai pour 
équilibrer le budget de l'année fiscale qui se terminait le 30 juin 1933 et 
aussi celui de l'année fiscale suivante pour laquelle le Congrès précédent 
avait déjà voté des ordonnances sur le budget, donna au pays 
l'assurance que son Gouvernement cesserait de courir à la banqueroute. 
Le message suivant et la législation qui en résulta donnèrent l'élan 



nécessaire au rétablissement de la confiance dans les affaires : 


« La Nation est profondément touchée de la réponse immédiate que le 
Congrès a donnée hier, montrant qu'il comprenait la nécessité d'une 
action énergique pour le rétablissement et l'amélioration de notre 
système bancaire. Il en est de même des finances du Gouvernement 
dont le rétablissement exige également une action courageuse, franche 
et prompte. 

« Il y a trois longues années que le Gouvernement Fédéral est sur le 
chemin de la banqueroute. 

« Pendant l'année fiscale 1931 le budget s'est soldé par un déficit de 
462.000.000 dollars. 

« Pour l'année fiscale 1932, le déficit a été de 2.472.000.000 dollars. 

« Pour l'année fiscale 1933, il dépassera probablement 1.200.000.000 
dollars. 

« Pour l'année fiscale 1934, si l'on se base sur les décrets budgétaires 
votés par le précédent Congrès et sur les revenus escomptés, le déficit 
dépassera 1.000.000.000 dollars, à moins qu'on ne prenne une décision 
immédiate. 

« Nous aurons ainsi accumulé des déficits qui s'élèvent à 
5.000.000.000 dollars. Ceci est d'une extrême gravité, et j'attire l'attention 
du Congrès sur les effets considérables que peut produire cet état de 
choses sur notre économie nationale. Il a contribué à l'écroulement 
récent de notre édifice bancaire. Il a accentué la stagnation de la vie 
économique de notre peuple. Il a grossi les rangs des chômeurs. Notre 
maison gouvernementale n'est pas en ordre, et, pour maintes raisons, 
aucune mesure efficace n'a été prise pour la remettre en ordre. 

« C'est sur le crédit intact du Gouvernement des Etats-Unis que 



repose la sauvegarde des dépôts, des polices d'assurances, l'activité des 
entreprises industrielles, la valeur de nos produits agricoles et la mise en 
valeur du travail. Le crédit du Gouvernement des Etats-Unis touche d'une 
manière précise à ces biens, à ces fondements de la richesse humaine. 
En conséquence, notre première tâche est d'affermir ces fondements. Le 
redressement national en dépend. 

« Les événements de ces dernières années nous ont montré trop 
souvent les gouvernements libéraux périssant sur les rochers où les avait 
entraînés une politique fiscale relâchée. Nous devons éviter ce danger. 

« Il est trop tard pour aborder ce problème à loisir. Nous ne devons 
pas attendre pour agir que plusieurs mois se soient écoulés. La crise 
s'aggrave du fait que, ce printemps, nous nous trouvons dans la 
nécessité d'opérer de grandes refontes. 

« Désormais, nous devons agir d'une manière directe en sachant 
clairement où nous allons. Les membres du Congrès et moi-même, nous 
nous engageons à prendre immédiatement des mesures d'économie. 

« Je présume, en conséquence, que vous et moi nous sommes en 
parfait accord quant à la nécessité d'une action immédiate, et mon devoir 
constitutionnel est de vous indiquer en même temps les moyens 
d'effectuer des compressions importantes. 

« Je ne vous parle pas en termes généraux. Je vous indique une route 
bien tracée. 

« Le dernier Congrès a appliqué une législation concernant la 
réorganisation et la diminution des services dépendant du pouvoir 
exécutif, mais les économies à réaliser de la sorte, apparaissent minimes 
à la lumière du déficit important que l'on prévoit pour la nouvelle année 
fiscale. Elles ne feront pas face aux nécessités pressantes que suscite la 
situation de notre crédit. Il est essentiel de prendre des dispositions en 
vue d'économies supplémentaires. C'est pourquoi je demande 
aujourd'hui au Congrès une nouvelle législation établissant sur de 
nouvelles bases l'octroi des pensions et des autres avantages accordés 
aux anciens combattants. 



« Cette législation donnerait au pouvoir exécutif l'autorité de prescrire 
les mesures administratives de détail. Tous, nous reconnaissons que le 
Gouvernement doit continuer à veiller aux intérêts de ceux qui souffrent 
pour sa défense, de leurs veuves et de leurs orphelins. Toutefois 
l'application de ce grand principe à des masses considérables de 
personnes entraîne des complications — des complications si grandes 
qu'il est presque impossible de rédiger une loi qui soit assez souple pour 
rendre une justice pleine et entière dans les différents cas. La législation 
que je propose reconnaît ces principes et, limitée par eux, permet à 
l'Exécutif, de tracer les lignes de différentiation nécessaires à la justice. 

« Dans un même esprit de complète justice, je demande également 
l'application d'une législation relative aux traitements des fonctionnaires 
civils et militaires. Cette législation abrogerait la législation en vigueur sur 
les congés, elle lui substituerait un principe général et autoriserait 
l'Exécutif à appliquer ce principe. C'est au corps législatif qu'il appartient 
de fixer le total des dépenses, de trouver les recettes et les principes 
généraux qui doivent régir l'affectation de ces dépenses. Quant aux 
détails de ces dépenses et spécialement en ce qui concerne la crise 
présente, l'Exécutif pourra les régler d'une manière plus sage et plus 
juste. Les mesures que je propose, non seulement sont souples et 
pratiques, mais en outre elles suivent une voie constitutionnelle. 

« Pareilles économies, si elles se réalisent, éprouveront à la vérité un 
certain nombre de nos concitoyens; mais si on ne les faisait pas, ce 
seraient tous nos concitoyens qui seraient atteints. C'est la stabilité 
même du Gouvernement qui est en jeu, et, quand celle-ci est en jeu, les 
intérêts du petit nombre doivent céder le pas aux besoins de la majorité. 

« Lorsqu'un grand danger menace l'essence même de notre sécurité, 
c'est mon devoir d'indiquer au Congrès la façon de l'écarter. En agissant 
de la sorte, j'agis franchement non seulement avec un petit nombre mais 
encore avec la majorité. C'est dans cet esprit que je m'adresse à vous. Si 
le Congrès décide que cette responsabilité m'incombe, j'exercerai ce 
pouvoir dans un esprit de justice générale, en vue d'aider ceux qui sont 
dans le besoin et de maintenir intact le bien-être fondamental des Etats- 
Unis. 


« Je demande que cette législation entre en vigueur immédiatement, 



sans attendre même le début de la nouvelle année fiscale. Je vous 
donne l'assurance que, si cela se fait, on peut raisonnablement prévoir 
que, dans un an, le Gouvernement aura des revenus suffisants pour 
couvrir ses dépenses. » 


On crut tout d'abord qu'il faudrait émettre des coupures spéciales ou 
une monnaie de circonstance pour le règlement des affaires ordinaires 
durant les vacances bancaires mais, lorsque la fin de la semaine arriva, 
on constata que cette émission ne serait pas nécessaire. En outre, 
l'excellente collaboration des banques fédérales de réserve et des 
banques d'Etat permit au Secrétaire au Trésor de décider la réouverture 
des banques à partir du lundi 13 mars, en usant d'un système de 
licences. Un décret du 10 mars réglementait cette réouverture et en 
même temps interdisait le payement d'or sous quelque forme que ce fût. 


DECRET-LOI 

(Règlement concernant les opérations bancaires). 

« En vertu de l'autorité que me confère la loi du 6 octobre 1917, 
amendée parla loi du 9 mars 1933, et en vertu de toute autre autorité qui 
m'a été conférée, je rends parla présente le décret suivant. 

« Le Secrétaire du Trésor a l'autorisation et le pouvoir de permettre à 
toute banque fédérale de réserve ou à tout autre établissement bancaire 
régi par les lois des Etats-Unis, d'exécuter en tout ou en partie les 
opérations bancaires sauf en cas d'une interdiction ultérieure. 

« L'autorité compétente exerçant le contrôle Immédiat des 
établissements bancaires dans tout Etat ou lieu placé sous la juridiction 
des Etats-Unis a l'autorisation et le pouvoir de permettre à tout 
établissement bancaire dudit Etat et dudit lieu non compris dans le 
précédent paragraphe, d'exercer en tout ou en partie les opérations 



bancaires habituelles, sauf en cas d'interdiction ultérieure. 

« Toutes les banques affiliées à l'organisme fédéral de réserve qui 
désirent rouvrir leurs guichets pour effectuer toutes les opérations 
bancaires ordinaires et normales, sauf en cas d'interdiction ultérieure, 
demanderont en conséquence une autorisation au Secrétaire au Trésor. 
Ladite demande sera classée immédiatement par les banques fédérales 
de réserve. La Banque Fédérale de Réserve transmettra alors lesdites 
demandes au Secrétaire au Trésor. La Banque Fédérale de Réserve, 
avec l'approbation du Secrétaire du Trésor délivrera des autorisations. 

Les Banques Fédérales de Réserve sont, par la présente, chargées de 
servir d'agents au Secrétaire au Trésor pour la réception des demandes 
et pour la délivrance des autorisations, avec son approbation et 
conformément à ses instructions. 

« Jusqu'à nouvel ordre, aucune personne, société, association, 
corporation ni aucun établissement bancaire ne devra exporter ni 
permettre l'exportation des Etats-Unis ou de tout autre lieu placé sous la 
juridiction des Etats-Unis, de toute monnaie ou de lingots d'or, sauf les 
cas prévus dans les autorisations délivrées par le Secrétaire d'Etat au 
Trésor. 

« L'autorisation donnée à un établissement bancaire quelconque 
d'exécuter des opérations de banque n'autorisera nullement ledit 
établissement à effectuer des payements en monnaie d'or, lingots ou 
billets convertibles en or, sauf dans les formes autorisées par le 
Secrétaire au Trésor. Cette autorisation ne permettra nullement le retrait 
de monnaies quelconques pour la thésaurisation ni pour des transactions 
sur les changes étrangers, sauf si celles-ci répondent aux nécessités 
légitimes et normales des affaires, aux besoins des voyageurs, à d'autres 
besoins personnels, et à l'exécution de contrats passés avant le 6 mars 
1933. 

« Chaque banque fédérale de réserve est requise de se tenir au 
courant des transactions sur les changes étrangers passées et 
exécutées dans sa région et devra informer le Secrétaire au Trésor de 
toutes les transactions illicites sur les changes qui viendraient à sa 
connaissance. » 



Les événements se sont déroulés si rapidement durant cette première 
semaine que je jugeai essentiel d'employer la radio pour exposer ce qui 
avait été fait, et spécialement pour donner un tableau clair de la situation 
bancaire à la femme et à l'homme moyens. Tant de mystère a enveloppé 
les affaires bancaires, une crainte si grande existait dans l'esprit de 
presque tous les épargnants que, en préparant ce discours, j'ai tâché de 
garder sous les yeux l'image de ces hommes et de ces femmes qui 
avaient confié, sous forme d'un dépôt d'argent, tout ce qu'ils possédaient 
au monde, à l'une ou l'autre banque locale et qui se demandaient si 
jamais ils reverraient leur argent. Voici ce que j'ai dit, le 12 mars dans la 
soirée du dimanche : 

« Pendant quelques instants, je désire m'entretenir de la situation 
bancaire avec les habitants des Etats-Unis, avec le groupe relativement 
peu nombreux de ceux qui se retrouvent dans le mécanisme du système 
bancaire, mais plus spécialement avec la majorité écrasante de ceux qui 
se servent des banques pour effectuer des dépôts et signer des 
chèques. Je désire vous dire ce qui s'est fait au cours de ces jours, la 
raison des mesures prises et ce qui nous reste à faire. J'avoue qu'il me 
faut expliquer à l'usage de l'homme moyen les nombreuses 
proclamations parties du Capitole et de Washington, la législation, les 
règlements du Trésor, rédigés la plupart en termes de finances et de loi. 
Je le reconnais d'autant plus volontiers que chacun a accepté les 
embarras et les difficultés que la vacance bancaire a suscités, avec 
courage et bonne humeur. Je sais que. Lorsque vous comprendrez les 
mobiles des décisions de Washington, vous maintiendrez votre entière 
collaboration tout comme, durant la semaine passée, vous m'avez 
témoigné votre sympathie et votre aide. 


« Tout d'abord, permettez-moi de vous exposer ce simple fait : lorsque 
vous déposez votre argent dans une banque, la banque n'enfouit pas 
précieusement votre argent. Elle place votre argent selon les différentes 
modalités de crédit : en obligations, papier commercial, hypothèques et 



autres sortes d'emprunts. En d'autres termes, la banque place votre 
argent pour contribuer à faire fonctionner à plein rendement les rouages 
de l'industrie et de l'agriculture. Une partie relativement minime de 
l'argent que vous déposez à la banque est gardée sous forme de 
monnaie, une somme qui, en temps normal, suffit amplement à répondre 
aux demandes en espèces du citoyen moyen. En d'autres termes, la 
somme totale de tout l'argent liquide n'est qu'une petite fraction de tous 
les dépôts effectués dans toutes les banques. 

« Qu'est-il arrivé alors au cours des derniers jours de février et au 
début de mars? Le public ayant soudain perdu toute confiance, une 
grande partie de notre population se rua dans les banques pour Convertir 
ses dépôts en argent ou en or — une ruée si forte que les banques les 
plus stables ne purent trouver suffisamment d'argent pour faire face aux 
demandes. La raison en était qu'au premier moment II était évidemment 
impossible de vendre l'actif parfaitement solide d'une banque et de le 
convertir en espèces, si ce n'est à des prix de panique bien en-dessous 
de la valeur réelle. 

« Dans l'après-midi du 3 mars, à peine y avait-il dans le pays une 
banque d'ouverte pour les affaires. Dans presque tous les Etats les 
Gouverneurs avaient lancé des proclamations décrétant 
momentanément leur fermeture totale ou partielle. 

« Ce fut alors que je lançai la proclamation décrétant la généralisation 
de la vacance bancaire. Ce fut la première étape que marqua le 
Gouvernement dans la reconstruction de notre système financier et 
économique. 

« La seconde mesure fut la loi que le Congrès vota rapidement et dans 
un esprit patriotique, loi qui confirmait ma proclamation et élargissait mes 
pouvoirs de manière à rendre possible, en raison des nécessités de 
l'heure, une prolongation de vacance bancaire et une levée graduelle de 
celle-ci. Cette loi me donna aussi l'autorité nécessaire pour appliquer un 
programme qui faciliterait la reprise des opérations bancaires. Je tiens à 
dire à tous les citoyens que les membres du Congrès national — 
républicains et démocrates — ont montré par ce geste leur dévouement 
au bien public et la compréhension qu'ils avaient de la situation critique 
et de la nécessité d'une action rapide : une attitude aussi louable est rare 



dans l'histoire de notre pays. 

« La troisième phase a été marquée par la série de règlements qui ont 
autorisé les banques à continuer leurs opérations pour assurer la 
répartition de l'alimentation, les nécessités ménagères et la paie 
industrielle. 

« Cette vacance bancaire, qui souvent se traduit par de graves 
embarras, nous a fourni le moyen de procurer l'argent nécessaire à la 
situation. Aucune banque solide n'a perdu un dollar depuis lundi dernier, 
jour où elle a dû fermer ses guichets. De plus, il n'y a aucune banque qui 
ne puisse être en mesure d'ouvrir immédiatement. La nouvelle loi 
autorise les douze Banques Fédérales de Réserve à émettre une 
monnaie supplémentaire gagée sur un actif solide. De la sorte, les 
banques qui rouvriront seront à même de faire face à toute demande 
légitime. Les nouvelles coupures ont été envoyées par tranches 
considérables dans toutes les parties du pays par les soins du Bureau de 
Gravure et d'impression. C'est de la monnaie saine parce qu'elle repose 
sur un actif solide et réel. 

« Sans doute allez-vous vous demander : Pourquoi toutes les banques 
ne rouvrent-elles pas en même temps? La réponse est simple : votre 
Gouvernement ne veut pas que se répètent les événements des 
dernières années. Nous ne désirons pas et nous n'aurons pas une 
nouvelle épidémie de faillites bancaires. 

« En conséquence, nous commencerons demain lundi par rouvrir les 
banques dont le siège se trouve dans les douze villes où la Banque de 
Réserve Fédérale est représentée, banque dont la situation a été trouvée 
saine dès le premier examen par la Trésorerie. Ensuite, toutes les 
banques trouvées en bonne posture reprendront leurs opérations mardi 
dans les villes où il y a une chambre de compensation, soit dans environ 
250 villes des Etats-Unis. 

« Mercredi et les jours suivants, toutes les banques des villes 
secondaires reprendront leurs opérations pour autant, toutefois, que le 
Gouvernement aura eu le temps et les moyens matériels de terminer ses 
vérifications. Il est nécessaire de retarder la réouverture des banques 
pour permettre aux banques de contracter les emprunts nécessaires 



ainsi que pour leur permettre d'obtenir suffisamment de monnaie pour 
faire face à leurs engagements. Ainsi le Gouvernement pourra prendre 
des mesures sensées. 

« Permettez-moi de vous dire que si votre banque n'ouvre pas le 
premier jour, vous n'avez nullement le droit de croire qu'elle n'ouvrira pas. 
Une banque qui ouvre l'un des jours suivants est exactement dans le 
même cas que la banque qui ouvre demain. 

« Je sais que beaucoup de personnes regardent avec inquiétude les 
banques d'Etat qui ne sont pas affiliées à l'organisme fédéral des 
banques de réserve. Ces banques peuvent recevoir et recevront l'appui 
des banques affiliées, ainsi que celui de la « Reconstruction Finance 
Corporation ». Ces banques d'Etat suivent le même mode que les 
banques nationales, sauf pour l'autorisation de reprendre les affaires, 
qu'elles tiennent des autorités de l'Etat; le Secrétaire au Trésor a prié ces 
autorités de permettre aux banques stables de rouvrir dans les mêmes 
conditions que les banques nationales. J'ai la ferme conviction que les 
services financiers de l'Etat montreront le même zèle que le 
Gouvernement national dans l'application du règlement relatif à 
l'ouverture des banques et qu'ils observeront la même ligne générale de 
conduite. 

« Il se peut qu'à la réouverture des banques un petit nombre de 
personnes, qui ne se sont pas remises de leurs craintes, commencent de 
nouveau à opérer des retraits. Permettez-moi de vous dire que les 
banques veilleront à tous les besoins, et je crois que la thésaurisation au 
cours de la semaine dernière est devenue une occupation fort peu à la 
mode. Il ne faut pas être prophète pour vous dire que lorsque les gens 
découvrent qu'ils peuvent entrer en possession de leur argent — qu'ils 
peuvent l'avoir quand ils le désirent pour des fins légitimes — le fantôme 
de la crainte s'évanouit. Les gens se réjouiront de nouveau d'avoir leur 
argent dans un endroit où il en sera pris soin et d'où ils pourront le retirer 
chaque fois qu'ils en auront besoin. Je puis vous assurer qu'il est plus sûr 
de garder votre argent dans une banque qui a rouvert ses guichets que 
de le cacher sous votre matelas. 

« Le succès de l'ensemble de notre grand programme national dépend 
évidemment de la collaboration du public, de son appui intelligent et de 



l'emploi d'un système rationnel. 


« Rappelez-vous que la réalisation essentielle de la nouvelle législation 
est de permettre aux banques de convertir leur actif en espèces plus 
facilement qu'il ne l'a jamais été auparavant. Les banques ont disposé de 
facilités qui leur permettaient d'emprunter sur leur actif aux banques de 
réserve, et des dispositions plus libérales ont été prises pour l'émission 
d'une monnaie gagée sur cet actif solide. Il ne s'agit pas là de signes 
monétaires sans valeur, mais bien d'une monnaie gagée sur des 
garanties convenables comme celles que toutes les bonnes banques 
possèdent en abondance. 

« Encore un point avant de terminer. Il y aura évidemment des 
banques qui ne pourront rouvrir sans être préalablement réorganisées. 

La nouvelle loi autorise le Gouvernement à opérer le renflouage 
rapidement et efficacement; elle autorise même le Gouvernement à 
souscrire à une partie au moins du capital selon les nécessités. 

« J'espère que vous vous rendez compte par ce simple exposé des 
actes de votre Gouvernement, que son système ne comporte rien de 
confus ou de révolutionnaire. 

« Nous avions eu une mauvaise situation bancaire. Certains de nos 
banquiers se sont montrés incompétents ou sans scrupules dans la 
gestion des fonds qui leur ont été confiés. Ils se sont servis de cet argent 
pour se livrer à la spéculation et à des emprunts imprudents. Ce n'était 
pas toutefois le cas de la grande majorité de nos banques, mais d'un 
certain nombre d'entre elles, ce qui a suffi pour ébranler pendant un 
certain laps de temps le sentiment de sécurité du peuple et le mettre 
dans un état d'esprit tel qu'il ne faisait plus de différence entre les 
banquiers et paraissait croire que les agissements d'un petit nombre 
avaient contaminé la masse entière. C'était au Gouvernement qu'il 
appartenait de prendre les mesures que réclamait cet état de choses et 
d'agir le plus rapidement possible. C'est ce qui a été fait. 

« Je ne promets pas que toutes les banques reprendront leurs 
opérations normales pas plus que le ne puis assurer qu'il n'y aura de 
pertes individuelles, mais, en tout cas, elles seront réduites au minimum 
et elles auraient été beaucoup plus sérieuses, si nous avions continué à 



laisser notre système financier aller à la dérive. Je puis toutefois vous 
promettre que même certaines banques, dont la situation peut paraître 
assez compromise, seront sauvées de la débâcle. Nous nous 
attacherons non seulement à permettre aux anciennes banques de 
reprendre leurs affaires, mais à créer des institutions solides par une 
organisation méthodique de notre système bancaire. Il m'a été très 
agréable de voir, de tous les coins du pays, des messages de confiance 
me parvenir. Je ne serai jamais suffisamment reconnaissant au peuple 
de l'appui sincère qu'il m'a apporté en ratifiant les intentions de notre 
plan, bien que toutes nos mesures aient pu ne pas lui sembler claires. 

« Somme toute, il y a dans le réajustement de notre système financier 
un élément plus important que la monnaie, plus important que l'or, et 
c'est la confiance du peuple. La confiance et le courage sont les facteurs 
essentiels du succès de la réalisation de notre plan. Vous tous qui 
m'écoutez, vous devez avoir foi en l'avenir, vous ne devez pas vous 
laisser impressionner par des rumeurs et par des doutes. Soyons unis 
pour bannir toute crainte. Nous avons réglé le mécanisme qui doit 
redresser notre système financier; c'est à vous d'apporter votre appui et 
de le mettre en marche. 

« Il faut compter sur votre raison autant que sur la mienne. Ensemble, 
nous ne pouvons échouer.» 



CHAPITRE II 


A strictement parler, la crise bancaire n'a duré qu'une semaine. Au cours de la 
deuxième semaine, à partir du moment où les banques, jour après jour, 
rouvraient leurs guichets et que de longues files de déposants remettaient leur 
argent en dépôt, le point le plus critique de la crise bancaire était passé. 

Mais le mot « crise » visait bien autre chose encore que les banques; il 
comprenait toute l'armature économique et, donc, sociale de notre pays. C'était 
une crise qui atteignait les fondements de notre agriculture, de notre commerce 
et de notre industrie; c'était une crise qui couvait depuis une génération entière et 
qui, depuis trois ans et demi, avait éclaté au grand jour. On ne pouvait y porter 
remède que par une organisation méthodique, par un contrôle exact de l'armature 
économique. On ne pouvait la guérir en une semaine, en un mois, en une année. 
Elle exigeait une longue série de nouvelles lois, de nouveaux services 
administratifs. Elle nécessitait des mesures particulières dans chacun des 
domaines où elle sévissait; mais l'ensemble de ces mesures devait obéir à un 
vaste plan clairement établi. Nous faisions appel, dans la plupart des cas, à la 
bonne volonté et à la compréhension du peuple. Nous ne pouvions plus revenir à 
la situation de jadis. 

Il est intéressant de noter que le parti national démocrate avait envisagé 
plusieurs de ces mesures dans son programme électoral de 1932. Je pus, en 
conscience, donner mon assentiment complet à cette plate-forme et en 
développer les desseins lors de ma campagne. Mais les campagnes ont tendance 
à revêtir le caractère des débats et des discussions, si bien qu'une conception 
approfondie et stable du plan d'ensemble (quand il y en a un) est souvent perdue. 

Pourtant, derrière les plate-formes et les discours, peut et devrait résider une 
philosophie du Gouvernement. Lorsqu'ils sont réunis, l'objectif réel apparaît. 

Un mois avant l'inauguration, j'avais senti que le Congrès, lors de la session 
extraordinaire, qui devrait se tenir un certain temps en avril, pourrait aborder 
mon programme d'ensemble. Cela aurait donné au nouveau Gouvernement 
l'occasion de se familiariser avec la machine administrative et de perfectionner 
programme législatif proposé. La crise bancaire, cependant, fit table rase de ce 
projet. Je compris rapidement que, puisque le Congrès se trouvait déjà réuni en 
session et voyait clairement les nécessités de la situation, il serait beaucoup plus 



profitable pour le Congrès et pour le Président, de traiter immédiatement les 
propositions plus importantes du « New Deal ». 


Le message suivant au Congrès (un des plus Courts), répétait presque mot 
pour mot un vœu de la plate-forme démocratique. Il fut envoyé le 13 mars. Il est 
suffisamment éloquent par lui-même : 


« Je recommande au Congrès de voter une loi qui modifiera 
immédiatement la loi Volstead et rendra légale la fabrication et la vente 
de la bière et autres boissons titrant à un degré d'alcool autorisé par la 
Constitution. Ceci afin de procurer au Gouvernement, par l'imposition de 
droits importants sur la fabrication et la vente de ces boissons, un revenu 
rationnel dont le besoin se fait vivement sentir. J'estime qu'il est de la 
plus haute importance d'agir vite en ce moment. » 


Dès lors le programme continua à se dérouler. Un des problèmes les 
plus difficiles au point de vue technique avait été le rétablissement du 
pouvoir d'achat de la population agricole du pays. Plusieurs expériences 
avaient été tentées sans succès. Les fermiers eux-mêmes n'étaient pas 
d'accord. Lorsque j'étais Gouverneur de New-York, j'avais ressenti un 
grand orgueil en amenant les fermiers de mon Etat à adopter une 
politique agricole générale. Les différents groupes agricoles avaient 
travaillé, pour ainsi dire, dans un accord unanime, à mettre sur pied un 
programme d'Etat, et ce programme envisageait non seulement les 
problèmes immédiats de la production et des débouchés mais encore 
des desseins à longue portée, un projet d'exploitation permanente du sol 
tout entier. 

Il n'y avait pas eu de plan national. Une tentative d'achat des 
excédents des récoltes avec l'argent du Gouvernement s'était traduite 
finalement par des pertes désastreuses. Pourtant nous devions régler 
cette question des excédents. 



Sous la direction du Secrétaire de l'Agriculture, M. Wallace, nous 
tînmes un grand nombre de conférences avec les chefs des exploitations 
agricoles et avec les membres du Sénat et de la Chambre des 
Représentants qui s'étaient livrés à une étude approfondie du sujet. Nous 
mîmes ainsi sur pied une loi d'adaptation agricole; quoique de caractère 
expérimental, elle s'attaquait à la racine même de la surproduction. Il en 
résulta le message suivant au Congrès en date du 16 mars. Nous 
envisagions deux points : réduction des surfaces ensemencées et aide 
aux fermiers vivant sous la menace des hypothèques et de la perte de 
leurs demeures. 


Au Congrès : 

« Au moment où vous et moi unissons nos efforts dans cet état de 
crise pour mettre de l'ordre dans nos banques et pour obtenir un 
équilibre de nos dépenses fédérales ordinaires et de nos revenus, 
j'estime qu'il est d'une égale importance de prendre simultanément 
d'autres mesures sans attendre une prochaine réunion du Congrès. 

L'une d'elles, précise et d'ordre constructif, revêt une importance spéciale 
dans notre programme de redressement national. 

« Elle a trait à l'agriculture et cherche à augmenter le pouvoir d'achat 
de nos fermiers et la vente des articles fabriqués dans nos 
agglomérations industrielles; et, en même temps, à diminuer fortement le 
poids des hypothèques agricoles et à accroître la valeur foncière des 
emprunts agricoles effectués par nos établissements bancaires. 

« Après une étude approfondie et une large consultation sur les points 
évoqués, nous avons abouti à une mesure qui promet de bons résultats. 
Je vous dis franchement que nous suivons un sentier nouveau, qui n'a 
jamais été foulé, mais je vous dirai, avec une égale franchise, qu'une 
situation sans précédent exige la mise à l'essai de méthodes nouvelles 
pour soulager l'agriculture. Si le Gouvernement entreprend cet essai 
loyalement et si cette expérience n'amène pas les résultats espérés, je 
serai le premier à le reconnaître et à vous en aviser. 



« Les mesures législatives proposées doivent être appliquées dès 
maintenant pour la bonne raison que les récoltes du printemps seront 
bientôt semées et que, si nous attendons encore un mois ou six 
semaines, l'influence de ces mesures sur le prix des récoltes de cette 
année sera nulle. 

« En outre, si on agit vite en ce moment, les Etats-Unis seront mieux à 
même de discuter le problème de l'excédent de la production agricole 
mondiale, problème que l'on traitera à la Conférence économique 
mondiale. 

« Il est extrêmement malaisé de caractériser chaque recommandation 
ou loi du printemps 1933 en les classant dans des rayons différents : « 
secours », « finance », « agriculture » ou « industrie ». Par exemple, les 
mesures prises pour le redressement agricole devaient produire un effet 
immédiat en introduisant l'argent liquide dans les régions agricoles; elles 
devaient également empêcher la perte des habitations; mais, en même 
temps, elles comportaient des aperçus plus larges, à longue échéance : 
l'exploitation du sol, le contrôle des excédents nationaux, la conclusion 
de traités internationaux destinés à épuiser le surplus de la production 
mondiale et la création d'une consommation soutenue des produits 
industriels fabriqués dans les villes. » 


La seconde mesure envisagée avait pour objectif de fournir du travail à 
300.000 jeunes gens et de leur faire quitter les rues des villes et les 
chaussées d'Etat, par la création du « Civilian Conservation Corps ». Par 
la même occasion noua faisions deux autres choses : nous envoyions la 
majeure partie des salaires de ces garçons à leurs familles et nous 
utilisions ce travail pour la conservation de nos forêts dont nous 
accroissions et améliorions l'exploitation; nous supprimions ainsi les 
effets destructeurs des inondations et nous empêchions l'érosion du sol. 
De plus, je puis l'ajouter, nous contribuions à former le caractère de la 
génération future. 



Je pense que le message suivant du 21 mars, qui se traduisit par la 
création des camps du « Civilian Conservation Corps », justifie non 
seulement la nécessité des secours, mais encore un projet d'une portée 
plus ample, intéressant la nation tout entière : 


« Notre programme de restauration exige essentiellement que des 
mesures soient immédiatement prises pour venir en aide au chômage. Si 
l'on aborde le problème de plein front, nous nous apercevons qu'il faut 
prendre trois sortes de mesures. 

« La première est d'enrôler désormais des travailleurs par 
l'intermédiaire du Gouvernement fédéral; ils seront enrôlés aussitôt que 
possible dans les services publics, sans que l'on tienne compte des 
statuts ordinaires ou des règles habituelles du travail. 

« La seconde mesure envisage l'octroi aux Etats de fonds pour la 
reprise du travail. 

« La troisième mesure comporte un vaste programme d'entreprises de 
travaux publics. 

« Pour cette dernière, j'étudie maintenant les nombreux projets qui 
m'ont été soumis et les questions d'ordre financier qui y sont adjointes. 

Je ferai bientôt au Congrès des recommandations précises à ce sujet. 

« En ce qui concerne l'octroi aux Etats de fonds d'aide aux chômeurs, 
je vous avertis que les fonds existants seront épuisés en mai. En 
conséquence, et vu que de nombreux Etats doivent encore continuer à 
recevoir des subventions du Gouvernement fédéral, nous devons mettre 
sur pied un nouveau projet de loi prévoyant des crédits budgétaires, 
avant la fin de cette session extraordinaire. 

« J'estime nécessaire qu'un organisme fédéral simple coordonne et 
contrôle ces octrois de fonds. En conséquence, je demande que vous 
nommiez un administrateur fédéral des secours, qui aurait pour office 



d'examiner les demandes et d'en contrôler l'efficacité et l'utilisation 
rationnelle. 

« Toutefois, la première des mesures que je viens d'énumérer peut et 
devrait être appliquée immédiatement. Je propose de constituer un corps 
civil chargé de travaux simples, sans rapport avec les travaux normaux, 
qui s'occuperait uniquement du reboisement, des travaux destinés à 
prévenir l'érosion du sol et les inondations, et de projets analogues. 
J'attire votre attention sur le fait que ce mode de travail possède une 
valeur précise et efficace, non seulement parce qu'il empêche 
maintenant de lourdes pertes financières, mais parce qu'il contribue à 
assurer pour une longue échéance la prospérité nationale. Ce fait est 
confirmé par les nouvelles que nous recevons aujourd'hui: les 
inondations de l'Ohio et d'autres fleuves ont causé des dégâts 
considérables. 

« La surveillance et la direction de ce travail peuvent être assumées 
par les rouages actuels des Ministères du Travail, de l'Agriculture, de la 
Guerre et de l'Intérieur. 

« J'estime que, si vous me donnez l'autorité nécessaire pour agir dans 
les deux semaines prochaines, 250.000 hommes pourront trouver 
temporairement du travail, pour le début de l'été. 

« Je ne sollicite pas immédiatement de nouveaux fonds. Il suffira 
pendant plusieurs mois d'user du disponible, affecté maintenant aux 
travaux publics. 

« Cette entreprise est une partie de notre politique nationale. Elle 
conservera nos ressources naturelles si précieuses. Elle donnera des 
dividendes aux générations présentes et futures. Elle amènera des 
améliorations dans les domaines de la nation et de l'Etat qui ont été bien 
oubliés au cours de ces quelques années de développement industriel. 

« Ce qui importe toutefois davantage que les gains matériels, c'est la 
valeur morale et spirituelle de ce travail. L'énorme majorité des chômeurs 
américains qui errent maintenant dans les rues et qui reçoivent des 
secours des particuliers ou des communes, préférerait infiniment 
reprendre le travail. Nous pouvons embrigader un nombre considérable 



de ces chômeurs dans des cadres sains. Nous pouvons supprimer, dans 
une certaine limite tout au moins, la menace qu'une oisiveté forcée fait 
peser sur la stabilité morale et spirituelle de la nation. Ce n'est pas la 
guérison du chômage mais c'est un premier pas important dans la voie 
du redressement. Je demande son adoption. » 


La mobilisation du C. C. C. commença immédiatement et continua 
énergiquement. Au premier juillet, 300.000 jeunes gens travaillaient dans 
des camps et recevaient un salaire dont une grande partie allait aider 
leurs familles. 



CHAPITRE III 


Dès ce moment, nous avions donné l'essor à notre politique de redressement et 
de reconstruction, spécialement dans le domaine de l'agriculture. 

La deuxième étape fut de prendre une mesure pour protéger les épargnants 
contre les informations erronées sur la vente des titres. Durant toute ma vie, 
j'avais vu tant de misère humaine accabler des familles honorables qui s'étaient 
laissées persuader de placer leurs économies dans des valeurs spéculatives, 
pompeusement dissimulées sous le titre d'« investissements » et dont la vente 
s'effectuait selon des méthodes de « haute pression », que j'en étais venu à croire 
à la nécessité de mesures législatives, nationales. Les lois d'Etat « bleu ciel » 
(Lois contre la spéculation) n'avaient été efficaces que jusqu'à un certain degré. 

Je me persuadai que le public candide — et au moins quatre-vingt-quinze pour 
cent du public est candide lorsqu'il opère des placements — avait le droit de 
connaître la vérité tout entière, à chaque émission de nouvelles valeurs. Mon 
parti l'avait promis dans son programme, et cela avait été un point important de 
ma campagne de 1932. Le 29 mars 1933, je déclarai au Congrès : 


« Je recommande au Congrès de prendre des mesures qui donneront au 
Gouvernement fédéral le droit de contrôle sur le placement des valeurs à 
l'intérieur des états. 

« En dépit des nombreux statuts d'Etat, le public a subi jadis de lourdes pertes 
du fait des agissements déshonnêtes et contraires à la morale d'un grand nombre 
de personnes et de sociétés qui vendaient des valeurs. 

« Evidemment le Gouvernement fédéral ne peut et ne devrait prendre aucune 
mesure que l'on puisse interpréter comme une marque d'approbation ou de 
garantie de nouvelles actions qu'il déclarerait saines, dans ce sens que leur 
valeur sera maintenue ou que les capitaux qu'elles représentent produiront des 
bénéfices. 


« C'est notre devoir pressant, toutefois, de veiller à ce que toute émission de 



nouveaux titres à l'intérieur des Etats soit accompagnée d'une publicité complète 
et qui donne tous les renseignements désirables de telle sorte que le public 
acheteur connaisse clairement tous les éléments d'une importance essentielle à 
l'émission. 

«L'ancienne règle enjoignait à l'acheteur de faire attention. Cette nouvelle 
réglementation oblige le vendeur à prendre garde lui aussi. Au vendeur incombe 
le devoir de dire toute la vérité. Cette proposition donnerait l'élan à un trafic 
honnête des titres et par là ramènerait la confiance publique. 

« Le but des mesures législatives que je vous soumets est de protéger le public 
sans y mêler, dans la mesure du possible, les affaires honorables. 

« Ce n'est qu'une étape dans notre vaste programme de protection de 
l'épargne. Elle sera suivie de mesures législatives destinées à contrôler d'une 
manière plus rationnelle l'achat et la vente de tous capitaux qui prêtent à des 
transactions, et, en outre, de remédier aux agissements malhonnêtes et 
dangereux des directeurs et des administrateurs de banques et d'autres sociétés. 

« Ce que nous envisageons c'est de revenir à une compréhension plus exacte 
de l'ancienne vérité: ceux qui dirigent des banques, des corporations et autres 
bureaux qui gèrent et mettent en valeur l'argent d'autrui, doivent agir en 
dépositaires d'autrui. » 


Chaque jour qui s'écoula me montra, ainsi qu'au Cabinet et au Congrès, la 
nécessité immédiate de nouvelles mesures pour remédier à l'état de crise; en 
même temps, nous eûmes l'occasion de découvrir les situations les plus 
angoissantes et de partir ainsi résolument à l'attaque. 

Un an ou deux avant mon départ d'Albany, j'avais reçu, en nombre sans cesse 
croissant, des lettres de petits propriétaires à qui la forclusion allait faire perdre 
leurs habitations. Bien que cette situation, dans le domaine agricole remontât à 
l'année 1920, le problème du prêt aux propriétaires n'avait pas encore été agité 
sérieusement avant le krach de 1929. C'est pourquoi le public ne perçut pas leur 
détresse croissante. 


Durant le premier mois de l'entrée en charge, M. Henri Morgenthau Jr., en sa 



qualité de Président du Conseil Fédéral Agricole, avait commencé à grouper les 
nombreux services gouvernementaux qui prêtaient de l'argent aux fermiers sur 
leurs récoltes, sur leurs semences, sur leurs biens meubles et sur leurs fermes. 
Nous nous préparions à demander l'octroi de fonds considérables pour couvrir la 
forclusion qu'entraîneraient les dettes de toutes sortes des fermiers, et nous étions 
presque prêts à étendre le même principe aux propriétaires. 

En conséquence, le 3 avril, je déclarai au Congrès: 


« Dans mon programme général je me propose de mettre fin à la liquidation 
forcée de la propriété, d'accroître le pouvoir d'achat et d'élargir le système du 
crédit au profit des éléments producteurs et consommateurs de notre population. 
Je demande aujourd'hui au Congrès comme une partie de ce programme une 
législation spéciale au sujet des hypothèques et d'autres formes d'endettement 
des fermiers de la nation. Vous savez tous que des milliers de fermiers dans 
toutes les parties du pays ne peuvent faire face aux dettes qu'ils ont contractées 
lorsque les prix de leurs récoltes avaient une valeur monétaire toute différente. 
La législation actuelle qui cherche à relever les prix des produits agricoles, est 
une mesure précise qui permettra aux fermiers endettés de payer leurs dettes 
dans des proportions qui se rapprocheront davantage du montant de celles qu'ils 
ont contractées. Mais cela ne suffit pas. 

« Le Gouvernement Fédéral devrait prendre, en outre, des mesures pour 
financer le payement des hypothèques et des autres dettes de manière à établir 
une répartition plus équitable du montant de la dette, une réduction des taux 
d'intérêt qui très souvent sont déraisonnablement élevés et contraires aux vrais 
intérêts publics; en plus, il devrait, par un réajustement temporaire de 
l'amortissement, laisser aux fermiers suffisamment de temps pour qu'ils puissent 
espérer voir leur propre terre libérée définitivement de toute hypothèque. Je 
cherche à mettre fin à la situation de centaines de milliers de familles agricoles 
américaines que menace la perte de leurs demeures et de leur capacité de 
production. 

« La législation que je propose n'imposera pas un fardeau considérable au 
trésor national. Au contraire. Grâce à elle, par l'intermédiaire des services 
existants du Gouvernement, les propriétaires de fermes pourront rentrer dans 
leur argent à des conditions raisonnables, alléger leurs charges écrasantes: elle 



leur donnera ainsi une excellente occasion de revenir à une situation saine. 


« Je demanderai bientôt de nouvelles mesures législatives rentrant dans le 
cadre du programme général; elles étendront l'application de ce principe 
salutaire aux petits propriétaires de la nation en butte à la même menace. » 


Jusqu'ici, on a pu croire que nous négligions l'industrie dans notre plan général 
de reconstruction. La vérité est tout autre. Bien avant l'Inauguration, beaucoup 
d'entre nous avaient trié et étudié, sans crainte de se tromper, des centaines de 
suggestions et de plans pour le redressement de notre industrie. 

La production du pétrole et l'industrie de l'affinage s'étaient placées d'elles- 
mêmes au premier plan de nos préoccupations, puisqu'elles dépendaient avant 
tout des ressources naturelles; mais en outre, la loi les faisait enfants du 
Ministère de l'Intérieur. II a fallu beaucoup de courage au Secrétaire de 
l'Intérieur Ickes pour me dire au milieu du mois de mars qu'il était prêt à se 
mesurer avec la tâche contre laquelle s'étaient brisés les efforts de tant d'autres 
qui avaient cherché à limiter la production du pétrole aux besoins du 
consommateur. Ils voulaient obtenir pour les détenteurs de puits de pétrole un 
prix raisonnable et empêcher que les usagers du pétrole et de l'essence eussent à 
payer des prix exorbitants. M. Ickes tint une conférence avec les délégués des 
Gouverneurs de dix-sept des Etats producteurs de pétrole, et, chose merveilleuse, 
ils s'entendirent sur un plan. Dans une lettre adressée aux Gouverneurs le 3 avril, 
je sollicitais leur aide. II ne s'agissait pas, dans cette première tentative, de 
procéder à une refonte de l'organisation pétrolière, et bien qu'à peine un an se 
soit écoulé, je crois qu'il est bon de noter que du chaos est sorti un ordre 
solidement établi et qu'en même temps les trois objectifs ont été atteints en 
grande partie. Voici ce que je disais dans cette lettre: 


« Je vous envoie par la présente, aux fins d'examen, un rapport soumis au 
Secrétaire de l'Intérieur, à la suite d'une conférence de trois jours tenue à 
Washington au début de cette semaine sur la situation pétrolière, conférence à 
laquelle participèrent des délégués des Gouverneurs de dix-sept des Etats 
producteurs de pétrole. Assistaient également à la conférence des délégués des 
compagnies indépendantes comme d'ailleurs les représentants des grosses firmes 



productrices d'essence et de pétrole. Les grandes lignes du rapport furent 
rédigées et adoptées à l'unanimité par un comité de quinze personnes, composé 
en nombre égal des délégués des Gouverneurs, des industries du pétrole et de 
l'essence et des compagnies indépendantes. Quand ce rapport fut enfin soumis à 
tous les membres de la conférence, il fut approuvé par le vote de tous les 
délégués des Gouverneurs et de ces délégués de l'industrie du pétrole. 

« C'est, semble-t-il, le sentiment général qu'un état de crise règne dans 
l'industrie du pétrole, et cet état réclame une action du Gouvernement. II est à 
espérer que les Gouverneurs des Etats éprouvés, après avoir délibéré entre eux, 
prendront toute mesure qu'exige la situation. 

« Le comité des quinze recommande au Gouvernement fédéral de prendre part 
à cette action. J'approuve pleinement l'idée que le Congrès vote les mesures 
législatives destinées à empêcher le transport à l'intérieur des Etats ou de 
l'étranger de tout pétrole ou produits dérivés ou qui sort fabriqués dans un Etat 
en violation des lois susdites. Je suis prêt à recommander au Congrès cette 
législation comme la contribution du Gouvernement national à la solution des 
difficultés dans lesquelles se trouve l'industrie pétrolière. » 


Ce fut, si je m'en souviens bien, à peu près au moment de la perte de l'Akron 
— époque à laquelle les mesures de redressement se suivaient à un rythme 
rapide — que se manifesta pour la première fois le rapport de ces mesures avec 
la politique économique des autres nations. Des conversations officieuses eurent 
lieu avec les représentants des autres nations. J'invitai également plusieurs de 
leurs chefs à venir à Washington avant l'ouverture de la conférence économique 
internationale qui devait se tenir à Londres au mois de juin. Pour l'ordre 
chronologique des faits, il me sera plus facile de raconter les débuts de notre 
nouvelle politique extérieure dans un chapitre particulier. 

Au milieu d'avril les choses prenaient une forme substantielle. Le pays 
comprenait que, sous les proclamations les messages et les mesures législatives 
prises depuis le 4 mars, il y avait un dessein clair et que toutes les mesures 
s'enchaînaient les unes aux autres. L'industrie se relevait; les fermiers 
apercevaient une lueur à l'horizon; les banques reprenaient leur activité. 



CHAPITRE IV 


Le 13 avril, en vue de protéger les petits propriétaires, j'envoyai au Congrès le 
message suivant: 

«Afin de franchir une nouvelle étape nécessaire à la réalisation du 
programme de redressement économique, je demande au Congrès de voter une 
législation qui protégera les petits propriétaires contre la forclusion et les 
délivrera d'une partie des charges que font peser sur eux des taux d'intérêts 
excessifs et les dettes élevées qu'ils ont contractées durant la période où les 
biens avaient une valeur plus grande et où les possibilités de gain étaient plus 
considérables. 

« La législation que je vous propose comporte la déclaration de politique 
nationale suivante: l'intérêt bien compris de la nation exige des mesures 
extraordinaires pour la sauvegarde de la petite propriété si l'on veut garantir la 
stabilité sociale et économique; en outre, la protection des petits propriétaires 
contre une liquidation injuste et forcée, intéresse particulièrement le 
Gouvernement. 

« La législation que je propose suit les grandes lignes du projet de loi destiné 
à aider les fermiers débiteurs. Les stipulations en sont rédigées de manière à 
imposer au trésor national le moins de charges possible, tout en tenant compte 
des objectifs poursuivis. Elle prévoit un mécanisme qui permettra l'ajustement 
sur une base saine d'évaluation, des dettes hypothéquées sur de petites 
habitations. Par le même procédé, ceux qui ont placé leurs capitaux à des taux 
d'intérêt nettement inférieurs ne subiront pas d'injustice et ceux qui sont en état 
d'extrême nécessité pourront ainsi suspendre et le paiement de l'intérêt et celui 
du principal. Les ressources qui seront mises en valeur par une émission de bons 
dont le Trésor seul garantira l'intérêt, suffira, pensons-nous, à répondre aux 
besoins de ceux qui tentent, sans profit, d'autres méthodes de rétablissement 
financier. En même temps, le plan prévoit un règlement qui mettrait fin à la 
situation chaotique et confuse de l'heure présente, situation qui sème la crainte 
et le désespoir aussi bien parmi les petits propriétaires que parmi les 
épargnants. 

« Cette législation réclame de notre part une attention à la fois prompte, 



sérieuse et réfléchie. » 



CHAPITRE V 


Le Secrétaire du Trésor Woodin, le Conseil de la Banque de Réserve, la « 
Reconstruction Finance Corporation » et les fonctionnaires du Ministère du 
Trésor qui travaillaient ferme, fournirent une lourde tâche. On avait procédé à 
l'examen de toutes les banques du pays, banques nationales et banques d'Etat; la 
grande majorité avait rouvert ses guichets. Même au Ministère du Trésor nous 
étions arrivés à bout du difficile problème qui consistait à emprunter 
suffisamment d'argent pour faire face aux dépenses indispensables de chaque 
jour, bien que le Trésor fût vide, à tous égards, au moment où nous en avions 
hérité. 

Les proclamations antérieures du mois de mars avaient engagé tous les 
détenteurs d'or à rendre leur or aux banques. Au cours de cette période, il va de 
soi que nous conservions encore l'étalon-or, en ce sens que nos banques 
pouvaient exporter l'or pour faire face aux demandes de l'étranger. 

Au début d'avril, plusieurs symptômes commencèrent à nous donner des 
inquiétudes sérieuses sur la réserve d'or des banques des Etats-Unis. Sans doute 
l'ensemble de l'or accumulé en notre pays suffisait pour couvrir le papier en 
circulation et pour répondre aux nécessités du crédit. Mais, en même temps, des 
événements récents nous- avaient fourni de multiples exemples d'évasion 
soudaine et incontrôlable de l'or, évasion due à la spéculation ou à la crainte. Des 
Américains, je regrette de le dire, s'inquiétèrent à ce point de l'avenir de leur 
pays qu'ils se mirent à exporter leur propre capital. D'autres, je regrette 
également de le dire, crurent que, s'ils convertissaient leur argent en monnaies 
étrangères en exportant de l'or, ils seraient dans la suite en mesure d'acheter un 
nombre plus considérable de dollars — sans se soucier de faire pour cela une 
spéculation contre leur patrie. En Europe, une pression croissante sur nos 
réserves d'or s'exerçait par des spéculateurs internationaux, par des banques et 
des personnes qui vendaient des titres américains, achetaient des devises 
américaines et qui, pour leur compte, exigeaient des paiements or. Il en résultait 
un accroissement considérable de la réserve or à New-York pour les comptes de 
l'étranger et probablement pour une réelle exportation. Celle-ci pourrait se 
monter immédiatement, crûmes-nous, au moins à un demi-milliard de dollars. Si 
le mouvement progressait, il pourrait bien nous faire perdre un milliard ou même 
deux milliards de notre réserve d'or. Le fait est que, au cours de la brève 



suspension de l'embargo sur l'or en avril, nous perdîmes en or cent millions de 
dollars. 


Ce fut à ce moment que le Secrétaire Woodin et moi décidâmes que le 
moment était venu d'empêcher toute nouvelle exportation. 

Ce qui fut, réalisé le 20 avril par un décret très important qui déclarait : 


« Jusqu'à nouvel ordre, dans tous les Etats-Unis, la mise en réserve pour le 
compte de l'étranger et l'exportation de l'or sous forme de monnaie, de lingots 
ou billets convertibles en or... sont interdites. Le Secrétaire au Trésor pourra 
toutefois donner des licences d'exportation de monnaie d'or et de lingots 

a) si cet or est mis en réserve ou entreposé pour le compte d'un gouvernement 
étranger reconnu ou pour une banque étrangère centrale ou la Banque des 
Règlement Internationaux; 

b) si cet or a été importé pour être réexporté ou s'il s'agit de l'or dont il sera 
demandé des quantités raisonnables nécessaires au commerce normal des 
affineurs qui importent des objets qui contiennent de l'or, à condition d'exporter 
ensuite de l'or; 

c) si cet or est nécessaire pour réaliser tout contrat passé, avant la date dudit 
décret, par un requérant qui, en conformité avec le décret du 5 avril, a remis de 
l'or sous forme de monnaie, de lingot ou de billets convertibles en or, 

d) enfin, au cas où le Président le jugerait nécessaire pour opérer des 
transactions utiles au bien public. 

« Jusqu'à nouvel ordre, le Secrétaire au Trésor a l'autorisation d'enquêter, de 
réglementer ou d'interdire... toutes transactions en devises étrangères, tous 
transferts de crédit d'un établissement bancaire à l'intérieur des Etats-Unis... à 
toute succursale ou bureaux étrangers dudit établissement bancaire ou à toute 
banque ou banquier étranger, ainsi que l'exportation ou le retrait de monnaie 
des Etats-Unis... par toute personne, société, association ou corporation fixée à 
l'intérieur des Etats-Unis... » 



C'es ainsi que nous fîmes savoir au pays et au monde que nous nous 
proposions de maintenir intactes nos réserves d'or. 

On pourrait écrire, sans utilité quelconque, bien des volumes sur la question 
de savoir si, le 20 avril, les Etats-Unis ont abandonné l'étalon-or. En un sens, 
non, puisque le titre légal du dollar-or resta inchangé et puisque le 
Gouvernement et les banques mirent l'embargo sur toutes les réserves d'or pour 
qu'elles servissent de base à la monnaie. D'un autre côté, l'or aux Etats-Unis ne 
cessa pas d'être un instrument d'échange. 

Le lendemain matin, le Secrétaire vint me voir. Je crois que nous nous 
sentions très heureux tous les deux d'avoir tranché le noeud gordien. Il rayonnait, 
mais je le regardai et lui dis : 

— Monsieur le Secrétaire, j'ai de très mauvaises nouvelles pour vous. Je dois 
vous annoncer ce fait très grave que les Etats-Unis ont renoncé à l'étalon-or. 

M. Woodin est beau joueur. Il leva les mains au ciel, ouvrit de grands yeux et 
s'écria : 

— Bonté divine ! Quoi, encore une fois? 

Ce décret était le point décisif. Ses effets se firent sentir 
presqu'immédiatement. Les devises américaines s'affaiblirent par rapport aux 
monnaies étrangères, et le niveau des prix en Amérique monta considérablement. 
Chacun comprenait enfin que nous étions résolus sérieusement à conserver nos 
ressources financières, que nous nous proposions de maintenir notre monnaie et 
qu'en même temps nous nous étions déterminés, d'une manière précise, à 
rechercher une hausse de toutes les valeurs. 

Au cours de conversations avec diverses personnes sur nos troubles 
économiques essentiels, j'ai souvent dressé à leur intention un tableau en deux 
colonnes représentant d'un côté ce que les Etats-Unis possédaient en dollars et, 
de l'autre côté, ce qu'ils devaient en dollars. Ces chiffres couvraient tous les 
biens de toutes sortes et toutes les dettes publiques, privées ou de sociétés. En 
1929, le total de l'actif en dollars dépassait de beaucoup le total des dettes. Mais, 
au printemps de 1933 tandis que le total des dettes restait aussi grand, le total de 



l'actif était tombé au-dessous de celui des dettes. 


Deux voies étaient ouvertes : ou réduire les dettes par une procédure de 
banqueroutes et de forclusions jusqu'à un point qui les aurait ramenées au- 
dessous de la valeur des propriétés; ou bien, faire monter les valeurs des 
propriétés jusqu'au moment où elles dépasseraient les dettes. 

Evidemment, la seconde procédure était la seule qui fût permise pour essayer 
de remettre le pays sur ses pieds sans destruction de valeurs humaines. Nous 
reconnûmes que le but final était encore loin et qu'il restait beaucoup de chemin 
à parcourir avant d'y arriver. Nous savions que nous devrions faire face à une 
spéculation insensée et nous l'eûmes au mois de juillet et de juin. Nous savions 
qu'il y aurait des hauts et des bas, mais qu'en tenant constamment sous les yeux 
l'objectif poursuivi et en utilisant de multiples systèmes et en appliquant de 
nombreuses mesures, nous pourrions tout au moins tenter un effort raisonnable 
pour atteindre le but. Quand les Etats-Unis abandonnèrent la base or en avril 
1933, nous avons fait de propos délibéré ce que de nombreux autres pays, y 
compris la Grande-Bretagne, ont été obligés de faire contre leur gré. Le pays 
comprenait que le dollar était aussi bon que jadis et, qu'en réalité, nous nous 
proposions de lui assurer une valeur plus saine qu'il n'en avait eue durant les 
treize années et demie d'une déflation sans cesse croissante. 



CHAPITRE VI 


Ce n'est pas une exagération de ma part de dire que si la situation économique 
de l'hiver de 1932-1933 avait continué, tout le système ferroviaire des Etats- 
Unis, à peu de chose près, serait tombé dans les mains d'un liquidateur en un laps 
de temps très bref. L'aide de la « Reconstruction Finance Corporation » et 
l'accroissement du trafic qui se manifesta à la fin du mois d'avril, nous firent 
croire que les réseaux les plus solides pourraient subsister. En même temps, nous 
constatâmes que les chômeurs étaient nombreux dans les rangs des travailleurs 
des réseaux et qu'une réorganisation et une coordination de tous les réseaux et 
des autres modes de transports s'imposaient. Nous n'avions pas le temps 
d'élaborer un programme complet et définitif ; de plus la situation n'était pas 
entièrement éclaircie. En conséquence, je demandai au Congrès une législation « 
bouche-trou ». Ce message du 4 mars est suffisamment éloquent par lui-même : 


« Les chemins de fer à vapeur constituent encore les principales artères du 
commerce aux Etats-Unis. Toutefois, à l'heure présente, le trafic utile ne 
rapporte pas suffisamment pour que l'on utilise toutes les commodités des 
réseaux déjà existants et le supplément de commodités offert par les nouveaux 
modes de transport. 

« Notre but général est de coordonner tous les services de transport de 
manière à posséder un service approprié aux circonstances. Je ne suis pas 
encore prêt à soumettre au Congrès un programme d'ensemble de mesures 
législatives définitives. 

« Je crois, toutefois, que trois mesures d'exception peuvent et doivent être 
prises à cette session extraordinaire du Congrès. 

« En premier lieu, je propose d'abroger les stipulations de la loi adoptée par 
les membres de la Commission chargée du commerce à l'intérieur des Etats, 
relatives à la récupération des marchandises. La Commission a déclaré que les 
stipulations existantes sont irréalisables et impraticables. 



« En deuxième lieu, les compagnies holding de chemin de fer devraient être 
soumises définitivement aux règlements et à la surveillance de la Commission du 
Commerce, tout comme les chemins de fer eux-mêmes. 

« En troisième lieu, je propose la création d'un « Coordinateur Fédéral » des 
transports qui, travaillant avec des groupes de chemins de fer, pourra 
encourager les compagnies, susciter ou exiger leur collaboration en vue d'éviter 
le double emploi des services, d'empêcher le gaspillage et de réorganiser les 
finances. Ce coordinateur devrait également, lors de l'exécution de ces mesures, 
rendre des services utiles, en laissant un salaire raisonnable au personnel des 
réseaux. 

« Le bénéfice de l'expérience de cette année, permettra au Gouvernement et 
aux compagnies de préparer un système plus stable et d'une portée plus 
considérable pour la session ordinaire du Congrès en 1934. » 

Encore plus que les chemins de fer, l'industrie avait souffert de la crise. Il était 
évident que si on se mettait à attendre que des forces naturelles vinssent lui 
redonner vie, un chômage intolérable en serait la première conséquence. C'est 
pourquoi le 4 mai, Je pris prétexte d'une réunion de la Chambre de Commerce 
des Etats-Unis pour lancer un appel précis aux chefs d'industrie du pays. En un 
sens, ce discours annonce la N.R.A. 

« Par suite d'une situation nationale et mondiale, dont l'examen m'a pris tout 
entier au cours des deux mois qui viennent de s'écouler, j'ai dû renoncer à 
aborder beaucoup de sujets d'intérêt public avec les membres de la Chambre de 
Commerce des Etats-Unis. Pour le même motif, je vous avouerai franchement 
que je n'ai eu ni le temps ni l'occasion de préparer pour ce soir, à votre 
intention, un exposé complet de nos problèmes nationaux. 

« Je n'ai pas à vous dire que les pouvoirs exécutif et législatif des Etats-Unis 
se sont efforcés de trouver et de mettre en pratique une série de mesures 
concernant notre propre économie intérieure et à prendre l'initiative de l'esprit 
de coopération entre toutes les nations du monde. Nous avons cherché, par des 
mesures sages et modérées, à accroître le volume de notre commerce, à trouver 
du travail aux chômeurs, et à provoquer une hausse étendue des prix des 
matières premières. 


« Je vous présente trois requêtes. Au cours des dernières semaines nous avons 



assisté en même temps qu'à une reprise légère mais certaine de la plupart de nos 
industries à une hausse des prix de la plupart des matières premières. 
L'expérience du passé a montré que, quand le niveau des prix commence à 
monter après que les prix des matières premières sont restés longtemps en 
baisse, les salaires précédemment réduits restent en arrière sur la hausse des 
prix. 

« Il en est résulté jadis que la classe laborieuse a dû supporter des charges 
injustes; elle n'a pu obtenir une répartition juste et équitable des bénéfices de 
l'industrie et le pouvoir d'achat de l'immense majorité de notre population en a 
été limité 

« En conséquence, je vous demande à vous qui représentez, selon toute 
probabilité, la majorité des employeurs de la nation de ne plus opérer de 
nouvelles réductions sur les salaires de vos employés, et je vous demande aussi 
d'augmenter les échelles des salaires en proportion de l'augmentation des 
matières premières, pour autant que cela est en votre pouvoir. 

« Le fait est que la moyenne de l'échelle des salaires de la nation a baissé au 
cours de ces quatre dernières années plus rapidement que le coût de la vie. Il 
importe essentiellement, au point de vue de la justice nationale, que l'échelle des 
salaires soit en rapport avec le coût de la vie et que cette mesure soit prise dès 
maintenant et pas plus tard. 

« Ma seconde demande tend à ramener de l'ordre dans le chaos. Au cours des 
quatre années qui viennent de s'écouler, le système industriel, que l'on avait 
considéré comme ordonné, a dégénéré en un système où règne le plus grand 
désordre. Vous vous rendez compte comme moi de l'existence des méthodes de 
concurrence déloyale, des prix exorbitants et du chaos général. Vous 
reconnaissez avec moi qu'il faut remédier à cette situation et rétablir l'ordre. 
C'est à vous d'atteindre ce but, par un désir de coopération les uns avec les 
autres, et avec votre Gouvernement. 

« Dans presque toutes les industries, l'immense majorité des ressortissants 
désire collaborer, pour empêcher la surproduction, pour empêcher les salaires 
iniques et pour supprimer les mauvaises conditions de travail. Dans le passé, 
une petite minorité a suffi à empêcher la réalisation de ces trois objectifs. Je puis 
vous assurer que le Gouvernement collaborera avec vous si vous désirez faire 
comprendre à ces minorités que leurs agissements déloyaux nuisent à l'intérêt 



général. 


« Ma troisième demande est de nature quelque peu différente, bien qu'elle 
influe considérablement sur les deux autres. Il est dans la nature de l'homme de 
considérer un problème en regard de son existence particulière et des intérêts de 
sa compagnie ou de l'affaire dans laquelle il est personnellement engagé. Il n'est 
donc pas contraire à la nature que les différentes industries du pays appliquent à 
elles-mêmes ce même point de vue. Et pourtant j'attire votre attention sur ceci 
que vous devez tous comprendre : C'est que chacun d'entre vous et vous tous 
dans vos propres domaines et dans vos propres industries n'êtes qu'une partie 
intégrale d'un grand tout et que notre économie nationale doit envisager 
l'ensemble plutôt que les différentes unités qui composent la nation. 

« En fin de compte, il est de peu d'utilité à l'un d'entre vous de connaître une 
prospérité temporaire tandis que d'autres sont dans une gêne continuelle. Je 
vous demande de chercher votre prospérité dans une prospérité générale, 
d'envisager la restauration économique du point de vue général de la nation, et 
non pas des industries particulières, de faire abstraction des intérêts particuliers 
et égoïstes, de songer et d'appliquer un programme d'ensemble de restauration 
nationale. » 


Ace message succéda, le 7 mai, un discours-programme à la T. S. F., le 
premier que j'aie prononcé depuis mon discours sur les banques au début de 
mars. II me fournit l'occasion de passer en revue les différents événements des 
deux premiers mois de mon Gouvernement : 


« Dimanche soir, une semaine après mon inauguration, j'empruntai la T. S. F. 
pour vous parler de la crise bancaire et des mesures que nous allions prendre 
pour y faire face. Je crois qu'en agissant de la sorte j'ai jeté de la clarté sur 
différents faits qui, autrement, auraient pu être mal interprétés; et, d'une manière 
générale, j'ai fait comprendre la situation au pays, ce qui a contribué, pour une 
grande part, au rétablissement de la confiance. 

« Ce soir, huit semaines plus tard, je viens, pour la seconde fois, vous faire 
mon rapport — dans le même esprit et de la même manière, — pour vous 



entretenir de ce que nous avons fait et de ce que nous avons l'intention de faire. 


« Il y a deux mois, nous nous trouvions en face de graves problèmes. Le pays 
tombait à la ruine, pouce par pouce. II se mourait parce que le commerce et 
l'industrie étaient tombés à un niveau dangereusement bas; les prix de nos 
matières premières menaçaient de détruire la valeur de l'actif de nos 
établissements nationaux : banques, caisses d'épargne, compagnies d'assurance 
et autres instituts. Ces établissements, par suite de leurs besoins importants, 
opéraient des forclusions, réclamaient des emprunts, refusaient de faire crédit. II 
en résulta donc en fait que des millions de personnes furent menacées de perdre 
leurs propriétés, puisqu'elles avaient emprunté de l'argent sur ces propriétés 
avec des dollars qui avaient eu une valeur totalement différente de celle de mars 
1933. Cette situation ne nous permettait pas des considérations compliquées sur 
les panacées économiques ou de combiner des plans de fantaisie. Nous nous 
trouvions, non pas devant des théories mais devant une situation concrète. 

« II n'y avait que deux solutions : la première consistait à suivre la même voie, 
à permettre les forclusions, le retrait du crédit et la thésaurisation, à amener 
ainsi la liquidation et la faillite des banques, des compagnies de chemins de fer 
et d'assurances jusqu'à la capitalisation de toute l'économie et de la propriété à 
un niveau inférieur. Cette solution signifiait la continuation de la campagne de 
déflation dont le résultat immédiat eût été une misère extraordinaire pour tous 
les possédants, et, par voie de conséquence, une misère immense pour tous les 
salariés en raison de l'accroissement du chômage et d'une nouvelle réduction de 
l'échelle des salaires. 

« II est évident que cette solution n'aurait pas eu seulement des effets d'ordre 
économique très graves, mais aussi des conséquences d'ordre social qui auraient 
causé un mal énorme. Même avant mon accession au pouvoir, j'étais arrivé à la 
conclusion qu'une telle politique aurait fait supporter au peuple américain une 
charge trop lourde. Elle aurait entraîné, non seulement une nouvelle 
dévalorisation des richesses représentées par les maisons, fermes, économies et 
salaires, mais aussi des pertes d'ordre spirituel, la perte de ce sentiment de 
sécurité pour le présent et l'avenir, si nécessaire à la paix et à la satisfaction de 
l'individu et de sa famille. Si vous détruisez ces valeurs, vous trouverez 
difficilement le moyen de rétablir toute confiance dans l'avenir. Il était évident 
qu'il ne suffisait pas, pour arrêter cette course à la ruine, de lancer de 
Washington des appels à la confiance et de prêter des sommes d'argent plus 
considérables à des établissements craquant de toutes pans. Il me semblait non 



seulement légitime mais encore obligatoire pour la sécurité nationale 
d'appliquer le plus rapidement possible un programme précis. Le Congrès, et 
quand je dis le Congrès, je parle des membres des deux partis politiques, 
comprit très bien la situation et me donna un appui généreux et intelligent. Les 
membres du Congrès virent clairement que les méthodes des temps normaux 
devaient faire place, en période de crise, à des mesures adaptées aux nécessités 
graves et impérieuses du moment. Il n'y eut pas à proprement parler d'abandon 
du pouvoir, le Congrès conserva encore son autorité constitutionnelle, et 
personne n'a eu le moindre désir de changer l'équilibre politique. La fonction du 
Congrès est de décider les mesures à prendre et de choisir l'instrument de ses 
volontés. II a suivi étroitement cette politique. La seule chose qui s'est passée fut 
qu'il désigna le Président pour exécuter certaines de ses mesures. C'était 
conforme à la constitution et à la tradition du peuple américain. 

« La législation qui a été votée ou qui est en voie d'être appliquée peut être 
raisonnablement considérée comme faisant partie d'un programme complet. 

« En premier lieu, nous fournissons du travail à 250.000 chômeurs, 
spécialement aux jeunes gens qui ont des charges. Ils se consacrent au 
reboisement et aux travaux contre les inondations. C'est une niche importante 
parce qu'elle comporte la nourriture, l'habillement et l'entretien d'un nombre de 
personnes, près de deux fois plus grand que celui des soldats de notre armée 
régulière. En créant ce corps civil, nous faisons d'une pierre deux coups. Nous 
rehaussons notablement la valeur de nos ressources naturelles et, d'autre part, 
nous soulageons un lot considérable de personnes qui se trouvent dans la 
détresse. Cet important groupe d'hommes s'est mis au travail volontairement; il 
n'est pas soumis à un règlement militaire, et nous conservons non seulement nos 
ressources naturelles mais encore nos ressources humaines. Un des grands 
mérites de ce travail est qu'il s'accomplit directement et ne nécessite pour ainsi 
dire pas l'intervention des machines. 

« En deuxième lieu, j'ai soumis à l'approbation du Congrès des mesures que, 
par la suite, j'ai fait appliquer, à savoir : l'exploitation des vastes propriétés du 
Gouvernement à Muscles Shoals que l'on a négligées pendant tant d'années de 
coûteuse inaction; en outre, j'ai proposé un plan d'ensemble pour l'aménagement 
d'une grande partie de la vallée du Tennessee. Ces mesures augmenteront le 
bien-être et le bonheur de centaines de milliers de gens, et leur effet bienfaisant 
se fera sentir à la nation tout entière. 



« Ensuite, le Congrès va voter une législation qui libérera, en grande partie, 
de la misère de l'hypothèque les fermiers et les petits propriétaires de la nation, 
ceci grâce à une disposition qui allégera le fardeau des dettes qui pèse si 
lourdement sur des millions de nos compatriotes. 

« Une autre mesure immédiate est l'octroi d'un demi-milliard de dollars aux 
Etats, cantons et municipalités afin qu'ils puissent pourvoir aux besoins de ceux 
à qui un secours formel et immédiat est indispensable. 

« Le Congrès a aussi voté une législation autorisant la vente de la bière dans 
les Etats qui le désiraient. Il en est déjà résulté une reprise considérable du 
travail et par suite un accroissement du rendement de l'impôt, dont le besoin se 
faisait vivement sentir. 

« Nous avons l'intention de demander au Congrès une législation qui 
permettra au Gouvernement d'entreprendre des travaux publics, ce qui 
provoquera ainsi directement et indirectement une reprise dans beaucoup 
d'autres domaines que nous avons soumis à un examen approfondi. 

« Une nouvelle législation a été promulguée qui pénètre plus avant dans nos 
problèmes économiques. La loi d'aide aux fermiers, le « Farm Relief Bill », 
cherche, par l'emploi de plusieurs méthodes isolées ou réunies, à accroître le 
rendement des principaux produits agricoles, tout en s'efforçant de prévenir la 
surproduction désastreuse qui, si souvent dans le passé, a fait tomber les prix à 
un niveau bien inférieur à un rapport rationnel. Cette mesure prévoit l'octroi de 
pouvoirs étendus dans les cas critiques. L'usage qu'on en fera, dépendra 
uniquement de ce que l'avenir nous réserve. 

« Nous proposerons également des mesures de sauvegarde mûrement 
réfléchies par quoi nous tenterons de donner des salaires plus équitables aux 
ouvriers de l'industrie du pays et d'empêcher la concurrence déloyale, de nous 
opposer aux trop longues semaines de travail et, en même temps, d'encourager 
toutes les industries à éviter la surproduction. 

« Notre loi sur les chemins de fer rentre dans la même catégorie; son objectif 
est de permettre aux chemins de fer, avec l'aide du Gouvernement, d'aménager et 
de mettre sur pied un plan bien arrêté qui supprimera les doubles emplois et les 
gaspillages, lesquels ont amené à l'heure actuelle la faillite de nombreux réseaux 
et des déficits continuels. 



« Je suis persuadé que les habitants de ce pays comprennent et approuvent les 
nouvelles mesures gouvernementales qui ont trait à l'agriculture, à l'industrie et 
aux moyens de transport. Notre production agricole dépassait notre 
consommation; nous nous trouvions devant des excédents que les autres nations 
ne pouvaient acheter qu'à des prix désastreusement bas. Nos usines étaient en 
mesure de fabriquer plus de produits que nous ne pouvions en consommer, et, en 
même temps, les demandes de l'étranger baissaient. Il se faisait que nous 
disposions de plus moyens de transport des marchandises et des récoltes que 
nous n'avions de marchandises et de récoltes à transporter. Cette situation était 
due en grande partie à un manque complet de plan général et à une 
incompréhension totale du danger qui n'avait cessé de flotter dans l'air depuis la 
fin de la guerre mondiale. Les habitants de ce pays ont été poussés à croire — 
mais c'était une erreur — qu'ils pourraient continuer à accroître indéfiniment la 
production agricole et industrielle et que je ne sais quel magicien trouverait le 
moyen d'écouler ces produits, tout en laissant au producteur des bénéfices 
raisonnables. 

«Aujourd'hui nous sommes fondés à croire que les choses vont un peu mieux 
qu'il y a deux mois. L'industrie a repris, les chemins de fer transportent plus de 
marchandises, les prix des produits agricoles se sont améliorés, mais je ne me 
laisserai pas aller à lancer des proclamations d'une confiance débordante 
d'enthousiasme. Nous ne pouvons pas crier de nouveau à la prospérité. 

« Je ne cesserai jamais d'être franc avec les habitants de ce pays. Je ne veux 
pas que mes compatriotes, à la faveur de cette amélioration, fassent déferler sur 
ce pays une nouvelle vague de spéculation. Je ne veux pas que l'on croie que, 
par suite d'un optimisme injustifié, nous pouvons reprendre le système 
désastreux de l'accroissement de notre production agricole et industrielle, dans 
l'espoir qu'une Providence bienveillante permettra de l'écouler à des prix élevés. 
Pareil système peut nous ramener une prospérité immédiate et factice, mais elle 
sera de ces prospérités qui nous conduiront à de nouveaux désastres. 

« On a bien tort de désigner les mesures que nous avons prises, sous le nom 
de contrôle gouvernemental de l'agriculture, de l'industrie et des transports. 

C'est plutôt une association entre le Gouvernement, d'une part, et l'agriculture, 
l'industrie et les transports d'autre part, non pas une association qui se partage 
les bénéfices, car les bénéfices iraient aux citoyens, mais plutôt une association 
qui conçoit les mêmes plans et veille à leur exécution. 



« Laissez-moi vous donner un exemple. Prenons l'industrie cotonnière. Selon 
toute probabilité, quatre-vingt-dix pour cent des fabricants de coton 
s'accorderaient pour supprimer les salaires de famine, les longues journées de 
travail, le travail de l'enfant; Ils s'accorderaient également pour empêcher une 
surproduction qui se traduit par des excédents invendables. Mais à quoi peut 
servir un tel accord si les dix autres pour cent des fabricants de coton donnent 
des salaires de famine, exigent de nombreuses heures de travail, emploient des 
enfants dans leurs usines et se livrent à une surproduction vexatoire? Par leurs 
agissements déloyaux, ces dix pour cent pourraient produire des marchandises à 
si bon marché que les quatre-vingt-dix pour cent des fabricants honnêtes en 
seraient réduits à adopter une ligne de conduite douteuse. C'est ici que le 
Gouvernement entre en jeu. Le Gouvernement, après s'être livré à une enquête 
sur une industrie et après avoir adopté un plan, devrait avoir le droit — et il 
l'aura — d'empêcher, avec l'aide de la grande majorité des membres de cette 
industrie, les agissements déloyaux. Les lois dites « antitrusts » avaient pour but 
d'empêcher la création des monopoles et d'interdire à ces monopoles de réaliser 
des bénéfices excessifs. On doit continuer à respecter le principe de ces lois, 
mais elles ne se proposèrent jamais d'encourager cette concurrence déloyale 
dont nous avons dit les méfaits. 

« Le même principe s'applique aux produits agricoles, aux moyens de 
transport et à tout autre domaine de l'industrie privée organisée. 

« Nous nous assignons un but précis, à savoir, empêcher le retour d'une 
situation qui fut à deux doigts de détruire ce qu'on appelle la civilisation 
moderne. Nous ne pouvons atteindre ce but en un jour. Nos mesures obéissent 
toutes à l'esprit du Gouvernement constitutionnel de l'Amérique, établi il y a cent 
cinquante ans. 

« Je sais que les habitants de ce pays s'en rendront compte et comprendront 
aussi dans quel esprit nous entreprenons cette politique. Je ne nie pas que nous 
ne puissions commettre des erreurs de procédure. Je ne m'attends pas à atteindre 
le but à chaque coup. Ce que je recherche, c'est d'atteindre le but le plus souvent 
possible, non seulement dans mon intérêt mais aussi dans celui de l'équipe. 
Théodore Roosevelt me dit un jour : « Si j'arrive à avoir raison soixante-quinze 
fois sur cent, j'aurai réalisé le summum de mes espérances. » 


« On a beaucoup parlé ces derniers temps des finances fédérales, de 



l'inflation, de l'étalon-or et d'autres choses encore. Permettez-moi de vous 
exposer les faits très simplement et de vous expliquer ma ligne de conduite. En 
premier lieu, le crédit gouvernemental et la monnaie gouvernementale ne sont 
vraiment qu'une seule et même chose. Derrière les bons gouvernementaux, il n'y 
a qu'une promesse de payement. Derrière la monnaie gouvernementale, il y a en 
outre, une réserve d'or et une petite réserve d'argent. A ce propos, il convient de 
rappeler que, jadis, le Gouvernement a consenti à convertir en or près de trente 
milliards de ses dettes et de sa monnaie et que des sociétés privées du pays ont 
consenti à convertir en or soixante ou soixante-dix milliards de dollars 
représentés par des titres et des hypothèques. Le Gouvernement et ces sociétés 
privées ont conclu ces accords en sachant pertinemment que les stocks d'or aux 
Etats-Unis n'étaient que de trois ou quatre milliards de dollars et que les stocks 
d'or mondiaux n'étaient que de onze milliards environ. 

« Si les détenteurs de bons commençaient à réclamer de l'or, les premiers 
arrivants auraient de l'or pendant quelques jours; leur nombre ne s'élèverait 
qu'à un vingt-cinquième des détenteurs de titres et de devises. Les vingt-quatre 
autres parties, qui ne sont pas arrivées en tête de file, se verraient dire poliment 
qu'il ne reste plus d'or. Nous avons décidé d'appliquer à tous le même traitement, 
dans l'intérêt de la justice, en vertu des pouvoirs constitutionnels de ce 
Gouvernement. Nous avons mis tout le monde sur le même pied, afin de 
sauvegarder le bien général. 

« Toutefois, l'or et, jusqu'à un certain point, l'argent peuvent servir de base 
très solide aux devises; c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de mettre 
l'embargo sur l'or de ce pays. 

«Il y a trois semaines, une série d'événements se sont produits qui auraient pu 
entraîner très rapidement, tout d'abord un grave épuisement des stocks d'or 
nationaux à l'étranger, en deuxième lieu, par voie de conséquence, une évasion à 
l'étranger des capitaux américains. Je n'exagère rien en vous disant que pareille 
occurrence aurait pu nous enlever la majeure partie de nos réserves d'or et 
entraîner un nouvel affaiblissement du crédit privé et gouvernemental, au point 
de semer la panique et d'arrêter totalement le fonctionnement de l'industrie. 

« Le Gouvernement a un but précis, c'est de faire monter les prix des matières 
premières à un niveau tel que les débiteurs pourront payer leurs dettes au moyen 
d'une devise d'une valeur égale à celle qui existait au moment où les emprunts 
ont été contractés. Nous n'avons pas l'intention de leur procurer un dollar à 



tellement bon marché qu'ils pourraient rembourser beaucoup moins qu'ils n'ont 
reçu. En d'autres termes, nous cherchons à corriger une erreur et non pas à 
créer des erreurs nouvelles dans un sens opposé. C'est pour cela que les 
pouvoirs nécessaires seront donnés au Gouvernement afin de procéder, si la 
situation l'exige, à l'élargissement des moyens de crédit. II sera fait usage de ces 
pouvoirs au moment donné, d'une manière définie, et, ai la situation l'exige, dans 
le dessein que je viens de préciser. 

« La situation mondiale suit un chemin parallèle à celui de la situation 
intérieure, laquelle, évidemment, nous intéresse en premier lieu. Je dois 
souligner le fait que la situation intérieure est nécessairement liée d'une manière 
étroite à celle de tous les autres pays. En d'autres termes, selon toutes 
probabilités, nous pourrons connaître, dans une large mesure, un retour de la 
prospérité dans notre pays, mais elle ne durera que si elle s'étend au monde 
entier. 

« Au cours des conférences que nous avons tenues et que nous tenons avec les 
chefs des autres pays, nous nous assignons quatre grands objectifs : tout 
d'abord, une réduction générale des armements, ce qui écartera la crainte de 
l'invasion et d'une attaque à main armée, en même temps une réduction des 
dépenses, de manière à équilibrer les budgets des gouvernements et à réduire les 
impôts; en deuxième lieu une suppression des barrières douanières, ce qui 
permettrait la reprise des échanges entre nations; en troisième lieu, la 
stabilisation des devises: de la sorte, le commerce pourra aller de l'avant; en 
quatrième lieu, le rétablissement des relations amicales et une plus grande 
confiance de pays à pays. 

« Durant ces trois semaines, nos visiteurs étrangers ont répondu dans un sens 
très favorable à l'énoncé de ces desseins. Toutes les nations ont souffert 
également de la crise. Toutes, elles ont abouti à la conclusion qu'une action 
générale est le plus conforme aux intérêts de chacune. C'est dans cet esprit que 
nos hôtes se sont joints à nous et ont discuté les problèmes qui nous sont 
communs. La Conférence internationale actuelle doit réussir. 

« L'avenir du monde l'exige; nous nous sommes tous engagés à unir nos 
efforts pour la faire réussir. 

« Envers vous, citoyens de ce pays, nous tous, membres du Congrès et 
membres du Gouvernement, nous avons contracté une profonde dette de 



reconnaissance. Durant toute la crise, vous avez fait preuve de résignation. Vous 
nous avez accordé des pouvoirs étendus; votre approbation généreuse nous a 
encouragés. Toutes nos forces, toutes les ressources dont nous disposions, nous 
les avons employées à justifier votre confiance. Nous sommes incités à penser 
qu'un premier pas, prudent et sensé, a été accompli. C'est dans cet esprit de 
confiance et d'encouragement réciproque que nous irons de l'avant. » 


Plusieurs des mesures prises par la nouvelle législation durent subir des 
modifications, résultat de l'expérience acquise au cours de ces jours. C'est ainsi 
que les premiers décrets qui réglementaient l'octroi des pensions aux anciens 
combattants blessés durant la guerre mondiale, opérèrent des coupes plus som¬ 
bres qu'on ne l'avait envisagé originellement. Au début de mai, on rédigea à 
nouveau dans un sens plus équitable un grand nombre de règlements et de 
stipulations. 

Lorsque la loi d'aide aux fermiers qui a trait au redressement des dettes 
agricoles, reçut le paraphe présidentiel le 12 mai, j'adressai un appel spécial aux 
créanciers hypothécaires et à ceux qui avaient des droits sur les fermiers; je les 
priai de ne pas employer la procédure de forclusion, je leur demandai de 
collaborer à la mise en oeuvre du nouveau système. 

Aussi lorsque, le 12 mai, je signai la loi sur le budget, qui accordait cinq cent 
millions de dollars au fond de chômage, j'essayai de faire comprendre que cela 
n'enlevait pas aux Etats et aux agglomérations locales la responsabilité qui leur 
incombait et qu'ils devaient faire tout ce qui était en leur pouvoir pour fournir le 
nécessaire à leurs concitoyens qui se trouvaient dans le dénuement. 

Sans cesse, il a fallu rappeler ce principe qu'à la localité incombe, la première, 
le devoir de prendre des mesures; que lorsque la localité a fait son possible et 
plus encore, c'est à l'Etat alors d'intervenir: et que, lorsque les gouvernements 
locaux et d'Etat ont fait tout leur devoir, alors seulement le Gouvernement 
fédéral peut avancer les fonds fédéraux. C'est un fait, malheureusement, que 
certaines personnes qui sont les premières à s'élever contre les dépenses du 
Gouvernement fédéral, sont les dernières, dans leur propre agglomération, à 
veiller à ce que le pouvoir local tente tout pour empêcher le dénuement et la 
détresse. 



CHAPITRE VII 


Il ne serait pas juste de dire que la « National Recovery Act « (loi de 
redressement national) fut méditée et longuement conçue avant l'entrée en 
charge du nouveau Gouvernement; il serait encore moins juste d'affirmer qu'elle 
fut le résultat d'une heureuse initiative de la dernière heure. 

Dès l'automne 1930, j'avais commencé à discuter des voies et des moyens 
indispensables pour venir en aide au chômage et pour reconstituer notre système 
économique. Cela demandait évidemment un examen complet, non seulement de 
l'agriculture, de l'industrie et des finances, mais encore des besoins sociaux de 
toute la nation. 

Déjà, à ce moment, des plans de toutes sortes commençaient à affluer vers 
moi, soit par la poste, soit à la suite de contacts personnels avec des individus et 
des délégations. Aidé de mes amis, je m'attachai à l'étude de tous les projets qui 
semblaient contenir une pensée nouvelle ou un groupe de pensées qui pourraient 
rentrer dans un plan général et pratique à la fois. 

Un résumé sérieux des plans et un examen attentif et de l'opinion publique et 
des finances gouvernementales m'amenèrent à prendre une décision qui 
comportait l'emploi simultané de deux systèmes. 

Le premier système cherchait à appliquer à l'industrie un concept nouveau 
dans notre histoire. Le passage de la suprématie nationale, des mains de la 
population agricole à celles des financiers et des industriels, passage qui eut lieu 
au tournant du siècle et qui coïncida avec la création de consortiums importants, 
avait abouti, il y a une génération, à ce que nous appelions la guerre aux trusts. 

Après la guerre mondiale, la vague de surproduction et de spéculation 
désordonnées qui avait gagné tout le pays, l'avait laissé dans un état tel que les 
mesures de redressement appliquées jadis dans les périodes de crise, s'avérèrent 
inefficaces. 

Je n'exagère pas si j'affirme avec force qu'il n'y avait pas une industrie 
importante aux Etats-Unis au printemps de 1933 qui n'eût à souffrir soit de la 



surproduction, soit d'une concurrence désastreuse, soit d'agissements déloyaux, 
soit d'un manque complet de plan. L'industrie s'en prit aux lois contre les trusts. 
L'industrie avait tort. Ces lois voulaient empêcher la constitution de monopoles 
qui, en restreignant le commerce, entravaient la concurrence loyale et grugeaient 
le public. 

Je pense qu'il est dans la nature des hommes d'affaires, tout comme dans celle 
des autres hommes, de faire preuve d'égoïsme lorsqu’une affaire est bonne et 
qu'ils réalisent de jolis bénéfices. Je pense qu'il est également dans leur nature, 
tout comme dans celle des autres hommes, aux moments de grande détresse, 
lorsque tout va mal, de se tenir prêts à concerter un nouveau plan qui, espèrent- 
ils, rétablira la situation. 

En tout cas, l'immense majorité des hommes d'affaires, au mois de mai 1933, 
était prête à participer au grand mouvement de collaboration dirigé par le 
Gouvernement et à travailler à la suppression des pratiques onéreuses du passé. 

J'ai jugé nécessaire d'établir, jusqu'à un certain point, des distinctions entre les 
diverses industries, à cause de leur grande variété de fonctionnement. Pendant 
des semaines et même des mois, nous avons adhéré à ce grand principe que, si 
l'on réduisait les heures de travail, un plus grand nombre de personnes pourrait 
trouver du travail. C'était ce que se proposait le projet de loi du sénateur Black 
qui exigeait la semaine de trente heures pour tous les employés, dans toutes les 
industries et dans toutes les parties du pays. Toutefois, un examen plus attentif 
nous amena à croire que, si le but final était légitime, la réorganisation totale 
qu'entraînerait la mise en vigueur de cette loi, ferait plus de mal que de bien. 

De plus, je croyais et je crois encore que l'on pourrait atteindre le but proposé 
avec le concours des hommes d'affaires. Ces derniers appliqueraient 
graduellement un système qui demanderait aux employés et au travail de 
collaborer dans chaque industrie au développement de ce qui, depuis lors, est 
connu sous le nom de codes. Nous pensions qu'une importante embauche 
résulterait de cette entente par la réduction de la semaine de travail. Nous 
pensions également que l'on pourrait supprimer le travail de l'enfant et que l'on 
pourrait garantir à tout ouvrier un salaire minimum décent. 

En d'autres termes, nous cherchions, par la collaboration, à faire pour le travail 
ce que les Gouvernements des Etats et le Gouvernement fédéral n'avaient pu 
accomplir à l'aide de la législation au cours de nombreuses années. 



Telle fut la genèse, tel fut l'objet de ce que nous avons appelé l'article I de la 
N. R. A. — loi importante qui, avec la loi sur la réorganisation de l'agriculture, 
s'inscrit en tête du programme de reconstruction de l'Amérique. 

Nous nous proposions en second lieu la reprise du travail par l'action directe 
du Gouvernement, l'aide aux malheureux et le redressement de la capacité 
d'achat. 

Beaucoup de personnes étaient d'avis de consacrer à un programme de travaux 
publics une somme qui atteindrait ou même dépasserait cinq milliards de dollars. 
Nous regardions, tous, d'un oeil favorable, un programme de travaux publics à 
grande échelle; mais j'avais estimé que des travaux publics entrepris pour le seul 
plaisir de dépenser de l'argent ne pourraient être justifiés ni par nous ni par les 
générations futures. Donner des pioches et des pelles à un millier d'hommes pour 
leur faire enlever une canalisation d'un côté de la chaussée et la remettre de 
l'autre côté, non seulement est une chose absurde mais encore abat le moral de 
ceux qu'on emploie à cette besogne. Trouver des travaux d'utilité publique 
équivaut nécessairement à limiter la somme que l'on pourrait leur consacrer. 
Presque tous les services gouvernementaux, spécialement ceux des 
municipalités, depuis trois ans, avaient employé leurs chômeurs à toutes sortes 
de travaux locaux. 

Nous nous avançâmes sur ce terrain avec précaution et nous aboutîmes à la 
conclusion qu'une somme de trois milliards environ était à peu près tout ce que 
nous pourrions allouer utilement en une année. Cette somme comprenait les 
travaux des chaussées à raison d'environ un demi-milliard de dollars; le 
commencement des travaux pour relever notre force navale en conformité avec 
le traité de Londres; approximativement un milliard de dollars pour de grands 
projets du Gouvernement fédéral qui se rapportaient principalement aux 
inondations et à la navigation intérieure; enfin des allocations aux Etats, aux 
municipalités, et aux cantons, partie sous forme d'emprunt, partie sous forme 
d'octroi. 

Tel fut l'objectif de l'article II de la N. R. A. qui consacrait trois milliards trois 
cent millions de dollars aux travaux publics. 

En même temps, afin de maintenir le crédit du Gouvernement fédéral, je 
proposai de lever des impôts qui suffiraient au payement des intérêts et à 



l'amortissement de ces dépenses énormes. 

Le message au Congrès en date du 17 mai est suffisamment éloquent par lui- 
même: 


«Avant l'ajournement de la Session extraordinaire du Congrès, je 
recommande deux nouvelles mesures qui s'inscrivent dans notre campagne 
nationale de reprise du travail. 

« Je demande, en premier lieu, que le Congrès s'occupe du système nécessaire 
à un grand mouvement de collaboration de toutes les parties de l'industrie, en 
vue d'obtenir une reprise importante du travail, la réduction de la semaine de 
travail, le payement d'un salaire décent au travail ainsi réduit et, en même 
temps, d'empêcher la concurrence déloyale et une surproduction désastreuse. 

« Les patrons ne peuvent parvenir à ces résultats, isolément ou même en 
groupes organisés, car de telles mesures augmentent les dépenses et permettent 
ainsi à des concurrents égoïstes qui refusent de collaborer à cette tâche d'intérêt 
public, d'écouler leurs produits à des prix dangereusement bas. 

« Ce qui a beaucoup nui jusqu'à ce jour à ces tentatives de collaboration, ce 
sont nos lois contre les trusts. Elles furent prises dans le dessein louable de 
remédier aux maux considérables qu'entraînaient les prix des monopoles. 

« Si on les gardait, on serait assuré définitivement de ne plus connaître les 
effets désastreux de la concurrence déloyale de jadis. Mais les intérêts publics 
seront les mieux sauvegardés si, avec l'autorité du Gouvernement et sous sa 
conduite, les industries privées ont la permission de conclure des accords et 
d'établir des codes qui garantissent une concurrence loyale. Toutefois, si nous 
limitons ainsi à leur dessein originel l'application des lois contre les trusts, nous 
devons avoir sous main un pouvoir qui réprimera sévèrement les quelques cas 
de non-collaboration et d'abus. Une telle sauvegarde est indispensable. 

« L'autre proposition donne à l'Exécutif plein pouvoir pour appliquer un vaste 
programme d'embauche directe. Un examen attentif me permet de croire que l'on 
peut placer approximativement trois milliards trois cent millions de dollars dans 
l'entreprise de travaux publics, utiles et nécessaires, ce qui permettra de donner 



du travail au plus grand nombre possible de personnes. 

« Un règlement devrait permettre aux Etats, aux cantons et aux municipalités 
d'entreprendre des travaux d'utilité publique, à la condition que ces autorités 
mettent tout en oeuvre pour supprimer le favoritisme, les dépenses inutiles dues 
à des projets injustifiés et contraires à une saine économie. 

« Nous devons, par une action prompte et vigoureuse, franchir les obstacles 
qui, jadis, ont retardé l'application des programmes de travaux publics. On peut 
y arriver par une procédure simple et directe. 

« L'exécution de ce programme exige que l'on protège et maintienne intact le 
crédit du Gouvernement des Etats-Unis. En d'autres termes, au moment où l'on 
fait ces dépenses considérables exceptionnelles, on doit prévoir des revenus 
suffisants au payement des intérêts et à l'amortissement des frais; de plus ces 
revenus doivent être rationnels et sûrs, au lieu d'être irrationnels et de dépendre 
de la spéculation. 

« II ressort de devis minutieux que, pour faire face aux prêts qu'envisage le 
Gouvernement, il faudra un revenu supplémentaire d'au moins deux cent vingt 
millions de dollars. Cela nécessitera évidemment une nouvelle ou de nouvelles 
formes d'impôts. On nous a fait bien des suggestions sur la nature de ces impôts. 
Je ne vous fais pas à l'heure présente de recommandation précise, mais j'espère 
que la commission du budget de la Chambre des Représentants étudiera 
soigneusement les plans qui concernent le revenu et qu'elle sera prête, au début 
de la semaine prochaine, à proposer les impôts qu'elle juge le plus conformes 
aux nécessités du moment et le moins vexatoires pour notre peuple. Si, au terme 
de ce délai, la commission n'a pas pris de décision ou si les moyens qu'elle 
propose ne me semblent pas suffisamment rationnels ou efficaces, j'ai l'intention 
de faire part au Congrès de mes propres suggestions à ce sujet. 

« Nous lèverons ces impôts, en vue de fournir du travail à nos compatriotes. 
Des décisions devront être prises pour réduire ou pour supprimer ces impôts: 

« En premier lieu, dès que l'amélioration des affaires aura accru les revenus 
dans une proportion qui permettra le remplacement de ces impôts; 


« En deuxième lieu — chaque fois que le rejet du dix-huitième amendement, 
qui est maintenant soumis aux Etats, sera ratifié et chaque fois que le rejet de la 



loi Volstead sera chose faite. Les lois sur le revenu datant d'avant la prohibition 
entreraient alors automatiquement en vigueur et fourniraient des ressources qui 
suffiraient à la suppression de ces impôts provisoires. 

« Enfin j'insiste sur le fait que toutes ces mesures sont nées d'une situation 
grave et que, par conséquent, nous devons de toute nécessité entreprendre 
immédiatement une campagne pour la reprise du travail, si nous voulons éviter 
de nouvelles misères, maintenir l'amélioration des affaires et voir des jours 
meilleurs. 

« Pour ce motif, je demande au Congrès de prendre rapidement des décisions. 

» 


Le 10 juin fut promulgué un décret-loi qui, pour la première fois, centralisait 
l'achat de presque toutes les fournitures gouvernementales, à l'exception de 
celles de la marine et de l'armée, dans un bureau de procuration qui avait son 
siège au Ministère des Finances; en même temps, les bureaux de paiements de 
beaucoup de ministères étaient rattachés à un bureau central siégeant au 
Ministère des Finances. 



CHAPITRE VIII 


Depuis cette époque jusqu'à la fin de la Session, nous ne proposâmes que 
quelques nouvelles suggestions. Le 20 mai, je demandai au Congrès de 
considérer l'industrie du pétrole comme une entité à part, chaque fois qu'il 
prendrait des mesures à l'égard des autres industries. 

Le 6 juin, un décret apporta des modifications aux règlements qui 
concernaient la réduction des pensions des vétérans. On accrut les pensions des 
hommes qui avaient subi des dommages caractérisés et graves, ainsi que celles 
des vétérans de la guerre espagnole. On prit beaucoup de nouvelles mesures plus 
équitables de manière à remédier aux réductions qui, sans aucun doute, avaient 
été, au premier moment, opérées avec beaucoup trop d'énergie. 

Le 10 juin, je fis part au Congrès des fusions et des transferts qui s'étaient 
effectués dans les services gouvernementaux; je prévoyais que les économies 
réalisées de la sorte s'élèveraient annuellement à vingt-cinq millions de dollars. 

La loi de secours avait été votée. Le 14 juin, à la Maison Blanche, nous tînmes 
une splendide réunion de tous les administrateurs d'Etat. La déclaration suivante 
leur exposa le but que s'assignait le nouveau Gouvernement fédéral: 


« La loi de secours traduit la volonté du Gouvernement fédéral de collaborer 
avec les Etats et les agglomérations locales au financement des travaux prévus 
pour remédier à la crise. A cela se borne sa portée. Il importe essentiellement 
que les Etats et les autorités locales accomplissent leur tâche loyalement. Ils ne 
doivent pas s'attendre à ce que le Gouvernement fédéral contribue d'une façon 
excessive au financement de ces travaux. Que les autorités des Etats et les cinq 
mille comités locaux de secours, qui opèrent maintenant dans tout le pays, se 
mettent bien en tête qu'il y a quatre millions de familles dans le besoin. 

« Evidemment l'Administrateur Fédéral du Comité de Secours devrait 
engager le plus possible la responsabilité du Gouvernement des Etats. Cela 
entraîne la nomination d'un comité compétent dans chaque Etat, de préférence 



une commission de cinq ou six citoyens connus qui n'administreront pas les 
secours d'une manière commerciale seulement, mais encore en faisant 
abstraction de leurs idées politiques. Les fonctionnaires du comité de secours 
n'ont qu'un seul moyen de s'assurer de la répartition équitable des secours, c’est 
une administration compétente. » 

« Il importe essentiellement que dans toutes les agglomérations règne une 
coordination efficace des secours et des travaux publics. Si le programme des 
travaux publics exige principalement la rapidité, ce n'est pas une raison pour 
consacrer, sous prétexte de secours, les fonds des travaux publics à une masse de 
projets inutiles. Il faut encourager les travaux publics d'une utilité réelle. L'une 
des fonctions des travaux publics, en cas de crise, est de jeter un pont qui 
permettra au peuple de passer de l'état de secours à un état où il pourra vivre 
normalement par lui-même. Une politique de parti ne doit pas intervenir dans 
l'exécution de cette oeuvre. On encouragera les travaux publics qui tendront à 
répartir la population d'une manière plus rationnelle, à lui faire quitter les 
centres où elle s'entasse pour des endroits plus sains où elle trouvera l'occasion 
de mener une vie normale. 

« C'est un des buts fondamentaux de mon gouvernement de collaborer avec 
les Etats et l'industrie pour assurer du travail au plus grand nombre possible de 
chômeurs: ainsi ils trouveront un emploi par des voies normales. Mais avant que 
ces places ne soient disponibles, le Gouvernement fédéral, les Etats et toutes les 
autorités locales doivent procurer des secours à tout chômeur américain 
effectivement dans le besoin. 

« Je sais que je puis compter sur votre pleine et entière collaboration avec 
l'Administrateur Fédéral du Comité de Secours, et je puis vous assurer qu'il 
prêtera à vos problèmes une compréhension favorable et qu'il prendra, si la 
situation l'exige, des mesures décisives. » 


Durant les jours de fermeture de cette session extraordinaire du soixante- 
treizième Congrès, un effort très précis fut tenté au Sénat pour détruire 
partiellement tout au moins un principe fondamental qui découlait de 1' « 
Economy Act ». Il s'agissait de faire admettre par la loi qu'il y a des cas où les 
maladies des vétérans résultent du service accompli en temps de guerre. Je pris 
une position très ferme et je déclarai que ce n'est pas la loi mais les faits qui 



devaient régler cette question et que chaque cas devait être examiné en 
particulier. Enfin, nous nous accordâmes pour décider que des comités régionaux 
examineraient chaque cas et prendraient des décisions aussi équitables que 
possibles. Plus tard, je constituai un Comité d'Appel Extraordinaire composé en 
grande partie d'anciens combattants, tout comme les comités régionaux. 

Des projets de loi partaient du Capitole à intervalles fréquents; chacun, avant 
de recevoir la signature présidentielle, devait être soumis à un examen attentif. 

La nouvelle Administration chargée du redressement national devait être 
constituée, ainsi que celle des travaux publics et celle du pétrole. 

Avant de quitter Washington le 17 juin, je fis à propos de la loi sur le 
redressement de l'industrie nationale les déclarations suivantes qu'il est utile, je 
crois, de rapporter, étant donné qu'une grande partie de notre histoire future date 
de ce moment: 


« L'histoire verra probablement dans la loi sur le redressement de l'industrie 
nationale la législation la plus importante, de la portée la plus considérable que 
le Congrès américain ait jamais adoptée. Cette loi représente un effort suprême 
pour stabiliser définitivement les différents rouages qui contribuent à la 
prospérité de la nation et au maintien des assises américaines. 

« Elle veut assurer des bénéfices rationnels à l'industrie, et à l'ouvrier des 
salaires suffisants pour vivre, par la suppression des méthodes de pirate et des 
pratiques qui, non seulement, ont accablé des entreprises honorables, mais 
encore, ont contribué à aggraver la situation des ouvriers. 

« Tandis que nous établissons la reprise des affaires sur de nouvelles bases 
qui permettront finalement à des groupes importants de se remettre au travail, 
nous espérons, grâce à cette partie de la loi qui concerne les travaux d'utilité 
publique, entreprendre rapidement un programme de travaux qui donneront en 
outre, de bonne heure, du travail à des centaines de milliers de personnes. 

« Evidemment, ce projet pour qu'il réussisse, exige la collaboration totale de 
l'industrie, du travail et de tous les citoyens de ce pays. 



« La loi que je viens de signer fut adoptée dans le dessein de remettre le 
peuple au travail — de lui permettre d'acheter plus de produits agricoles et 
industriels et d'imprimer à nouveau à nos affaires un mouvement décent. Cette 
tâche comporte deux étapes: tout d'abord, fournir, avant la chute des neiges, du 
travail à des centaines de milliers de chômeurs, enfin améliorer la situation 
future par un plan d'une plus longue portée. Sans négliger cette seconde partie, 
nous devons attaquer sans tarder la première étape. 

« Le seconde partie de la loi donne de l'embauche grâce à un vaste 
programme de travaux publics. Nos recherches montrent que nous pourrions 
embaucher immédiatement beaucoup de personnes et que, pour le premier 
octobre, nous pourrions fournir un million environ de nouveaux emplois et un 
nombre beaucoup plus considérable dans la suite. 

« Nous avons élaboré un plan d'action. Certaines mesures commenceront à 
être appliquées demain. Je mets à la disposition des routes de l'Etat, quatre cent 
millions de dollars, conformément aux prescriptions que je viens de signer; l'on 
me dit que les Etats vont entreprendre immédiatement ces travaux. Je viens aussi 
de délivrer plus de deux cent millions de dollars à la Marine pour commencer la 
construction de navires, conformément au traité de Londres. 

« Dans mon discours inaugural, j'ai avancé cette simple proposition que 
personne ne doit mourir de faim dans ce pays. Un autre point me paraît aussi 
évident: aucune des affaires qui ne peuvent subsister qu'à la condition de ne 
payer que des salaires de famine, n'a le droit de continuer à exister dans ce pays. 
Par affaires, j'entends le commerce et l'industrie dans leur ensemble; par 
travailleurs, tous les travailleurs, les faux-cols comme les cottes bleues; et, par 
salaires permettant de vivre, j'entends plus que des salaires qui assurent la 
simple subsistance, j'entends des salaires qui assurent une existence décente. 

« Dans toute l'industrie, le passage des salaires de famine et du travail de 
famine à des salaires assurant une existence décente et à un travail continuel 
peut s'effectuer en grande partie par une charte industrielle à laquelle tous les 
patrons doivent adhérer. IIy va de leur intérêt puisque un mode de vie décent 
largement répandu parmi nos cent vingt-cinq millions d'habitants correspond 
finalement pour l'industrie à l'ouverture du marché le plus riche que le monde 
ait connu. C'est le seul moyen d'utiliser la pleine capacité de nos exploitations 
industrielles. Ce principe fait de cette loi l'une des plus importantes qui soient 
jamais venues devant le Congrès puisqu'avant l'adoption de cette loi, on ne 



pouvait constituer pareille charte industrielle. 


« Sur cette base, la première partie de la loi propose â notre industrie une 
grande collaboration spontanée qui permettra à des millions d'hommes de 
reprendre, cet été, leur travail ordinaire. Les patrons n'auront qu'à augmenter 
leur nombre de travailleurs par réduction de la semaine de travail et, en même 
temps, à payer un salaire convenable. 

«Aucun patron ni aucun groupe de patrons, s'il ne comprend pas tous les 
patrons d'une industrie, ne pourrait arriver à ce résultat, seul, et continuer à 
exister, en présence de la concurrence. Mais si tous les patrons dans chacune de 
leurs branches s'unissent loyalement et sans exception dans ces corporations 
modernes et s'ils s'accordent pour agir de concert et immédiatement, personne 
ne sera lésé, et des millions d'ouvriers si longtemps privés du droit de gagner 
leur pain à la sueur de leur front, pourront relever la tête. Oui ou non, proclame 
cette loi, pouvons-nous faire abstraction de nos intérêts particuliers et opposer 
un front commun au danger commun ? 

« Dans cet appel à l'industrie, nous avons longuement insisté pour montrer 
qu'avec le droit d'agir à l'unisson, on ferait pour le bien général ce qui, 
jusqu'aujourd'hui, a été illégal. A dater d'aujourd'hui, l'industrie possède ce 
droit. 

« Beaucoup de gens sensés ont voté cette nouvelle charte à regret. Je ne 
partage pas leurs doutes. J'ai pris part à la grande collaboration des années 
1917 et 1918, et c'est ma conviction que nous pouvons compter une fois de plus 
sur notre industrie pour participer à notre plan général, à savoir, écarter cette 
nouvelle menace et ce, sans exploiter la confiance du public qui, aujourd'hui, 
s'en est remis complètement à la bonne foi et aux intentions élevées des 
dirigeants américains. 

« Cette loi est aussi un appel aux travailleurs. Aux ouvriers aussi, elle donne 
une nouvelle charte de droits, qu'ils avaient jusqu'ici demandée en vain. 

« C'est, en outre, un appel à l'administration. Nous allons abandonner 
certaines des mesures de sauvegarde prises par les lois contre les trusts. Nous 
devons protéger le public contre les abus qui ont présidé à leur adoption et, dans 
ce but, nous remplacerons les principes de jadis, qui admettaient une 
concurrence sans entrave, par de nouveaux contrôles gouvernementaux. Ces 



derniers devront, avant toute autre chose, être impartiaux et justes. Leur but est 
de soulager les affaires — non de les enchaîner — ils ne doivent inspirer aucune 
crainte à ceux qui, dans leur industrie, cherchent à aller de l'avant et à 
construire. A de tels hommes se présenteront plus que jamais des occasions 
d'initiative personnelle. Laissez-moi vous dire toutefois, que les lois contre les 
trusts s'élèveront encore fermement contre les monopoles qui, entravant le 
commerce et s'opposant à la fixation des prix, sont la source de bénéfices 
excessifs et de prix beaucoup trop élevés. 

« Si nous demandons à nos groupes industriels de suivre cette politique qui les 
expose, comme jamais auparavant, à être contrecarrés par des concurrents qui 
ne veulent pas tenir leur rôle, c'est notre devoir de protéger ceux qui travaillent 
au bien public, contre ceux qui tirent parti du désintéressement d'autrui pour 
réaliser des profits égoïstes. Nous devons les protéger contre les brebis galeuses 
qui s'attaquent à la fois aux patrons et aux ouvriers. Nous dépensons des 
milliards de dollars; pour que cette dépense soit utile, il faut la réaliser 
rapidement. Nous devons veiller à ce que la précipitation n'engendre ni le 
favoritisme ni le parasitisme. C'est là, pour n'importe quel Gouvernement, une 
lourde charge. On ne peut la supporter que si tous les citoyens, dans un esprit de 
résignation, nous apportent leur concours et leur appui. 

« Enfin, cette loi est un appel à notre peuple tout entier. Aucun pouvoir en 
Amérique ne peut appliquer les mesures que nous demandons, à l'encontre de la 
volonté publique. II n'y a pas de groupe qui puisse résister en Amérique à la 
force de l'opinion publique. Cette grande collaboration ne peut réussir que si 
d'une part ceux qui s'efforcent courageusement d'aider à la reprise du travail 
trouvent dans le public un appui ferme et si, d'autre part, ceux qui font machine 
arrière, sentent peser sur eux la désapprobation générale. 

« Venons-en à la mise en oeuvre de notre système — à la manière pratique de 
l'appliquer. Lorsqu'une association industrielle a préparé un code et qu'elle a 
nommé un délégué chargé de le présenter, après que tous les intéressés auront 
été avisés, l'Administrateur ou un représentant en donnera une audition 
publique. Un Conseil consultatif du Travail nommé par le Secrétaire du Travail 
veillera à ce que tous les groupes de travail qualifiés, organisés ou non, 
délèguent' en nombre suffisant des représentants qui auront voix consultative. Ils 
veilleront également à ce que tous les groupes intéressés se fassent représenter 
par des délégués de leur choix. Un Conseil consultatif de l'Industrie nommé par 
le Secrétaire du Commerce assumera les mêmes fonctions en ce qui regarde les 



groupes industriels. Un Conseil consultatif des Consommateurs sera chargé de 
veiller à ce que le public consommateur voient ses intérêts pris en mains. Il 
donnera également à tout groupe ou classe intéressée directement ou 
indirectement toute occasion raisonnable de présenter ses vues. 

« Lorsque sera terminée la lecture des rapports et qu'un comité d'économistes 
compétents y aura accordé la plus grande attention, l'Administrateur me 
soumettra son rapport aux fins de prendre toute mesure conforme à la loi. 

« Je sais pertinemment que l'augmentation des salaires finira par amener la 
hausse des prix de revient, mais veuillez tout d'abord considérer ceci, qu'à une 
augmentation du pouvoir d'achat du public, correspondra un accroissement des 
ventes et, par voie de conséquence, une amélioration du chiffre d'affaires. C'est 
là de la saine politique économique et commerciale. Tous nos efforts tendent à 
rétablir notre marché intérieur important par l'accroissement de sa capacité, de 
consommation si considérable. Si nous haussons maintenant les prix avec la 
même rapidité et dans la même mesure que nous augmentons les salaires, tout le 
projet ira à vau-l'eau. Nous ne pouvons espérer que ces plans produisent tous 
leurs effets que, si, dans ces premiers mois décisifs, nous différons la hausse des 
prix le plus longtemps possible, dussions-nous ne pas réaliser de bénéfices au 
début. Si nous pouvons redresser progressivement notre activité commerciale en 
partant sur des bases stables et solides, je doute fort que, dans le dernier 
trimestre de l'année, nos industries fassent fiasco. Le peuple cache des exigences 
considérables; si nous y satisfaisons sur un front aussi large, nous n'avons pas à 
craindre l'échec de notre oeuvre de redressement. Une rapidité trop fébrile est 
bien autrement dangereuse. 

« Dans l'article premier de la présente loi, j'ai nommé Hugh Johnson, 
administrateur, et un conseil de redressement industriel sous la présidence du 
Secrétaire du Commerce. Cette organisation est prête maintenant à recevoir les 
codes proposés et à écouter rapidement les rapports aux fins de les soumettre à 
mon approbation. Tout en ne rejetant aucune des propositions raisonnables de 
groupes industriels, j'espère que les dix principales industries qui régissent 
l'armature de l'embauche industrielle, pourront soumettre immédiatement les 
éléments fondamentaux de leurs codes. J'espère également que le pays pourra 
considérer le mois de juillet comme le début de notre grand mouvement national 
de reprise du travail. 


«Au cours des trois semaines prochaines, s'occuperont provisoirement des 



projets de l'article II relatifs aux travaux publics, le colonel Donald H. Swayer, 
en qualité d'administrateur et un conseil extraordinaire composé du Secrétaire 
de l'Intérieur qui en sera le président, du Secrétaire du Commerce, du Secrétaire 
de l'Agriculture, du Secrétaire de la Guerre, de l'Attorney général, du Secrétaire 
du Travail et de l'Administrateur du Budget. 

«Au cours des deux semaines suivantes, l'administrateur et ce conseil 
étudieront tous les projets qui leur ont déjà été soumis ou qui leur seront soumis 
et, ainsi qu'il a été dit précédemment, en vertu de la nouvelle loi, l'on prendra 
immédiatement certaines mesures. 

« Tandis que s'accomplissent ces deux efforts parallèles — travaux publics et 
embauche industrielle — ce n'est pas trop escompter que d'espérer qu'un grand 
nombre d'hommes et de femmes pourront quitter les rangs des chômeurs avant 
l'arrivée de l'hiver. C'est la tentative la plus importante de cette sorte qu'ait 
enregistrée notre histoire. Ainsi que, lors de la grande crise de la guerre 
mondiale, elle met tout le peuple en présence de cette alternative simple mais 
d'une importance vitale : « Devons-nous continuer à marcher à la ruine en 
groupes désorganisés et tâtonnant, ou bien irons-nous à la victoire, unis dans 
une grande équipe ? » 


Il était évident que plusieurs semaines seraient nécessaires pour mettre en 
train le nouveau système, mais le départ avait été donné le même jour. Le 
général Hugh S. Johnson fut nommé administrateur. 

Le 26 juin, je transmettais au Secrétaire de l'Agriculture tous les pouvoirs 
relatifs à l'agriculture, autorisés par l'article I de la N. R. A. En vertu de cette 
autorité, le secrétaire de l'Agriculture Wallace, nomma M. George Peek et 
organisa l'Administration d'Ajustement de l'Agriculture. 

En même temps un Conseil extraordinaire de travaux publics, ayant 
provisoirement comme administrateur le colonel Donald H. Swayer, était chargé 
d'organiser l'Administration des Travaux publics, conformément à l'article II de 
la N. R. A. 


Au début de la journée du 16 juin, le Congrès s'ajourna. Je suis heureux de 
rendre hommage, une fois de plus, aux membres du Sénat et de la Chambre des 



Représentants appartenant aux deux partis, qui ont coopéré si généreusement et 
si loyalement avec moi à la solution de nos problèmes communs. 

Je suis certain que cette session extraordinaire du Congrès restera un exemple 
dans l'histoire de notre ) pays. Plus qu'aucune autre, elle a saisi résolument 
l'occasion de redresser de graves erreurs, de rétablir un jugement plus sain et des 
pratiques plus honnêtes, d'accomplir sa tâche avec une célérité efficace et de 
nous remettre dans le droit chemin. 

J'avais espéré partir ce soir-là pour aller voir mon fils qui sortait de l'école et 
pour entreprendre, sur une goélette, une croisière le long de la côte de la 
Nouvelle Angleterre. 

Après avoir répondu à toutes les lettres et mis mon travail à jour, pour autant 
que la tâche d'un Président puisse être à jour, je partis pour la mer le vendredi 
soir, 17 juin. 



CHAPITRE IX 


Pour les affaires étrangères, davantage même que pour les affaires intérieures, 
une nation a besoin d'avoir une politique générale permanente. La paix du 
monde est de la sorte fortifiée, parce que chaque nation peut ainsi se régler d'une 
manière plus stable sur les faits et gestes de ses voisins. L'inquiétude, la défiance 
du monde proviennent, en grande partie, de l'incertitude des politiques étrangères 
et de leur absence d'adhésion à des principes précis et désintéressés. 

Les chefs des gouvernements doivent, nécessairement, énoncer les directives 
de leurs pays respectifs. Voilà pourquoi des règlements internationaux ont si 
souvent représenté les ambitions personnelles de chefs ou les machinations de 
groupes particuliers plutôt que les intentions et les désirs réels du peuple, dans 
n'importe quel pays. 

Il y a eu, depuis un siècle et demi, bien des contradictions dans nos rapports 
officiels avec le reste du monde; et pourtant, j'ai la ferme conviction que le 
peuple américain dans son ensemble a suivi une politique d'une continuité 
beaucoup plus grande que celle de maints de ses chefs ou de ses gouvernements. 

J'ai cherché, en conséquence, à aborder le problème des relations extérieures 
dans un esprit qui, à mon avis, guide la grande majorité des citoyens dans toutes 
les parties de notre pays. 

Dans mon discours inaugural, j'avais fait brièvement allusion aux affaires 
étrangères, en insistant sur cette pensée que les Etats-Unis, dans leur rapport 
avec les autres pays, devraient avant tout se consacrer à une politique de « bon 
voisinage ». La première fois que j'eus l'occasion de développer cette pensée, ce 
fut le 12 avril, lors de la session extraordinaire du Comité directeur de l'union 
panaméricaine. J'ai cherché à définir en termes simples quels devaient être les 
rapports réciproques des vingt et une républiques d'Amérique : 


« Je me réjouis, en cette occasion, de participer à la célébration de la « 
journée panaméricaine » et d'adresser, au nom du peuple des Etats-Unis, un 



salut fraternel à nos républiques soeurs d'Amérique. La célébration de la « 
journée panaméricaine » dans cet édifice consacré à la bonne volonté et à la 
coopération internationale, montre que parmi les peuples de cet hémisphère 
règne une unité de pensée et de but. C'est une manifestation de l'idéal commun: 
aide mutuelle, entente réciproque et solidarité des esprits. 

« N'est-elle pas réconfortante la pensée qu'en ce jour les citoyens des vingt et 
une républiques américaines concentrent leur attention sur les liens historiques, 
culturels, économiques et sociaux qui les rattachent l'une à l'autre? Un idéal 
commun, une communauté d'intérêts, en même temps qu'un esprit de 
coopération ont fait comprendre que le bien-être d'un pays dépend en grande 
partie de celui de ses voisins. C'est sur ces bases que l'on a fondé le 
panaméricanisme. 

« Cette célébration commémore un mouvement basé sur une politique de 
coopération fraternelle. Dans mon discours inaugural, j'ai déclaré que « je 
voudrais que ce pays se consacrât à une politique de bon voisinage, par voisin, 
j'entends celui qui se respecte lui-même et, de ce fait, respecte les droits d'autrui; 
le voisin qui respecte ses obligations, la sainteté des accords avec un monde de 
voisins ». Jamais, dans le passé, l'expression de « bon voisinage » ne m'a paru 
aussi pleine de sens que maintenant dans les relations internationales. Jamais le 
besoin et le profit d'une coopération entre voisins sous toutes les formes de 
l'activité humaine, ne se sont faits aussi vivement sentir qu'aujourd'hui. 

«L'amitié entre nations comme entre individus, exige que l'on sonne le 
rassemblement de toutes les forces de l'humanité de manière à créer une atmos 
phère de compréhension et de collaboration étroites. Elle implique des 
obligations et des responsabilités réciproques, car ce n'est que par le respect 
sincère des droits d'autrui et par une exécution scrupuleuse des obligations qui y 
correspondent, qu'une vraie fraternité peut régner parmi tous les membres de la 
communauté. 

« Les qualités essentielles d'un vrai panaméricanisme sont exactement celles 
qui sont incluses dans l'expression de bon voisinage, c'est-à-dire, la 
compréhension mutuelle et, grâce à cette compréhension, une appréciation 
sympathique des points de vue d'autrui. C'est seulement en agissant en 
conformité avec ces principes que nous pouvons espérer construire un édifice 
dont la confiance, l'amitié et la bonne volonté seront les pierres angulaires. 



« C'est dans cet esprit que toutes les républiques américaines montrent une 
profonde compréhension de la doctrine de Monroe dont on a tant parlé depuis 
plus d'un siècle. Elles comprennent que cette doctrine avait, et a encore, pour 
but, de maintenir l'indépendance des peuples du continent américain, en 
empêchant les puissances des autres continents de mettre la main sur une 
portion quelconque du territoire actuellement indépendant dans cette région du 
globe. 

« Les républiques américaines, avec les années, comprennent plus clairement 
que cette doctrine panaméricaine de défense implique que chaque Etat 
américain doit reconnaître l'indépendance des autres Etats américains. Chacun 
de nous doit grandir par le progrès de la civilisation et du bien-être social et non 
par l'acquisition de territoire au détriment du voisin. 

« Dans cet esprit de compréhension et de collaboration mutuelles sur le 
continent, il est impossible que vous et moi ne soyons pas émus par toute 
querelle à main armée entre nos voisins. Je n'hésite donc pas à vous dire à vous, 
membres honorables du Comité directeur de l'union pan-américaine, que je 
considère les conflits actuels entre quatre de nos républiques soeurs comme des 
pas en arrière. 

« Votre américanisme et le mien doivent être un édifice bâti sur la confiance, 
cimenté par une sympathie qui n'admet que l'égalité et la fraternité. Il trouve sa 
source et son essence dans le coeur des hommes; il siège dans le temple de 
l'intelligence. 

« Nous tous, nous avons des problèmes particuliers et, à parler franchement, 
l'intérêt de nos propres citoyens doit, chaque fois, primer. Mais il est également 
vrai qu'il est d'une importance vitale pour chaque nation de ce continent que 
tous les gouvernements américains entreprennent immédiatement tout ce qu'il 
sera possible de faire pour abolir les barrières douanières, restrictions inutiles 
et artificielles qui arrêtent actuellement entre les peuples des républiques 
américaines les courants profitables du commerce. 

« Je suis heureux de vous transmettre ce message à vous, messieurs qui 
appartenez au Comité directeur de l'union pan-américaine, car je considère 
l'union comme l'expression ultime de l'unité spirituelle des deux Amériques. 

« C'est à cette unité ferme et agissante que l'humanité doit tendre; elle est un 



des éléments indispensables à la stabilité des affaires mondiales. 


« Pour terminer, puis-je me permettre une allusion à la cérémonie qui va se 
dérouler dans la matinée, cérémonie au cours de laquelle le Gouvernement de 
Venezuela offrira à l'union panaméricaine le buste d'un grand chef et d'un grand 
patriote américain, Francisco de Miranda? Je m'associe à cet hommage. » 


Il ne se passa rien de saillant dans nos rapports avec les autres pays 
d'Amérique jusqu'au moment des troubles de Cuba de l'été dernier. 

Au début d'avril, les principales nations du monde tinrent des conversations en 
vue de la prochaine 

conférence économique internationale. Lorsque, un an auparavant, l'on avait 
proposé cette grande réunion, on pensa avec raison qu'elle fournirait l'occasion 
de discuter librement et d'une manière salutaire les nombreux problèmes 
économiques, financiers, commerciaux et sociaux. Un comité spécial avait 
préparé un programme très intéressant qui envisageait beaucoup de sujets. Il est 
juste de dire, je pense, que l'on s'assignait comme but principal, de rechercher les 
moyens d'abaisser les barrières douanières, de développer entre les nations 
l'échange des marchandises et des produits agricoles — en d'autres termes de 
rétablir le commerce mondial. Evidemment, les problèmes financiers et 
monétaires étaient une partie de ce programme, mais une partie seulement, et la 
stabilisation des taux d'échange en vigueur entre l'Angleterre, la France et les 
Etats-Unis ne formaient qu'une fraction de cette partie. 

Ce fut dans l'intention d'examiner l'ensemble du programme que j'invitai un 
grand nombre de chefs de pays à venir à Washington au mois d'avril et de mai. 
C'est ainsi que nous firent l'honneur de leur visite, le Premier Ministre de 
Grande-Bretagne, M. Mac Donald; le Premier Ministre du Canada, M. Bennett; 
M. Herriot, de France; le Ministre des Finances d'Italie, M. Jung; l'Ambassadeur 
de la République Argentine, M. Le Breton; le Ministre des Finances 
d'Allemagne, M. Schacht; le Ministre des Finances du Mexique, M. Pani; le 
Ministre des Finances de Chine, M. Soong; Senor Brasil du Brésil; le vicomte 
Ishii du Japon; Senor Torrès du Chili et des représentants diplomatiques des 
autres nations à Washington. 



Nos conversations furent générales, touchèrent à beaucoup de sujets. Elles 
n'ont été en aucune manière limitées à la stabilisation de la livre, du franc et du 
dollar. Elles envisagèrent bien davantage la manière d'abaisser les barrières 
douanières par des accords de réciprocité et la possibilité de découvrir et 
d'appliquer des solutions mondiales à des problèmes mondiaux. Si j'insiste sur ce 
point, c'est par suite des événements de Londres et de l'échec qui menaçait la 
Conférence mondiale du désarmement qui se tenait alors à Genève. 

Cette conférence organisée sous les auspices de la Société des Nations mais 
qui en était nettement distincte, avait reçu, dès le début, l'appui enthousiaste du 
Gouvernement américain. Elle avait fait du chemin et s'engageait dans la 
discussion d'un programme concret relatif aux armées de terre et aux armements 
existants, qui proposait de réduire progressivement la force armée et les armes 
offensives de ces armées. 

Au début de mai, il apparaissait que l'attitude du Gouvernement allemand 
allait entraver les conversations en cours : des visées européennes et raciques se 
faisaient jour aux dépens des intérêts mondiaux. 

Je sentis qu'il serait utile d'adresser à ce moment un appel aux chefs de tous 
les gouvernements du monde, afin non seulement d'empêcher l'échec de la 
Conférence du désarmement mais encore d'exposer un principe clair, précis et 
pratique sur lequel elle pourrait se guider pour continuer son oeuvre. Le message 
suivant a au moins le mérite de jeter un peu d'huile sur ces eaux agitées: 


« Un voeu ardent du peuple de mon pays m'incite, en ma qualité de chef de 
gouvernement, à faire appel à vous et par votre intermédiaire, au peuple de votre 
nation. Ce voeu est de voir la paix assurée par des mesures pratiques de 
désarmement et de nous voir tous conduire à la victoire notre lutte commune 
contre le chaos économique. 

« Dans ce double but, les nations ont convoqué deux grandes conférences 
mondiales. Le bonheur, la prospérité, la vie même des hommes, des femmes et 
des enfants du monde entier sont liés aux décisions que leurs gouvernements 
prendront dans un proche avenir. L'amélioration des conditions sociales, le 
respect public des droits individuels de l'homme et l'application de la justice 
sociale dépendent de ces décisions. 



« La Conférence économique mondiale se réunira bientôt et devra aboutir 
promptement à un résultat. Le monde attend des délibérations longuement 
retardées. La conférence devra rétablir l'ordre à la place du chaos actuel, par 
une stabilisation des devises, par la libération du commerce mondial et par une 
action internationale en vue de relever le niveau des prix. Elle devra, en un mot, 
compléter les programmes individuels intérieurs de restauration économique par 
une action internationale sage et avisée. 

« La Conférence du désarmement travaille depuis plus d'un an, et, jusqu'à 
présent, elle n'a pu arriver à des conclusions satisfaisantes. Des intentions 
confuses se heurtent encore dangereusement. Il est de notre devoir de nous 
efforcer à amener des résultats pratiques, grâce à une action concertée tendant 
à procurer le plus grand bien au plus grand nombre. 

« Devant l'impérieux appel de ce noble devoir, les obstacles mesquins doivent 
être balayés et les aspirations étroites oubliées. Une victoire égoïste est toujours 
destinée à devenir, en dernier ressort, une défaite. L'établissement d'une paix 
durable pour notre génération, dans toutes les parties du monde, est le seul but 
digne de nos suprêmes efforts. 

« Si nous demandons quelles sont les raisons des armements qui, en dépit des 
leçons et des tragédies de la grande guerre, demeurent un fardeau pesant plus 
lourdement aujourd'hui que jamais sur les peules de la terre, il est clair que la 
réponse est double : 1° le désir, avoué ou caché, de la part des gouvernements, 
d'élargir leurs territoires aux dépens d'une autre nation. Je crois qu'une petite 
minorité seulement de gouvernements ou de peuples nourrit un tel dessein; 2° la 
crainte qu'ont les nations d'être envahies. Je crois que l'immense majorité des 
peuples se croit obligée de conserver des armements excessifs parce qu'ils 
craignent que quelque acte d'agression soit commis contre eux, et non parce 
qu'ils désirent eux-mêmes, devenir agresseurs. 

« Cette crainte est justifiée. Les armes offensives modernes sont beaucoup 
plus puissantes que les armes défensives. Les fortifications aux frontières, les 
tranchées, les fils de fer barbelés, la défense des rites, en un mot les 
fortifications fixes, ne sont plus imprenables, lorsqu'elles sont attaquées par des 
avions, l'artillerie lourde mobile, ces cuirassés terrestres que l'on appelle chars 
d'assaut, et les gaz asphyxiants. 



« Si toutes les nations consentent unanimement à éliminer de leur possession 
et à abolir l'usage des armes qui permettent le succès de l'attaque, de ce fait les 
systèmes de défense deviendront automatiquement imprenables et les frontières 
ainsi que l'indépendance de tous les pays seront hors de danger. 

« L'objet ultime de la Conférence du désarmement doit être l'élimination 
totale de toutes les armes offensives. L'objet immédiat est une réduction 
substantielle de certaines de ces armes et l'élimination de beaucoup d'autres. 

« Le Gouvernement des Etats-Unis est d'avis que le programme pour la 
réduction immédiate des armes offensives, en discussion actuellement à Genève, 
n'est qu'un premier pas vers notre but final. Nous ne croyons pas que les mesures 
immédiates proposées aillent assez loin. Cependant, le Gouvernement des Etats- 
Unis envisage avec satisfaction les mesures actuellement proposées et exercera 
son influence en vue de l'accomplissement de nouveaux progrès successifs dans 
la voie du désarmement. 

« Pour parler le plus clairement possible, il existe trois mesures à prendre sur 
lesquelles l'on doit s'entendre au cours des présentes délibérations : 

« 1° Il faut immédiatement prendre une première mesure définitive en vue de 
cet objectif ainsi que le plan Mac Donald l'a indiqué d'une manière générale; 

« 2° Il faut s'accorder sur le temps nécessaire et la procédure à suivre pour 
prendre les mesures ultérieures; 

« 3° II faut convenir que, pendant que les premières mesures et celles qui 
suivront seront prises, aucun pays n'augmentera ses armements existants au delà 
des limites imposées par les traités. 

« Mais, comme la paix du monde doit être assurée pendant l'entière durée du 
désarmement, je propose, en conséquence, une quatrième mesure à prendre 
conjointement avec et dépendant totalement de l'accomplissement suivant de ces 
propositions et sujette aux droits découlant des traités existants : 

« Que toutes les nations du monde signent un pacte solennel et définitif de 
non-agression; qu'elles reconnaissent solennellement les obligations qu'elles ont 
contractées de limiter et réduire leurs armements et, à condition que ces 
obligations soient fidèlement observées par toutes les puissances signataires, 



qu'elles conviennent individuellement de n'envoyer aucune force armée de 
quelque nature que ce soit au delà de leurs frontières. 


« Le bon sens indique que si une nation puissante refuse de se joindre dans un 
esprit de véritable sincérité aux efforts communs en vue d'assurer la paix 
politique et économique, efforts entrepris les uns à Genève, les autres à Londres, 
tout progrès dans ce sens sera retardé et finalement anéanti. 

« Dans ce cas, le monde civilisé, à la recherche de ces deux formes de paix, 
saura où placer la responsabilité de la faillite. J'insiste pour qu'aucune nation 
ne s'expose à encourir une telle responsabilité, et pour que toutes les nations 
réunies dans ces importantes conférences traduisent en actes la politique 
qu'elles préconisent. C'est là le seul moyen d'obtenir la paix politique et 
économique. 

« J'espère que votre gouvernement voudra participer à la réalisation de ce 
but. » 


En même temps, je mis le Congrès au courant de ce que j'avais fait, dans le 
message suivant : 


« Pour l'information du Congrès, 

« Je vous communique ci-joint le message que j'ai adressé ce matin aux 
Souverains et aux Présidents des nations qui participent à la Conférence du 
désarmement et à la Conférence mondiale monétaire et économique. 

« J'ai été contraint à ce geste parce qu'il était devenu de plus en plus évident 
que le maintien de la paix et de la stabilité politique et économique du monde est 
menacé par des politiques égoïstes et à courte vue, par des actes et des menaces 
d'actes. 

« Le désir sincère d'une écrasante majorité de nations de voir maintenues la 
paix et la stabilité se heurte à l'obstruction entêtée d'une très faible minorité, 
exactement comme dans le domaine national, la bonne volonté de la majorité 



dans le monde des affaires, du travail et dans tous les autres domaines, est très 
souvent tenue en échec par quelques égoïstes. 

« Les aspirations vers de meilleures conditions de vie et de paix, 
profondément ancrées chez le peuple américain, sont partagés par les masses 
populaires dans chaque pays. 

« Dans mon message aux diverses nations, j'ai souligné parmi les moyens 
d'arriver à ce but la nécessité pratique de réduire les armements. 

« II est grand temps pour nous et pour chaque pays de comprendre ce fait 
évident que l'invasion d'une nation ou la destruction d'une souveraineté 
nationale peut être prévenue seulement par l'élimination des armes qui rendent 
aujourd'hui des événements semblables possibles. 

« Cette élimination augmenterait la sécurité relative d'une petite nation à 
l'égard d'une grande. En outre les défenses permanentes constituent une charge 
non renouvelable pour les budgets gouvernementaux, tandis que de vastes 
armées continuellement pourvues d'armes offensives perfectionnées, constituent 
une charge renouvelable. 

« Cela plus que tout autre facteur, est, aujourd'hui, à l'origine des déficits 
gouvernementaux et des menaces de banqueroute. 

« Le chemin vers le désarmement est le désarmement. 

« Le moyen de prévenir l'invasion est de la rendre impossible. J'ai demandé 
un accord entre les nations sur quatre mesures pratiques et simultanées : 

« 1° Sur l'élimination par séries et par étapes des armes de guerre offensives; 

« 2° Sur l'adoption immédiate de la première étape; 

« 3° Sur une décision visant à ce que, pendant que ces mesures seront prises, 
aucun pays n'augmente ses armements existants au delà et au-dessus des 
limitations imposées par les traités; 


« 4° Sur une décision tendant, sous réserve des stipulations des traités, à ce 
qu'aucune nation, durant la période de désarmement, ne puisse envoyer aucune 



force armée ou de nature quelconque au delà de ses propres frontières. 


« Notre peuple sait que les armes offensives ne sont nécessaires que si 
d'autres nations en possèdent, et il y renoncera librement si toutes les nations du 
monde font de même. 

« Dans le domaine intérieur, le Congrès a travaillé en accord sympathique 
avec moi à l'amélioration des conditions sociales, à la protection des droits de la 
personnalité humaine et au développement de la justice sociale. Dans mon 
message aux nations, j'ai évoqué les mêmes buts. C'est pour consolider ces 
grands biens de l'humanité que nous cherchons la paix en débarrassant le 
monde des armes d'agression et d'attaque. » 


C'est avec un profond sentiment de regret qu'aujourd'hui, en cette fin de 
février 1934, plusieurs mois après ce message, nous ne pouvons enregistrer 
aucun gain substantiel dans la voie de la Conférence du désarmement. La 
répugnance que certains gouvernements et, j'ai le regret de le dire, certains 
peuples manifestent à renoncer à leurs visées d'expansion territoriale ou 
d'agrandissement de leur empire est cause que les Etats-Unis doivent borner leur 
tâche à répéter qu'ils consentiront à s'unir aux autres nations dès que ces 
dernières s'entendront sur un plan de désarmement, pratique et utile. Notre pays 
se tient prêt à signer tout pacte mondial qui réduira loyalement et équitablement 
les armements et libérera la population mondiale de dépenses excessives et de la 
crainte perpétuelle de l'invasion et de l'attaque. 

Dans le dessein de participer à nouveau, pour un bref laps de temps, à la 
Conférence économique, la délégation américaine ayant à sa tête le Secrétaire 
d'Etat Hull, quitta Washington dans les derniers jours du mois de mai. Très peu 
de temps après son arrivée, on s'aperçut que les délégations de certaines nations 
étaient décidées à fixer comme condition préalable â la discussion sérieuse de 
toute autre question la stabilisation immédiate et définitive du dollar, du franc et 
de la livre. 

Les bruits qui couraient à ce sujet prirent tant d'ampleur que, le 15 juin, le 
Secrétaire au Trésor Woodin jugea nécessaire de faire la déclaration suivante : 



« On vient de soumettre à mon attention différents rapports venus de Londres, 
selon lesquels les délégués américains se seraient entendus sur une forme de 
stabilisation. Pareils rapports ne correspondent à rien de réel. 

« Toute proposition relative à la stabilisation aurait due être soumise au 
Président et au Trésor or nous n'en avons pas reçu. 

« Les délibérations qui portent sur ce sujet à Londres, n'ont qu'un seul but: 
tâter le terrain. On ne conclura un accord sur ce sujet qu'à Washington et nulle 
part ailleurs. » 

Il est inutile de discuter les détails de la conférence. Le Secrétaire d'Etat et 
d'autres membres de la délégation américaine tentèrent tout pour obtenir des 
résultats pratiques dans les autres parties du programme. Ils ne purent aboutir à 
un accord sur l'emploi et l'achat de l'or. Mais des nations qui constituaient ce 
qu'on nomma le « bloc de l'or » formulèrent leurs exigences en disant aux 
soixante nations de la conférence : 

« Nous ne discuterons rien, nous ferons échouer la conférence si les Etats- 
Unis ne consentent tout d'abord à la stabilisation immédiate des monnaies. » 


Ce pays, et toutes les autres nations savaient que nous entreprenions un grand 
programme de restauration nationale — un programme qui exigeait la hausse des 
prix. — Ils savaient qu'aucun être humain, à ce moment, ne pouvait déterminer 
avec exactitude où l'on pourrait fixer pour le dollar, le franc et la livre, un point 
de stabilisation même provisoire. 

Les choses prirent un tel cours à Londres que le besoin de parler clairement et 
sans équivoque se fit sentir. Au point que le 2 juillet, j'adressai le message 
suivant au Secrétaire d'Etat et aux autres membres de la délégation américaine de 
Londres : 


« Ce serait, à mon sens, une catastrophe prenant les proportions d'une 
tragédie mondiale si la grande Conférence des nations, convoquée pour amener 



une stabilité financière plus réelle et permanente et une prospérité plus grande 
pour les peuples de toutes les nations, se laissait, avant tout effort sérieux pour 
examiner un problème de cet ordre, distraire de cette tâche par des propositions 
suggérant une expérience purement temporaire, intéressant exclusivement les 
échanges monétaires de quelques nations. Une telle action, une telle diversion, 
montre une absence singulière de sens des proportions et un oubli des objets 
plus vastes pour lesquels la conférence avait été convoquée. 

« Je ne crois pas que l'insistance à obtenir une telle action puisse servir 
d'excuse à persévérer dans les erreurs économiques primordiales qui sont, pour 
une grande part, à la base de la crise mondiale. Le monde ne se laissera pas 
bercer plus longtemps de l'illusion qu'il y aurait à poursuivre une stabilité 
provisoire, et probablement artificielle, pour le compte de quelques grands pays 
seulement. 

« L'équilibre du système économique intérieur d'un pays est un plus grand 
facteur de bien-être que la valeur de sa devise ou, en d'autres termes, que la 
valeur des devises des autres pays. C'est pour cette raison que la réduction des 
dépenses d'un gouvernement, que l'équilibre de ses revenus et son exactitude 
dans le service de ses dettes contribuent, pour une si large part, à la stabilité 
future. Aussi, à des fétiches trop anciens et à l'action des banquiers soi-disant 
internationaux substitue-t-on les efforts pour instituer des devises nationales, 
pour donner à ces devises un pouvoir d'achat continu qui ne varie pas 
sensiblement par rapport aux produits de première nécessité et aux besoins de la 
civilisation moderne. 

« Permettez-moi d'être franc et de vous dire que les Etats-Unis recherchent un 
dollar tel que, passée une génération, il ait le même pouvoir d'achat et la même 
valeur pour le règlement des dettes que celui que nous voulons assurer dans un 
avenir prochain. 

« Cet objectif est de plus de prix, pour le bien des autres nations, que 
l'établissement d'un cours fixe, pendant un mois ou deux, par rapport au franc 
ou à la livre. 

« Notre but général est la stabilisation permanente des devises de chaque 
nation. L'or, ou l'or et l'argent, peut parfaitement rester une réserve métallique; 
mais le moment n'est pas de dissiper toutes les réserves. 



« Quand le monde élaborera des politiques concertées entre la majorité des 
pays pour réaliser des budgets équilibrés et parvenir à ce que les nations vivent 
selon leurs moyens, alors nous pourrons discuter utilement de la meilleure 
distribution de l'or et de l'argent du monde et de leur rôle comme réserve aux 
devises nationales. 

« Le rétablissement du commerce mondial est un facteur important, tant en ce 
qui concerne les moyens qu'en ce qui concerne les résultats. Là, encore, la 
fixation de cours provisoires n'est pas la vraie réponse. Plutôt devons-nous 
adoucir les embargos en vigueur pour faciliter les échanges de produits que 
certains pays possèdent et que d'autres ne possèdent pas. 

« La conférence a été réunie pour apaiser, et peut-être guérir, des maux 
économiques fondamentaux. Elle ne doit pas être distraite de cet effort. 


Le Secrétaire Hull, par son attitude énergique courageuse empêcha la 
conférence de s'ajourner définitivement. Il rendit possible, nous l'espérons tous, 
une reprise des discussions dans le domaine général des relations internationales. 

La situation intérieure de Cuba dans la première partie du mois d'août 
nécessita l'envoi d'un petit nombre de navires de guerre et de gardes-côtes dans 
certains ports proches du lieu de résidence de citoyens américains. Je fis la 
déclaration suivante, le 13 août : 


«Aux dernières nouvelles, des troubles intérieurs accompagnés d'actes de 
violence, éclatent en plusieurs parties du Cuba parmi certains éléments de la 
population. 

« Dans ces circonstances, je me sens contraint de prendre des précautions 
extraordinaires, uniquement dans le but de sauvegarder et de protéger 
l'existence des citoyens américains de Cuba. Je me vois donc forcé d'envoyer un 
certain nombre de vaisseaux sur différents points de la côte cubaine. 

« Le changement de gouvernement à Cuba est conforme à la Constitution et 
aux lois de ce pays, et cette mesure de précaution, destinée à assurer la 



protection des citoyens américains jusqu'au rétablissement des conditions 
normales, ne saurait être interprétée comme une intervention dans les affaires 
intérieures du Cuba. 

« Je donne des instructions précises aux commandants de chaque navire. 

« Le peuple américain sympathise de tout coeur avec la population cubaine 
dans sa détresse économique, et fait des voeux pour que l'ordre soit promptement 
rétabli. Le Gouvernement américain, par l'entremise des autorités cubaines 
constituées, aidera dans la mesure du possible les habitants de l’île qui se 
trouvent dans la détresse. » 


A dater de ce moment, notre gouvernement poursuivit une politique de non- 
intervention en harmonie avec les principes qu'il avait posés. Les Etats-Unis ne 
reconnurent pas officiellement le gouvernement provisoire car il nous semblait 
qu'il n'avait pas l'appui de tout le peuple cubain. Au début de l'année 1934, 
toutefois, un nouveau gouvernement fut constitué sous la présidence de M. 
Mendicta. Au cours des troubles de Cuba, nous restâmes en contact étoit avec les 
autres républiques américaines. Nous leur communiquâmes tous les 
renseignements que nous possédions et nous cimentâmes, je l'espère, des 
rapports francs et amicaux. 

Au mois de novembre une délégation que conduisait le secrétaire d'Etat partit 
pour la conférence des Etats américains qui se tenait à Montevideo. Cette 
conférence eut des résultats très réconfortants dont le succès s'étendit dans les 
deux Amériques. 

Je n'avais jamais cessé, depuis mon entrée en charge, de sentir l'absurdité qu'il 
y avait à empêcher les Etats-Unis d'entretenir tout rapport, officiel ou non, avec 
la Russie. L'échange des lettres amicales suivantes, au mois d'octobre, prépara 
les voies à une visite de M. Litvinoff et à une reprise des relations diplomatiques 
avec la Russie pour le mois suivant. 


MAISON BLANCHE, 
Washington, le 10 octobre 1933. 



Mon cher Président, 

« Depuis le début de mon entrée en charge, je n'ai cessé de songer à tenter un 
effort qui mettra fin aux rapports anormaux qui existent actuellement entre les 
cent-vingt-cinq millions d'habitants des Etats-Unis et les cent soixante millions 
d'habitants de la Russie. 

« Il serait des plus regrettable que ces deux grands peuples entre lesquels une 
heureuse tradition de plus d'un siècle avait noué, à leur avantage réciproque, les 
liens de l'amitié, ne pussent maintenant disposer d'un système qui leur permît de 
communiquer directement l'un avec l'autre. 

« Les difficultés créées par cette cette situation anormale sont graves, mais à 
mon sens, elles ne sont pas insolubles; de plus, seules des conversations 
franches et amicales, peuvent écarter ces difficultés. Si vous partagez mon 
sentiment, il me serait agréable de recevoir des délégués de votre choix, avec 
lesquels j'aborderais personnellement tous les points pendants entre nos deux 
pays. 

« La participation à ces discussions n'engagerait évidemment aucune des 
deux nations à prendre des mesures ultérieures. Elle indiquerait un désir sincère 
de résoudre d'une manière satisfaisante les problèmes qui les concerne. J'émets 
le voeu que ces conversations amènent de bons résultats pour nos deux peuples. 

« Veuillez me croire, mon cher Président, très sincèrement votre 

« FRANKLIN D. ROOSEVELT. » 

M. MIKHAÏL KALININ, 

Président du Comité Exécutif Central de l'Union Soviétique, Moscou. 


Moscou, 17 octobre, 1933. 
Mon cher Président, 


« J'ai reçu votre message du 10 octobre. 



« J'ai toujours considéré comme des plus anormale et des plus regrettable la 
situation des seize dernières années au cours desquelles on vit deux grandes 
républiques — les Etats-Unis d'Amérique et l'Union des Républiques Soviétiques 
Socialistes privées des moyens habituels de communications et des bénéfices que 
ces relations auraient pu procurer. Je constate avec plaisir que, vous aussi, vous 
êtes arrivé à la même conclusion. 

« Sans aucun doute, les difficultés qui s'élèvent ou peuvent s'élever entre deux 
pays, ne peuvent se résoudre que lorsque des relations directes existent entre 
eux; d'autre part, on ne peut conserver le moindre espoir de résoudre ces 
difficultés si ces relations n'existent pas. Je me permettrai en outre d'exprimer 
l'opinion que la situation anormale, à laquelle vous faites, à bon droit, allusion 
dans votre message, produit un effet défavorable non seulement sur les intérêts 
des deux Etats en question mais encore sur la situation générale internationale, 
en augmentant les éléments d'inquiétude, en entravant les efforts pour la 
consolidation de la paix mondiale et en encourageant les forces qui aspirent à 
troubler cette paix. 

« Conformément à ce qui est dit plus haut, je suis heureux d'accepter votre 
proposition d'envoyer aux Etats-Unis un représentant du Gouvernement 
Soviétique, afin de discuter avec vous les questions qui intéressent nos deux 
pays. Le Gouvernement Soviétique déléguera M. Litvinoff, commissaire du 
peuple aux affaires étrangères, qui viendra à Washington au moment que 
fixeront nos deux gouvernements. 

« Veuillez me croire, mon cher Président, très sincèrement vôtre, 

« MIKHAÏL KALININ. » 

M. FRANKLIN-ROOSEVELT, 

Président des Etats-Unis d'Amérique. 

Washington. 


C'est ainsi, par l'échange de ces simples lettres, que fut rétablie après plusieurs 
années l'amitié qui de tout temps avait uni les peuples de Russie et des Etats- 
Unis. 


Le dîner donné le 26 décembre au jour anniversaire de la naissance de 



Woodrow Wilson me fournit l'occasion de définir les tendances de la politique 
extérieure du peuple américain. Je déclarai: 


« La compréhension doit être le terrain sur lequel croîtront les fruits de 
l'amitié. » Ces paroles prononcées par le président Wilson dans son discours à 
Mobil en 1913 peuvent parfaitement servir de déclaration à la politique du 
Gouvernement des Etats-Unis. Cette politique s'applique également à la 
compréhension de nos problèmes intérieurs et de nos relations internationales. 

« Woodrow Wilson était professeur et quand il employait le mot « 
compréhension » il l'entendait non pas au sens des hommes d'état et des chefs 
politiques, des chefs d'entreprises et des rois de finance; il l'appliquait plutôt aux 
peuples de l'univers qui vont constamment apprendre à l'école des vérités 
premières, de telle manière qu'eux et leurs voisins puissent mener une vie plus 
sûre, plus heureuse et plus complète. 

« Sur tous les continents, dans tous les pays, Woodrow Wilson a facilité la 
compréhension entre les peuples. On peut admettre, je pense, que les événements 
de ces dix derniers mois, plus que dans aucune autre période analogue de notre 
histoire, ont amené les personnes à s'intéresser au gouvernement, aux problèmes 
du gouvernement et aux intentions du gouvernement; pourtant cet intérêt et cette 
compréhension récents, le peuple américain n'aurait pu les manifester si 
Woodrow Wilson ne lui avait donné l'élan et ne l'avait mis sur la voie de la 
compréhension dans son discours d'il y a vingt ans. 

« Dans ce discours prononcé à Mobile, le président Wilson le premier, a fait 
cette déclaration nette que « les Etats-Unis ne chercheront jamais plus à 
conquérir un seul mètre de territoire », et les Etats-Unis ont adopté cette 
déclaration. Le président Wilson est allé plus loin en ajoutant — s'adressant 
particulièrement à nos voisins d'Amérique latine — que les intérêts matériels ne 
primeraient jamais la liberté humaine. 

« Néanmoins, par suite, en grande partie, des bouleversements qu'apporta la 
grande guerre, on n'a pu appliquer entièrement cette politique de 
désintéressement. Nous tous, nous avons là notre part de responsabilité. 


« Je n'hésite pas à dire que si j'avais participé à la campagne politique dans 



quelque autre pays, j'aurais été fortement tenté de miser sur les craintes de mes 
compatriotes et d'accuser les Etats-Unis de tendances impérialistes en vue d'un 
agrandissement égoïste. 

« En tant que citoyen de quelque autre république, j'aurais pu difficilement 
croire en l'altruisme de la plus riche république américaine. En particulier, 
j'aurais pu trouver difficile d'approuver l'occupation du territoire des autres 
républiques, même à titre de mesure temporaire. 

«Il m'apparaît donc clairement, en tant que Président de la République des 
Etats-Unis, que le moment est venu d'ajouter à la déclaration du président 
Wilson cette nouvelle déclaration: la politique précise des Etats-Unis s'opposera 
dorénavant à toute intervention armée. 

« Le maintien d'un gouvernement constitutionnel dans les autres pays 
d'Amérique ne crée pas une obligation sacrée pour les seuls Etats-Unis. Le 
maintien de la loi et la bonne marche d'un gouvernement dans cet hémisphère 
intéresse avant tout chaque nation, prise, en particulier, à l'intérieur de ses 
propres frontières. Ce n'est que, si et lorsque le désordre sévit dans les autres 
pays du continent, que cette situation intéresse ces derniers. J'insiste sur ce point 
que, dans ce cas, cette situation intéresse le continent tout entier, où nous 
sommes tous voisins. 

« C'est la compréhension de cette doctrine, — non pas seulement par les 
dirigeants, mais encore par les peuples de toutes les républiques — qui a permis 
à la conférence de Montevideo d'aboutir au résultat qu'elle a obtenu. L'état 
d'esprit qui existe actuellement entre les nations de l'Amérique tout entière est le 
meilleur que l'on ait pu constater, à n'importe quelle époque que l'on remonte. 

« Nous sommes fiers de rendre hommage au secrétaire d'Etat, M. Cordell 
Hull, qui a participé à l'obtention de ce résultat. 

« Dans le reste du monde, la succession des événements n'a pas permis, ces 
derniers temps, aux projets du président Wilson d'aboutir. 

« Un observateur superficiel dirait que cet échec provient de la recrudescence 
du nationalisme dans le monde. Mais un tel observateur veut parler d'un 
nationalisme pris au sens étroit et restrictif, et de cette sorte de nationalisme 
que, dans chaque pays, l'immense majorité du peuple appuierait. 



« Je m'oppose à cette représentation de la population actuelle de l'univers. 


« Ce n'est pas aux populations que l'on peut reprocher de menacer la paix, 
mais à leurs dirigeants politiques. 

« Le courageux appel adressé par le président Wilson au monde pour bannir 
toute guerre future, frappa l'imagination des masses. Mais, pour le plus grand 
nombre des soi-disant hommes d'Etat réunis à Paris pour établir un traité de 
paix ou prétendu tel en 1919, cet appel resta lettre morte. Je vis ce spectacle de 
mes propres yeux, j'entendis leurs paroles de mes propres oreilles. Avantages 
politiques, prestige personnel, agrandissement national, tels furent les soucis au 
milieu desquels la Société des Nations vit le jour; dès son enfance, elle en 
supporta le lourd handicap. 

« Malgré tout, grâce à la Société des Nations, directement ou indirectement à 
ses principes, tous les Etats du monde ont tâtonné à la recherche d'un moyen 
meilleur que ceux qu'ils avaient utilisés jusque là pour régler leurs différends. 

« La Société des Nations a fourni l'occasion de nombreuses rencontres 
diplomatiques : elle a servi à organiser des débats internationaux, et en maintes 
occasions, elle a aidé à la réglementation de l'hygiène, du travail, du commerce 
et de l'éducation; enfin, elle a permis le règlement de nombreuses disputes, 
grandes et petites, entre nations grandes et petites. 

«Aujourd'hui, plus que jamais, les Etats-Unis coopèrent ouvertement avec 
l'organisme de Genève. 

« Je crois traduire les pensées de mes compatriotes si j'affirme que les 
anciennes politiques, les anciennes alliances, les combinaisons et balances de 
pouvoirs, se sont avérées inefficaces pour le maintien de la paix mondiale. La 
Société des Nations, en encourageant, comme elle le fait, l'extension des pactes 
de non-agression, les accords sur la réduction des armements, est le pilier sur 
lequel s'échafaude la paix mondiale. 

« Nous ne sommes pas membres de la Société des Nations et nous 
n'envisageons pas de le devenir. Mais nous lui apportons toute notre coopération 
dans tout domaine qui, en dehors de la politique, représente un effort sincère 
pour protéger la vie et le bien-être des peuples du monde entier, par opposition à 



la vie et au bien-être des dirigeants politiques et à tout mouvement de tendance 
impérialiste. 

« Si vous évaluez la population du globe à un milliard et demi d'habitants, 
vous ne risquerez pas de vous tromper en déclarant que quatre-vingt-dix pour 
cent au moins de ces êtres se contentent de nos jours des limites territoriales de 
leurs pays respectifs et qu'en outre ils consentiraient à réduire leurs armements 
si toutes les autres nations promettaient de faire de même. Derrière ce qui 
menace la paix mondiale, il y a la crainte et peut-être même la possibilité que les 
dix autres pour cent ne suivent un gouvernement qui recherche l'expansion 
territoriale au détriment des voisins et qui, sous divers prétextes, refuse de 
réduire ou d'arrêter les armements, même si tous les autres gouvernements 
adhèrent à un pacte de non-agression et de réduction des armements. 

« Si ces dix pour cent se laissent persuader par les quatre-vingt-dix autres 
pour cent de mettre à exécution leurs propres pensées et de ne pas se laisser 
mener, la paix, efficace, permanente, réelle, régnera dans le monde entier. Notre 
propre pays a ramené, à des conditions pratiques et raisonnables, les mesures 
immédiates à prendre pour atteindre ce but final. 

«A cette intention, j'ai déclaré à chaque nation : 

« 1° Que toutes les nations acceptent d'éliminer, au cours d'une période de 
quelques années et progressivement, toutes les armes offensives qu'elles 
possèdent et qu'elles acceptent également de ne plus en fabriquer de nouvelles. 

« Ceci ne garantit pas une nation contre l'invasion, à moins que le droit de 
fortifier ses propres frontières au moyen de défenses permanentes et non mobiles 
ne lui soit donné ainsi que le droit de s'assurer, en recourant à une inspection 
internationale permanente, que ses voisins ne fabriquent pas d'armes offensives 
ou ne conservent pas celles qu'ils possèdent déjà. 

« 2° Qu'il soit simplement déclaré qu'aucune nation ne permettra à ses forces 
militaires de franchir ses propres frontières; une telle action serait considérée 
par l'humanité comme un acte d'agression et, comme telle, serait condamnée par 
l'humanité. 

« 3° Un tel accord général pour la suppression de l'agression et des armes 
offensives n'aurait évidemment aucune valeur pour le monde si toutes les 



nations, sans exception, ne signaient un accord solennel. Si une grande majorité 
de nations signaient cet accord à la condition précise qu'il entrerait en vigueur 
seulement lorsque toutes les nations l'auraient signé, il serait relativement aisé 
de déterminer quelles sont les nations qui, en ce temps de lumière, consentent à 
s'inscrire, au regard de l'histoire, dans les rangs de cette minorité qui croit 
encore à l'utilité de l'épée dans l'invasion et l'attaque des territoires voisine. 

« Je n'ai pas émis cette proposition avant de m'assurer, après un examen 
serré, que l'immense majorité des hommes et des femmes de mon pays, aussi 
bien que celle du monde entier, reconnaît la valeur de l'objectif fondamental que 
j'ai exposé et est résolue à suivre la route qui y conduit. Les chefs politiques de 
beaucoup de ces peuples présentent et présenteront arguments, excuses et 
rectifications nébuleuses, voire ridicules, pour justifier l'échec de ces 
propositions généreuses. Mais je leur affirme que les hommes et les femmes au 
nom de qui ils parlent sont tellement en avance sur cette école de politiciens, que 
nous pourrions obtenir immédiatement un accord mondial sur la paix mondiale 
si les peuples du monde parlaient eux-mêmes. 

« De tout temps, jusqu'à la guerre mondiale de 1914-1918, les guerres ont été 
faites par les gouvernements. Woodrow Wilson a mis en doute la nécessité de ces 
guerres s ce qui a donné à penser aux peuples qui créent et qui changent leurs 
gouvernements. Ils se sont demandés avec Woodrow Wilson s'ils ne pourraient 
pas, un jour, empêcher eux-mêmes les gouvernements de faire la guerre. 

« Proposons à la nouvelle génération, en reprenant simplement le mot de 
Wilson, que dorénavant, au lieu de guerres faites par les gouvernements, on 
jouisse d'une paix faite par les peuples. » 



CHAPITRE X 


Après mon retour à Washington, au début de juillet, la partie exécutive du 
gouvernement entreprit la tâche ardue de mettre sur pied et de régler le nouveau 
système que le Congrès avait autorisé. 

Il ne nous appartient pas, dans le cadre de ce livre, de juger des effets de la 
législation ou des résultats immédiats de nos efforts : en ce printemps, nous 
sommes encore dans une période d'évolution. Toute personne intelligente et 
honnête aux Etats-Unis peut se faire une opinion à mesure que le temps passe; 
seulement nous devons nous mettre dans la tête que le programme d'ensemble 
évolue encore; il est empirique, en ce sens que, si une méthode ne réussit pas, on 
en essayera une autre et qu'il y a encore beaucoup d'autres mesures à prendre 
avant que nous ne puissions émettre une appréciation juste sur l'ensemble. 

Aussi, dans ce chapitre et dans ceux qui vont suivre, j'établirai une liste 
chronologique des principaux événements qui se sont passés entre le mois de 
juillet 1933 et le 4 mars 1934. Toutefois, certains discours et messages exposent 
clairement le programme de restauration et de réorganisation, tout en esquissant 
l'évolution de notre politique. 

Le 8 juillet, le secrétaire de l'Intérieur Ickes fut nommé Administrateur des 
Travaux publics et il se mit immédiatement à la tâche difficile de répartir la 
dépense de trois milliards trois cent millions de dollars. 

Le 11 juillet, je constituai le Conseil Exécutif pou la simple raison que, par 
suite de l'établissement de tant de nouveaux services, il fallait les convoquer 
toutes les semaines, ainsi que les membres du Cabinet, à une session commune. 
A ces réunions du mardi, nous avions en plus des membres du Cabinet: 
l'Administrateur du Budget, le Président du Conseil de la « Reconstruction 
Linance Corporation », le Gouverneur de l'administration du Crédit agricole, le 
Président du Conseil de la Société d'emprunt des propriétaires, l'Administrateur 
de l'administration d'ajustement agricole, l'Administrateur du Comité de secours 
fédéral, le Président du Conseil de l'administration de la vallée de Tennessee, le 
Coordinateur fédéral des transports, l'Administrateur du Comité de redressement 
industriel, et le Directeur du corps civil M. Lrank C. Walker fut nommé 



secrétaire exécutif du Conseil. 


Le 14 juillet, le secrétaire de l'Intérieur reçut également tout pouvoir pour 
régir l'industrie pétrolifère. 

Le vingt et un juillet, vingt millions de dollars consacrés aux travaux publics 
furent réservés à l'achat de terrains forestiers qui seraient exploités par le C. C. 
C. 


Le vingt-quatre juillet, j'exposai à la T. S. F. les événements des mois 
précédents : 


« Depuis l'ajournement de la session extraordinaire du Congrès, session 
historique, il y a de cela cinq semaines, je me suis abstenu de propos délibéré de 
m'adresser à vous pour deux excellentes raisons : 

« Tout d'abord, je pense que nous désirions tous réfléchir à notre aise pour 
examiner et nous assimiler, par l'esprit, les événements multiples des cent 
journées qui avaient été consacrées à donner le branle au fonctionnement du « 
New Deal ». 

« En deuxième lieu, j'avais besoin de quelques semaines pour organiser la 
nouvelle machine administrative et pour voir les premiers fruits de notre plan 
mûrement réfléchi. 

« Je crois que cela vous intéressera de m'entendre exposer les principes 
fondamentaux de mon plan de restauration nationale, afin que vous puissiez 
vous convaincre que tous les projets et toutes les mesures législatives adoptés 
depuis le 4 mars, loin d'être une collection de projets hasardeux, prennent place 
chacun dans un ensemble cohérent et logique. 

« Longtemps avant le jour de l'inauguration, j'avais acquis la conviction que 
tout effort individuel, local et même fédéral s'il n'était pas coordonné avec les 
autres, avait échoué et échouerait nécessairement et que, par conséquent, un 
vaste programme dirigé par le gouvernement fédéral, s'imposait dans la 
pratique comme dans la théorie. Il fallait avant tout maintenir et fortifier le 
crédit du gouvernement des Etats-Unis, condition sine qua non du succès de 



cette politique. Depuis des années, le gouvernement n'avait pu vivre de ses 
revenus. Nous devions donc ramener immédiatement les dépenses 
gouvernementales aux limites de ses ressources. C'est ce qu'on a fait. 

« Il peut paraître peu sérieux qu'un gouvernement réduise ses dépenses 
ordinaires et en même temps prête et dépense des milliards pour l'exécution de 
mesures exceptionnelles. Mais il n'y a là aucune contradiction, car une grande 
partie de cet argent a été fourni par de solides emprunts qui seront remboursés 
au Trésor au cours d'une période de plusieurs années, et pour couvrir le restant 
de cet argent, nous avons levé des impôts qui paieront les intérêts et 
rembourseront le capital par fractions. 

« Vous pouvez voir ainsi que nous avons conservé notre crédit intact. Nous 
avons jeté des fondations de granit en une période de confusion. Le crédit 
fédéral s'appuie sur une base vaste et sûre. Sur elle repose tout le plan de 
redressement national. 

« Une autre partie du plan concernait le crédit des particuliers. Vous 
connaissez aussi bien que moi la crise bancaire et le grand danger qui menaçait 
les épargnes de nos citoyens. Le 6 mars, toutes les banques nationales étaient 
fermées. Un mois plus tard les déposants pouvaient disposer des quatre-vingt-dix 
pour cent des dépôts effectués dans les banques nationales. Aujourd'hui cinq 
pour cent seulement des dépôts dans les banques nationales restent gelés. La 
situation des banques d'Etat, bien qu'elle ne repose pas sur un pourcentage tout 
à fait aussi bon, montre cependant une réduction continuelle des crédits gelés. 

La situation est bien meilleure qu'on ne pouvait l'espérer, il y a trois mois. 

« Le problème du crédit des individus était beaucoup plus difficile, du fait 
d'une monnaie mal adaptée: le dollar n'avait plus la même valeur qu'au moment 
où ils avaient contractés leurs dettes. Aussi un nombre considérable de gens 
perdaient-ils la possession de leurs fermes et de leurs immeubles, ainsi que tout 
droit sur ces biens. Vous connaissez tous les mesures financières qui ont été 
prises pour remédier à ce défaut d'adaptation. Outre la loi de prêt sur les 
immeubles, on adopta les lois sur l'emprunt agricole et la banqueroute. 

« Ce fut une nécessité vitale de rétablir le pouvoir d'achat par la réduction du 
fardeau des dettes et des intérêts qui pesait sur nos concitoyens; mais, tandis que 
nous aidions le peuple à sauver son crédit, il n'était pas moins essentiel, en 
même temps, de subvenir aux besoins de centaines de milliers de personnes qui, 



à ce moment même, étaient dans la pire détresse. L'Etat et les municipalités 
étaient sur le point de cesser leur secours. Nous votâmes pour les aider un 
budget d'un demi-milliard de dollars; en outre, comme vous le savez, le 
programme de reboisement, les mesures préventives contre les inondations et 
l'érosion du sol ont donné un travail pratique et utile à trois cent mille jeunes 
gens. Les salaires qu'ils gagnent, servent en grande partie à venir en aide à près 
d'un million de personnes qui constituent leurs familles. 

« Dans la même catégorie, nous pouvons ranger à bon droit le grand 
programme de travaux publics pour lequel on a avancé plus de trois milliards de 
dollars. Il nous faut insister sur deux points qui concernent l'exécution de ces 
projets — en premier lieu, nous apporterons toute notre attention à choisir un 
travail fécond, d'une portée immédiate, des projets utiles, qui ne sentent pas la 
cuisine électorale; en second lieu, nous espérons que, grâce à ces projets qui 
après quelques années rapporteront par eux-mêmes, plus de la moitié de cet 
argent rentrera dans les caisses du gouvernement. 

« Jusqu'ici j'ai parlé des fondations, des mesures indispensables pour rétablir 
le crédit, pour orienter le peuple dans une nouvelle direction, en secourant les 
individus en détresse et en leur donnant, grâce à une action gouvernementale, le 
plus de travail possible. 

« Maintenant, j'en viens aux mesures prises pour orienter définitivement le 
pays vers la prospérité. J'ai affirmé que nous ne pourrons y arriver dans un pays 
où une partie des habitants vit dans le luxe, et l'autre dans la misère. Si tous nos 
concitoyens ont du travail, des salaires et des bénéfices justes, ils pourront 
acheter les produits de leurs voisins, et les affaires marcheront. Mais si vous 
enlevez les salaires et les bénéfices à la moitié d'entre eux, l'affaire ne marchera 
qu'à moitié. Peu importe qu'une partie soit très prospère: ce qu'il faut c'est une 
prospérité raisonnable pour chacun. 

« Depuis beaucoup d'années, les deux grandes barrières qui s'opposent à une 
prospérité normale, sont la dépréciation des produits agricoles et le chômage 
qui paralyse la nation. Ces deux maux ont réduit de moitié le pouvoir d'achat du 
pays. J'ai promis de prendre des mesures. Le Congrès a pris sa part, lorsqu'il a 
voté le « Farm Act » (loi agricole) et /'« Industrial Recovery Act » (loi de 
redressement industriel). Aujourd'hui nous mettons ces deux lois à pied d'oeuvre 
: elles produiront des résultats si le peuple comprend clairement les objectifs 
qu'elles s'assignent. 



« En premier lieu le « Farm Act »: il se base sur le fait que le pouvoir d'achat 
de près de la moitié de notre population dépend du juste prix des produits 
agricoles. Nous avons eu des produits en beaucoup plus grand nombre que nous 
n'en consommons ou pouvons en écouler sur un marché mondial effondré. Pour 
remédier à cette situation, il faut réduire la production. Sans notre aide les 
fermiers ne peuvent s'entendre pour la réduire. Le « Farm Bill » (loi d'aide aux 
fermiers) leur donne un système qui leur permettra de ramener leur production à 
un niveau raisonnable et d'obtenir des prix raisonnables pour leurs récoltes. Je 
n'ai pas contesté le caractère expérimental de ces mesures mais jusqu'ici nous 
avons raison de croire qu'elles produiront de bons résultats. 

« II est évident que, si nous pouvons augmenter sensiblement le pouvoir 
d'achat de dizaines de millions de nos concitoyens qui vivent du fermage et de la 
répartition des produits agricoles, nous augmenterons considérablement la vente 
des produits industriels. 

« Cela me permet d'en venir à la mesure finale, qui ramènera l'industrie dans 
des voies saines. 

« L'automne dernier, à plusieurs reprises, j'ai affirmé avec force que, si 
l'industrie suit une discipline démocratique librement consentie, la réduction des 
heures de travail et l'augmentation des salaires permettront aux ouvriers 
d'acheter le produit de leur travail et de s'en servir. Cela ne peut se faire que si 
nous permettons et si nous encourageons une action de coopération entre 
industriels car il est évident que, sans une unité d'action, un petit nombre 
d'hommes égoïstes, dans tout groupe rival, payera des salaires de famine et 
exigera de longues heures de travail. Les autres ne pourront que les suivre ou 
fermer boutique. Nous avons vu les résultats de cette politique qui, depuis quatre 
ans, nous a entraînés de plus en plus vers l'enfer économique. 

«Ily a un moyen sûr de renverser cette situation: Si tous les patrons, dans 
tous les groupes rivaux, consentent à payer à leurs ouvriers les mêmes salaires 
— des salaires raisonnables — et s'ils exigent le même nombre d'heures — un 
nombre raisonnable — alors l'augmentation des salaires et la réduction des 
heures de travail ne léseront aucun patron. En outre cette situation est 
préférable pour le patron au chômage et à des bas salaires, car elle augmente le 
nombre d'acheteurs de ses produits C'est cette idée si simple qui est à la base du 
programme de restauration nationale. 



« C'est sur cette idée de collaboration, que nous entreprîmes la lutte contre le 
chômage. Elle réussira si dans les grandes industries, dans les petites boutiques, 
dans les grandes villes et les petits villages, on en comprend la nécessité. Il n'y a 
là rien de compliqué ni de particulièrement nouveau. Cette idée n'est que 
l'application du principe général suivant lequel dans une société ou dans une 
nation, des individus groupés peuvent réaliser ce qu'aucun individu agissant en 
isolé ne pourrait même espérer d'exécuter. 

« Voici un exemple. Nous avons constaté dans le code de l'industrie cotonnière 
et dans d'autres accords déjà signés, l'abolition du travail des enfants. Je me 
sens personnellement plus heureux de ce résultat que de tous les autres que j'ai 
obtenus depuis mon arrivée à Washington. Dans l'industrie textile — industrie 
dont les membres m'offrirent spontanément leur concours dans un geste 
magnifique dès que la loi de redressement industriel fut signée — le travail des 
enfants était un de ces maux qui existait depuis de longues années. Mais aucun 
patron agissant seul, n'avait pu le faire disparaître. Si un patron ou si un Etat s'y 
attaquait, les frais que représentait cet effort atteignaient un chiffre si 
considérable qu'il devenait impossible de rivaliser avec les patrons ou les Etats 
qui n'avaient pas participé à cette tentative. Il a suffi de cette loi de redressement 
industriel pour abolir cette chose monstrueuse. Si je vous cite cet exemple, ce 
n'est pas pour en tirer vanité mais pour vous mettre sur la voie d'efforts même 
plus grands de collaboration que vous aurez à tenter cet hiver et cet automne. 

« Nous ne devons pas traverser un autre hiver semblable à celui que nous 
venons de passer. Je ne crois pas qu'un peuple ait jamais supporté avec tant de 
courage et tant de bonne humeur une saison même à moitié aussi dure. Nous ne 
pouvons pas demander à l'Amérique de continuer à souffrir de telles misères. Le 
moment est venu d'entreprendre une action courageuse. La loi sur le 
redressement industriel nous donne le moyen de vaincre le chômage avec les 
armes mêmes que nous avons utilisées pour abolir le travail des enfants. 

« Nous avons envoyé à tous les patrons un projet d'accord qui est le résultat 
de plusieurs semaines de délibérations. Il s'oppose à presque tous les codes 
précédents des grandes industries. Ce code passe-partout a reçu l'approbation 
unanime des trois comités que j'ai chargés de l'étudier, comités qui représentent 
les grands chefs de l'industrie, du travail et des services sociaux. De tous les 
Etats, affluent des marques d'approbation, ainsi que d'un si grand nombre 
d'industriels que je puis assurer qu'il convient à tous. C'est un plan — mûrement 



réfléchi, raisonnable et juste — qui a pour but de mettre immédiatement en 
oeuvre les plus importants des principes généraux que les codes établissent 
d'industrie à industrie. Naturellement, il faudra bien du travail d'organisation, 
bon nombre de séances et de mois avant d'achever et de signer ces codes; 
d'autre part, nous ne pouvons attendre la mise en oeuvre de tous ces codes. 
Toutefois le projet que j'envoie à tous les patrons, permettra la mise en marche 
du programme non pas dans six mois, mais dès maintenant. 

«IIy a évidemment un petit nombre de gens, qui pourraient, dans un but 
égoïste, s'opposer à ce grand plan d'intérêt général. La loi, dans ce cas, prévoit 
des sanctions. Mais maintenant, je fais appel à la coopération des esprits et des 
coeurs. Ce sont les seuls instruments que nous emploierons cet été dans notre 
grande offensive contre le chômage. Mais nous les emploierons jusqu'à l'extrême 
limite pour protéger contre les obstructionnistes ceux qui adhèrent au plan. 

« En temps de guerre, dans l'obscurité des attaques de nuit, les soldats portent 
à l'épaule un insigne brillant qui empêche leurs camarades de faire feu sur eux. 
De même ceux qui coopèrent à notre programme doivent se reconnaître à un 
simple coup d'oeil. Voilà pourquoi nous avons songé à un insigne d'honneur, un 
simple dessin portant la devise: « Nous prenons notre part ». Je demande à tous 
ceux qui se joignent à moi d'étaler bien en vue cet insigne. C'est essentiel à notre 
dessein. 

« Déjà toutes les grandes industries m'ont proposé des codes qui souscrivent 
aux principes tendant à la reprise massive du travail. Mais quelque importante 
que soit cette manifestation de sympathie, le terrain le plus propice pour obtenir 
des résultats se trouve parmi ces petits patrons qui emploient de une à dix 
personnes. Ces petits employeurs sont en effet une partie vitale, la moelle du 
pays; le succès de nos plans repose en grande partie entre leurs mains. 

« Déjà les télégrammes et les lettres affluent à la Maison Blanche — messages 
de patrons qui demandent qu'on inscrive leurs noms sur le tableau d'honneur. Ils 
représentent de grandes sociétés, compagnies, corporations et des individus. 
J'invite tous les employeurs qui ne l’ont pas encore fait, à m'envoyer ou me 
télégraphier personnellement à la Maison Blanche, et ce sans délai, leur 
adhésion à mon plan. Je veux faire afficher dans chaque bureau de poste de 
chaque ville un tableau d'honneur portant les noms de ceux qui se joindront à 
moi. 



« Je désire profiter de cette occasion pour dire aux vingt-quatre gouverneurs 
qui sont maintenant réunis en conférence à San-Francisco que, plus que toute 
autre mesure, le message unanime qu'ils ont adopté au début de la conférence et 
dans lequel ils promettent l'appui immédiat de leur Etat, a profondément 
encouragé ce grand mouvement. 

«Aux hommes et aux femmes dont la crainte du chômage assombrissait les 
jours, je puis maintenant adresser une parole d'encouragement, car les codes et 
les accords qui ont déjà été approuvés ou qui vont être adoptés, amèneront 
l'augmentation des salaires et remettront le peuple au travail. Tout patron qui 
adopte le plan remplit, croyez-le, son rôle, et mérite bien de quiconque travaille 
pour vivre. Vous comprendrez tout comme moi que si un patron refuse de suivre 
ce plan et vend ses produits à plus bas prix que son concurrent, c'est au 
détriment de la prospérité du pays, qu'il réalise cette économie. 

« Lorsque mourut Andrew Jackson, quelqu'un demanda: « au ciel? » et l'on 
répondit: « II ira s'il le veut ». Si l'on me demande si le peuple américain 
parviendra à sortir de la crise, je répondrai: « Oui, s'il le veut ». L'essence du 
plan est la limitation de la semaine de travail par un accord général et le 
payement d'un salaire juste par un accord général également. Je ne puis 
garantir le succès de ce plan national, mais le peuple peut le garantir. Je ne 
crois pas aux remèdes universels mais je crois pouvoir exercer une forte 
influence sur les forces économiques. Je n'ai aucune sympathie pour les 
économistes professionnels qui veulent laisser les choses suivre leur cours, et qui 
prétendent que l'homme ne peut rien faire contre les maux économiques, parce 
qu'ils ont changé tous les cinq ou dix ans leurs théories sur les lois économiques, 
mais j'ai gardé ma foi dans la force de l'intérêt commun et dans la force de 
l'action unifiée du peuple américain. 

« Voilà pourquoi je vous expose le but et les idées qui sont à la base de notre 
programme de restauration nationale. Voilà pourquoi je prie les patrons de la 
nation de signer avec moi cette charte commune — de la signer au nom du 
patriotisme et de l'humanité. Voilà pourquoi je demande aux travailleurs de 
collaborer avec nous dans un esprit d'entente et d'aide mutuelle. » 


Au début d'août, l'élaboration des codes pour l'industrie progressait si 
rapidement sous la direction de l'Administrateur chargé du redressement 



industriel que, sur la recommandation unanime des chefs du travail et de 
l'industrie, membres des conseils consultatifs du gouvernement de redressement, 
je constituai, par un décret, un tribunal qui fut désigné sous le nom de Conseil 
national du Travail. 

Le premier octobre, je me rendis à Chicago pour voir l'exposition et pour 
parler à la convention de la Légion américaine. Voici ce discours qui expose, je 
crois, certains principes honorables et justes: 


« C'est avec joie que je viens ici en qualité d'hôte; je suis heureux d'avoir le 
droit de venir ici en camarade. Je suis venu parce que j'ai confiance dans la 
Légion américaine et dans tous les autres vétérans des guerres que nous avons 
conduites. 

« Mes rapports avec vous ne datent pas d'il y a six mois mais ils remontent 
aux jours de guerre à laquelle j'ai pris part avec vous. 

« Je désire vous entretenir du problème gouvernemental, des difficultés que 
vous et moi, en votre qualité d'Américains, avons endurées et résolues, ainsi que 
celles que nous aurons encore à affronter. 

« Je désire vous parler de l'unité nationale. Regardons-la comme une chose 
vivante — non pas comme une simple théorie qui se confine dans les livres et 
reste éloignée de la vie courante. Nous vivons tous sous un gouvernement 
commun, nous pratiquons des échanges, payons des impôts communs, nous 
donnons et recevons protection d'un gouvernement commun. Reconnaître l'unité 
nationale, la mettre au-dessus de tout, constater que d'elle dépend le bien-être 
général, n'est qu'une autre façon de dire que nous sommes patriotes. 

« L'unité nationale a deux ennemis : le régionalisme et l'esprit de classe; que 
l'un et l'autre prédominent et c’est la fin de l'unité nationale et du patriotisme. 

« Certains visiteurs étrangers ont encore peine à croire qu'une nation issue de 
plusieurs sources, qu'une nation de cent trente millions d'habitants, qu'une 
nation s'étendant de l'Est à l'Ouest sur une largeur de trois mille milles forme un 
tout homogène dans les parties essentielles de sa civilisation. 



« L'autre ennemi de l'unité nationale, nous le trouvons dans la lutte des 
classes. Vous savez, tout comme moi, que de jour en jour les habitants de ce pays 
tolèrent de moins en moins qu'un groupe de citoyens s'adjugent des bénéfices au 
détriment d'autrui. 

« Depuis plusieurs années, le peuple américain était menacé de perdre les 
avantages qu'il s'était acquis. La crise vint au printemps de cette année. On dut y 
faire face. Des millions de personnes étaient sans travail, les banques étaient 
fermées; le crédit du gouvernement lui-même était menacé. La voiture était en 
panne. Il fallait évidemment avant tout, faire marcher le moteur. Sans doute nous 
réussîmes à rouvrir la grande majorité des banques mais cela n'aurait pas été 
possible si, en même temps, nous n'avions rétabli le crédit du Gouvernement, 
base même de tout l'édifice américain. 

« Voilà pourquoi nous entreprîmes de restaurer le Trésor National, en suivant 
deux principes qui concernaient directement les pensions des vétérans, les 
vétérans de cette guerre et des autres. 

« Le premier principe découle de l'obligation qu'ont les citoyens de porter les 
armes: le gouvernement a des devoirs envers ceux qui ont reçu des blessures ou 
contracté des maladies à son service. 

« Le second principe est que personne, sous prétexte qu'il a porté un uniforme 
ne peut pour cette raison être rangé dans une classe spéciale de bénéficiaires, 
au-dessus de tous les autres citoyens. Le fait de porter un uniforme n'implique 
pas qu'un citoyen peut demander et recevoir du gouvernement une pension 
qu'aucun autre ne reçoit. Ce fait n'implique pas non plus que parce qu'une 
personne a défendu son pays, rempli son devoir de citoyen, elle doit s'attendre à 
ce que le gouvernement lui accorde une pension pour une invalidité qu'elle 
subirait après la guerre et qui n'aurait pas de rapport avec la guerre. 

« Cela implique toutefois que ceux qui furent blessés ou souffrent des 
conséquences de la guerre, sont autorisés à recevoir des compensations 
adéquates et généreuses. Cela implique que le gouvernement a le devoir d'aider 
les descendants de ceux qui sont morts au service de leur pays. 

« Pour la mise en pratique de ce principe, les habitants de ce pays peuvent 
payer et payeront en impôts les sommes nécessaires. Pour cette mise en pratique 
votre gouvernement n'a pas à courir à la banqueroute ni à bouleverser sa 



comptabilité. 


« Le moment est venu, je crois, d'ajouter à ces deux grands principes un 
troisième. Il y a beaucoup de vétérans qui souffrent d'invalidité ou de maladie 
sans aucun rapport avec la guerre. Le Gouvernement Fédéral doit appliquer 
pour eux la même règle qu'il a adoptée, lorsqu'il secourt d'autres cas de misère 
et de détresse involontaires. 

« Les jeunes gens de ce pays qui, aujourd'hui en cas de guerre, auraient à 
supporter le premier choc de la défense nationale, nous considèrent comme des 
personnes entre deux âges. Vous et moi, nous ne sommes pas encore prêts à 
admettre que nous avons « un pied dans la tombe ». Nous croyons que nous 
exerçons chacun une certaine influence, nous croyons que l'organisation de la 
Légion américaine peut contribuer énormément au bien du pays et ce pour de 
nombreuses années. Il ne suffit pas que vous ayez aidé à écrire l'histoire de 
l'Amérique. Vos intérêts futurs sont inséparables de ceux de nos concitoyens. Je 
vous demande donc, après vous êtes intéressés en premier lieu à vos camarades 
invalides, de participer en outre au vaste programme de restauration nationale 
dans lequel nous sommes engagés aussi bien que vous. 

« Là charte de la Légion se garde de politique de partis. La force et l'existence 
même de la Légion dépendent du maintien de ce principe. Il n'y a pas ici de 
républicains ou de démocrates. Mais des Américains qui doivent collaborer avec 
le gouvernement au bien de tous les citoyens. Je sais gré à la Légion de la 
position splendide qu'elle a prise — du « bulletin de bataille » qu'elle a publié. 

« Nous ne pouvons réaliser notre programme national en six mois; le 
chômage commence seulement à diminuer. De semaine en semaine, il y aura des 
hauts et des bas, mais le résultat net est un progrès continu. La congélation des 
crédits a été arrêtée, et la glace commence définitivement à fondre. Le revenu 
des fermiers a été augmenté, et doit être augmenté encore. L'industrie a 
progressé, mais l'augmentation du pouvoir d'achat doit continuer à la stimuler. 

« Nos deux tâches sont analogues. Chacun de nous doit jouer un rôle dans 
son propre domaine mais en même temps nous devons comprendre que chaque 
rôle particulier se rattache étroitement à l'ensemble, à une unité nationale de 
plan et d'action. 

« Je vous demande de nouveaux, et même de plus grands efforts pour la 



restauration nationale. Vous qui avez porté l'uniforme, vous qui avez servi, vous 
qui avez prêté serment de fidélité à la Légion, vous qui soutenez les idéals 
civiques américains, je vous ai appelé à nouveau sous les drapeaux. 

« En ma qualité de commandant en chef et de camarade, j'ai confiance que 
vous répondrez à mon appel. » 


Le 4 octobre, j'ai prononcé un discours à un dîner de la conférence nationale 
des associations catholiques charitables. Après avoir fait l'éloge des associations 
catholiques charitables particulièrement de la société de Saint-Vincent-de-Paul 
dont la conférence célébrait le centenaire, j'ai souligné le fait que le sentiment de 
la justice sociale faisait des progrès dans le monde. J'ai montré ensuite que le 
Gouvernement des Etats-Unis s'efforçait d'aider les nécessiteux mais que seules 
les associations privées pouvaient apporter aux malheureux l'assistance morale 
nécessaire. Je me suis félicité de pouvoir constater que le peuple américain 
sentait impérieusement la nécessité d'idéaux moraux et j'ai ajouté que la 
croyance en Dieu constituait un des besoins essentiels de la race humaine. 

Au mois d'octobre nous créâmes un « Comité de liquidation des dépôts » 
chargés de régler le payement des dépôts effectués dans les banques qui avaient 
fermé précédemment et qui n'étaient pas en mesure de rouvrir leurs guichets. En 
même temps la « Reconstruction Finance Corporation » travaillant d'accord avec 
le contrôleur de la circulation fiduciaire et le Système des Banques Fédé-raies de 
réserve, entreprit par l'achat d'actions préférentielles, de renflouer beaucoup de 
banques afin de leur permettre d'adhérer au plan de l'assurance-dépôt, qui allait 
entrer en vigueur le premier janvier. 

Pour la quatrième fois au cours de l'année, j'exposai à la radio la situation 
nationale. Ce discours prononcé le 22 octobre proclama, pour la première fois, la 
décision du gouvernement d'acheter de l'or nouvellement extrait aux Etats-Unis 
et aussi d'acheter ou de vendre de l'or sur le marché mondial: 


« Pour la première fois depuis trois mois, je m'entretiens avec la population de 
ce pays de nos problèmes nationaux; mais durant cette période beaucoup 
d'événements se sont passés, et je suis heureux de dire que la majeure partie 



d'entre eux ont contribué au bien-être du citoyen moyen. 


« Comme, dans toutes les mesures que votre gouvernement prend, nous 
songeons au citoyen moyen — visant selon la vieille expression « au plus grand 
bien pour le plus grand nombre » —nous ne pouvons raisonnablement nous 
attendre à apporter des bénéfices définitifs à chaque personne ou à toutes les 
professions ou aux affaires, à l'industrie et à l'agriculture. Dans le même ordre 
d'idées, aucune personne raisonnable ne peut espérer que, dans ce bref laps de 
temps, au cours duquel on dut avant de mettre en marche le nouvel organisme le 
mettre sur pied, chaque localité de chacun des quarante-huit Etats du pays pût 
participer également et simultanément au mouvement d'amélioration. 

« L'ensemble du tableau, toutefois — la moyenne de tout le territoire d'une 
côte à l'autre, la moyenne d'une population de cent-vingt millions d'habitants — 
montre à toute personne qui veut voir, des faits et des actes dont vous et moi 
pouvons être fiers. 

« Au début du printemps de cette année, il y avait absolument et relativement 
plus de chômeurs dans ce pays que dans aucun autre pays du monde. Au mois de 
mars, on estimait que le nombre des chômeurs était de douze à treize millions. 
Parmi ceux-ci, on pouvait évidemment ranger dans la catégorie des chômeurs 
normaux plusieurs millions de personnes, qui travaillaient de temps à autre, 
lorsqu'elles en éprouvaient l'envie, ou qui préféraient ne pas travailler du tout. 
On peut donc dire avec justesse que dix millions de nos concitoyens 
recherchaient sérieusement du travail, souvent même sous l'aiguillon de la faim, 
et qu'ils n'en trouvaient pas. An cours de ces quelques mois, je suis persuadé 
qu'au moins quatre millions d'entre eux ont trouvé un emploi — en d'autres 
termes, quarante pour cent de ceux qui cherchaient du travail, en ont eu. 

« Ce n'est pas à dire, mes amis que vous ou moi sommes assurés que notre 
tâche est terminée. Nous avons encore un long chemin à parcourir mais nous 
sommes sur la bonne voie. 

« Comment allons-nous construire l'édifice de la restauration, le temple qui, 
achevé, ne sera plus le temple des usuriers ou des mendiants mais le temple 
consacré au maintien d'une plus grande justice sociale, à une plus grande 
prospérité de l'Amérique — la résidence d'une vie économique saine. Nous 
bâtissons, pierre par pierre, les colonnes qui soutiendront cet édifice. Ces 
colonnes sont nombreuses et quoique la construction de l'une puisse influencer 



celle de sa voisine, l'ensemble doit avancer sans entrave. 


« Nous savons tous qu'à la base de cet échafaudage se trouvait le secours 
immédiat aux chômeurs et voilà pourquoi je parle en premier lieu de ce fait que 
trois cent mille jeunes gens, dans presque toutes les parties de la nation, ont reçu 
et recevront encore du travail durant tout cet hiver dans les camps des Corps 
Civils. 

« Nous avons de la sorte, comme vous le savez, alloué plus que jamais, en 
collaboration avec les Etats et les gouvernements locaux, des sommes énormes 
pour venir en aide aux travailleurs et aux propriétaires d'immeubles, sommes 
qu'au cours de l'hiver prochain on ne pourra diminuer pour la bonne raison que, 
bien que des millions de personnes aient repris le travail, la situation de ceux 
que n'en ont pas encore obtenu, est plus dure qu'elle ne l'était l'année dernière à 
la même époque. 

« Nous en venons ensuite aux secours qui se donnent à ceux qui sont menacés 
de perdre leurs fermes ou leurs immeubles. L'on dut mettre sur pied un nouvel 
organisme pour rétablir le crédit agricole et le crédit foncier dans chacun des 
trois mille cent arrondissements des Etats-Unis et chaque jour qui s'écoule sauve 
les immeubles et les fermes de centaines de familles. J'ai publiquement demandé 
de retarder les forclusions des fermes, des biens mobiliers et immobiliers 
jusqu'au moment où tout débiteur hypothécaire du pays aura eu amplement le 
temps de tirer parti du crédit fédéral. Je demande en outre — et beaucoup 
d'entre vous savent que les grandes organisations de crédit fédéral ont déjà fait 
droit à cette demande —je demande, dis-je, que, si une famille aux Etats-Unis 
est sur le point de perdre son habitation ou ses biens meubles, elle télégraphie 
immédiatement à Washington soit à l'Administration du crédit agricole, soit à la 
Corporation du prêt aux propriétaires pour demander leur aide. 

« Deux autres services importants sont en pleine activité. La « Reconstruction 
Finance Corporation » prête de grosses sommes à l'industrie et à la finance, 
dans le but précis de faciliter l'accroissement du crédit à l'industrie, au 
commerce et à la finance. 

« Voici où en est le programme de travaux publics après trois mois: un 
milliard huit cent millions de dollars ont déjà été alloués par les travaux 
fédéraux sur un crédit de trois milliards trois cent millions de dollars: ces 
travaux sont en train dans toutes les parties du pays. En outre, trois cent millions 



ont été alloués aux travaux publics, destinés, entre autres choses, à la 
suppression des taudis, que devront entreprendre les Etats, les municipalités et 
les organisations privées. On attend pour allouer l'argent consacré aux travaux 
publics que les Etats et les localités présentent des projets rationnels. 

Washington détient l'argent et n'attend que ces projets pour le distribuer. 

« Un autre pilier de l'édifice gouvernemental est l'Administration d'ajustement 
agricole. J'ai été étonné par le concours extraordinaire que prêtèrent au 
gouvernement les cultivateurs du coton du Sud, les cultivateurs du froment de 
l'Ouest, les cultivateurs de tabac de l'Est et je suis persuadé que les cultivateurs 
de maïs pour bétail du Middle West participeront à ce mouvement de la même 
façon généreuse. Le problème que nous cherchons à résoudre, depuis trente ans 
avait empiré de jour en jour mais au cours des six derniers mois, nous avons 
accompli des progrès plus rapides qu'aucune nation n'en a fait durant un égal 
laps de temps. Sans doute, au mois de juillet, les prix des denrées agricoles 
étaient montés plus haut qu'aujourd'hui, mais cette hausse provenait en partie de 
la spéculation pure qu'avaient pratiquée des gens incapables de dire la 
différence entre le froment et le seigle, des gens qui n'avaient jamais vu pousser 
le coton, des gens qui ignoraient que les porcs se nourrissaient de maïs, des gens 
qui ne prêtent aucun intérêt réel à l'agriculture et aux problèmes qu'elle suscite. 

« En dépit toutefois de la réaction spéculatrice qu'engendra la hausse due à la 
spéculation, il apparaît bien établi qu'au cours de l'année 1933 les prix des 
produits agricoles dépasseront de trente pour cent les prix de l'année 1932. En 
d'autres termes, les fermiers recevront quatre cents dollars en 1933 là où ils en 
auraient reçu trois cents en 1932. C'est vrai pour l'ensemble du pays, rappelez-le 
vous, car j'apprends par des rapports, qu'il y a des contrées où la situation ne 
s'est pas améliorée depuis l'année 1932. Cela s'applique aux principaux 
produits, spécialement à l'élevage du bétail et à l'industrie laitière. Nous allons 
aborder ces problèmes le plus vite possible. 

« Je n'hésite pas à dire aussi simplement et aussi clairement que possible, 
que, en dépit de la hausse de beaucoup de produits agricoles, malgré 
l'amélioration de la situation de beaucoup de familles, néanmoins je ne m'en 
contente pas. Je vous déclare que c'est une partie précise de notre programme 
d'accentuer la hausse et de l'étendre aux produits qui n'en ont pas encore senti 
les effets bienfaisants. Si nous n'y arrivons pas d'une façon, nous y arriverons 
d'une autre. Avec vous, nous arriverons. 



« A côté du pilier de l'agriculture — VA. A. A. — se dresse le pilier de 
l'industrie — la N. R. A. Elle a pour objet de donner du travail aux ouvriers et 
d'accroître leur capacité d'achat par l'augmentation de leurs salaires. 

« Elle a aboli le travail des enfants. Elle a supprimé les ateliers où le 
travailleur à la pièce ne reçoit qu'un salaire de famine. Elle a mis fin à ce régime 
où l'on voyait des ouvriers recevoir dans certaines fabriques soixante « cents » 
et dans certaines mines quatre-vingts « cents » la semaine. Vous pourrez juger 
du développement de la N. R. A. par l'ensemble des chiffres relatifs à l'embauche 
que je vous ai déjà donnés et par le fait que celle-ci continue et ne s'arrête pas. 
Le secret de la N. R. A. est la coopération. Cette coopération a été donnée 
volontairement par ceux qui ont contresigné les codes de couverture et les codes 
particuliers qui comprennent déjà l'ensemble des grandes industries de la 
nation. 

« Dans la grande majorité des cas, dans la plupart des localités, la N. R. A. a 
reçu un appui illimité. Nous savons qu'il y a des coupeurs de cheveux en quatre. 
A la base de toutes les critiques, de toutes les obstructions, nous avons trouvé un 
intérêt égoïste. 

« Quatre-vingt-dix pour cent des plaintes proviennent d'une mauvaise 
interprétation. On a dit, par exemple, que la N. R. A. n'avait pu faire hausser le 
prix du froment, du maïs et des porcs, on a dit que la N. R. A. n'avait pas prêté 
suffisamment d'argent pour les travaux publics. Evidemment la N. R. A. n'a rien 
à voir dans le prix des produits agricoles ou dans les travaux publics. Elle doit 
s'occuper uniquement d'organiser industriellement un plan économique qui fasse 
disparaître les agissements déloyaux et qui suscite la reprise du travail. Même 
sur le terrain des affaires et de l'industrie, la N. R. A. ne s'applique pas aux 
agglomérations rurales ou aux bourgs d'une population inférieure à vingt-cinq 
mille habitants, à l'exception des villes qui possèdent des usines ou des magasins 
qui ont adopté le travail à la chaîne et qui tombent sous un code particulier. 

« Le dernier pilier dont j'ai à vous parler est celui de l'argent du pays déposé 
dans les banques du pays. Il y a deux simples faits. 

« En premier lieu, le Gouvernement fédéral va dépenser un milliard de 
dollars à titre de prêt immédiat sur l'actif liquide immobilisé ou non de toutes les 
banques fermées depuis le premier janvier 1933. Cet argent retournera dans les 
mains des déposants dès que cela sera humainement possible. 



« En deuxième lieu, le système d’assurance gouvernementale des dépôts 
bancaires pour toutes les sommes ne dépassant pas deux mille cinq cents dollars 
entrera en vigueur le premier janvier. Nous veillons pour le moment à ce que, à 
cette date ou avant cette date le Gouvernement ait achevé la construction de 
l'édifice bancaire de manière à ce que les banques soient assainies, lorsque le 
système d'assurance entrera en vigueur. 

« Enfin, je répète ce que j'ai dit en maintes occasions, que toujours, depuis 
mars dernier, la politique déterminée du Gouvernement a été de rétablir le 
niveau des prix des matières premières. Le but a été d'atteindre à un niveau qui 
permette à l'agriculture et à l'industrie de donner une fois de plus du travail aux 
chômeurs. Cette politique visait à rendre possible le payement des dettes privées 
et publiques à un niveau des prix plus proche de celui où elles ont été 
contractées. Elle a voulu rétablir l'équilibre des prix de manière que les fermiers 
puissent échanger sur une base plus juste leurs produits contre les produits 
industriels. Ce fut et ce demeure l'intention du Gouvernement d'empêcher les 
prix de monter au delà du point nécessaire pour atteindre ces fins. Le bien-être 
et la sécurité permanente de chaque classe de notre peuple dépend finalement de 
notre capacité à atteindre ces buts. 

« Evidemment, en raison de la diversité des récoltes et des occupations 
industrielles de notre immense territoire, nous ne pouvons atteindre ce but en 
quelques mois. II nous faudra peut-être un an, deux ans ou même trois ans pour 
y arriver. 

« Certaines personnes mettent la charrue avant les boeufs. Elles veulent la 
revalorisation du dollar d'abord. La politique du Gouvernement est de rétablir le 
niveau des prix d'abord. Je ne saurais pas dire, et personne ne le pourrait dire, 
exactement, quelle sera la valeur permanente du dollar. Fixer maintenant la 
valeur permanente or nécessiterait certainement dans la suite des changements 
que les événements à venir provoqueraient. 

« Lorsque nous aurons rétabli le niveau des prix, nous chercherons à établir 
et à maintenir un dollar qui ne changera pas de pouvoir d'achat et ne changera 
pas de valeur pour le payement des dettes pendant la génération suivante. Je l'ai 
dit dans mon message à la délégation américaine à Londres en juillet, dernier, je 
le redis maintenant. 



« En raison des conditions de vie de ce pays et des événements qui échappent 
à notre contrôle dans les autres parties du monde, il devient de plus en plus 
important de développer et d'appliquer de nouvelles mesures qui pourraient être 
nécessaires de temps en temps pour contrôler la valeur or de notre dollar chez 
nous. 

« Notre dollar est actuellement beaucoup plus influencé par les événements du 
commerce international, par la politique intérieure des autres nations et les 
troubles politiques des autres continents. En conséquence, les Etats-Unis doivent 
prendre fermement en mains propres le contrôle de la valeur or de notre dollar. 
C'est nécessaire afin d'empêcher que les perturbations du dollar ne nous 
entraînent loin de notre but final, à savoir le rétablissement continu des prix de 
nos matières premières. 

« Comme mesure supplémentaire à cette fin, je vais établir un marché 
gouvernemental pour l'or aux Etats-Unis. En conséquence, selon l'autorité qui 
m'est conférée par la loi, j'autorise la « Reconstruction Finance Corporation » à 
acheter l'or nouvellement extrait aux Etats-Unis, à un prix qui sera déterminé à 
intervalles réguliers après consultation entre le secrétaire au Trésor et le 
président. Lorsqu'il sera nécessaire au but que nous poursuivons, nous 
achèterons également ou nous vendrons de l'or sur le marché mondial. Mon but, 
en prenant cette mesure, est d'établir et de maintenir un contrôle continu. 

« C'est là un plan mûrement réfléchi et non un simple expédient. 

« Ce n'est pas seulement pour contrebalancer la chute des prix. Nous 
continuons à nous acheminer vers une monnaie dirigée. 

« Vous vous rappelez les prédictions sinistres que faisaient au printemps 
dernier ceux qui n'approuvaient pas notre politique de la hausse des prix par des 
moyens directs. Les événements ont contredit formellement ces prédictions. Le 
crédit du gouvernement est excellent, les prix ont monté partiellement. Sans 
doute des prophètes de mauvais augure existent encore parmi nous, mais le 
crédit du gouvernement sera maintenu, et une monnaie saine accompagnera la 
hausse du niveau des prix des matières premières américaines. 

« Je vous ai fait ce soir l'histoire de la tâche posant les bases de la 
restauration nationale. Dans les promesses que je vous ai faites après et avant le 
4 mars, je vous ai dit clairement deux choses: En premier lieu, je ne m'engage à 



aucun miracle; en outre, je ferai de mon mieux. » 

« Je vous remercie de votre patience et de votre confiance. Nos inquiétudes ne 
seront pas terminées demain, mais nous sommes sur la bonne vole. » 


En dépit de tous les efforts, la reprise du travail jusqu'à ce moment n'avait pas 
avancé à un rythme aussi rapide que nous l'avions espéré. L'hiver approchait, et 
des millions de personnes allaient encore se trouver sur nos listes de secours. Par 
le transfert de quatre cent millions de dollars pris sur les fonds de 
l'Administration des travaux publics, nous constituâmes l'Administration des 
travaux civils sous la direction de M. Hopkins. La déclaration suivante en date 
du 8 novembre, montre l'intention et la nécessité de cette décision, qui facilita 
considérablement aux Etats-Unis le passage heureux du difficile hiver de 1933- 
1934. 


« Quatre millions d'hommes actuellement sans emploi seront mis au travail 
conformément au plan que le Président promulguera aujourd'hui. 

« Deux millions d'entre eux qui vivront par eux-mêmes en travaillant à la 
réalisation des projets fédéraux, locaux et d'Etat à partir du 16 novembre seront 
rayés des listes de secours. Deux autres millions seront remis au travail dès que 
cela sera possible. 

« L'Administration des travaux civils nouvellement établie veillera à 
l'exécution de ce plan. Le Président a nommé aujourd'hui M. Harry Hopkins, 
administrateur. 

« L'Administration des travaux civils sera financée conjointement par des 
fonds de l'administration des travaux publics et du comité fédéral de secours, 
mais les Etats, les villes, les cantons et les bourgs seront priés d'avancer les 
fonds. Ce sera là leur participation au programme des travaux civils. 

« Le secrétaire Harold L. Ickes, administrateur des travaux publics, a pris ses 
mesures pour mettre une somme de quatre cent millions de dollars à la 
disposition de l'administration des travaux civils. 



« Les deux millions d'hommes comprennent ceux qui, actuellement, profitent 
des secours au travail alloués par les administrations locales de secours qui 
dépendent des administrations de secours d'Etat et du gouvernement fédéral. On 
leur donnera immédiatement un salaire régulier conforme au tarif horaire que 
l'on applique habituellement à un travail analogue dans l'agglomération. Le 
programme envisage une semaine de trente heures de travail 

« Les services d'aide au travail, qui relèvent des administrations actuelles 
d'aide au chômage du gouvernement fédéral ou des Etats, seront modifiés afin 
qu'ils puissent s'occuper de la reprise du travail. Ils prendront le nom de « Civil 
Work Division ». 

« La création du nouveau service constitue un changement fondamental dans 
la partie du programme fédéral qui envisage la crise sous l'aspect du chômage. 
Elle fera disparaître des listes de secours une grande partie de ceux qui tirent 
leur subsistance de l'assistance publique. Elle leur donnera de la sorte un travail 
régulier. L'objet de ce nouveau service est de rayer des listes de secours toutes 
les personnes à qui l'on peut donner un emploi. Celles que l'administration des 
travaux civils embauchera, bénéficieront d'une augmentation immédiate de leur 
revenu qui dépassera les allocations de chômage qu'elles touchaient 
précédemment. 

« Les projets ne prévoient pas seulement pour les ouvriers le type de travail 
que l'administration d'aide au travail leur fournit actuellement, mais encore 
toute une série d'emplois qui confinent au département du ministère des Travaux 
publics, mais qui ne sont pas de son ressort. L'élargissement de ce domaine 
permettra aux « Civil Works Divisions » locales d'entreprendre beaucoup plus de 
constructions et d'employer de plus grandes quantités de matériaux de 
construction. On a limité, pour ainsi dire, l'aide au travail aux entreprises qui 
nécessitent un minimum de matériaux. On n'a pu prendre sur le fonds de crise, 
que les sommes nécessaires pour donner des allocations sous forme de salaires 
aux ouvriers qui reprennent le travail. 

« Près de trois millions de familles reçoivent maintenant dans tout le pays des 
secours des administrations d'assistance publique qui sont financées en tout ou 
en partie par les fonds de secours du gouvernement fédéral. 


« Près de deux millions d'adultes membres de ces familles reçoivent des 



secours sous la forme de salaires qu'ils touchent pour un travail de temps réduit, 
consacré à des projets créés à leur intention. La somme totale que gagnent les 
membres de n'importe quelle famille, ne dépasse pas vingt dollars par mois dans 
la plupart des localités. 

« Ce seul trait de plume permettra aux deux tiers au moins des familles de ce 
pays qui reçoivent actuellement des secours, de vivre dorénavant par elles- 
mêmes. » 

Le cinq décembre fut une journée historique: ce jour-là fut proclamée la 
disparition du dix-huitième amendement à la constitution. 

Le 6 décembre, je pris la parole à Washington devant le conseil fédéral des 
églises du Christ d'Amérique. J'y proclamai la nécessité de l'union du 
gouvernement et de la religion. « L'Eglise et l'Etat », disais-je « doivent 
collaborer à l'établissement d'une prospérité basée sur des valeurs sociales et 
spirituelles. Le Gouvernement demande aux églises de prêcher l'idéal d'une 
justice sociale; de son côté le Gouvernement garantit aux églises, à toutes les 
églises le droit d'adorer Dieu à leur manière ». 


Juste avant la Noël, nous lançâmes une proclamation pour l'application de 
l'accord mondial sur l'argent signé à la conférence économique de Londres. Non 
seulement le ministère des finances des Etats-Unis offrait d'acheter les quantités 
qui lui étaient assignées en vertu de cet accord mais en même temps il offrait un 
prix net de 64 1/2 cents par once d'argent extrait dans ce pays, restaurant 
sensiblement de la sorte une industrie très répandue. 

L'année 1933 se terminait sur les fêtes de la Noël et du Nouvel An au cours 
desquelles le pays tout entier s'acheminait vers un bonheur tel qu'il n'en avait 
plus connu depuis des années. Il y avait quelque chose de plus important que 
l'accroissement de la prospérité, que les achats à l'occasion des fêtes de la Noël, 
que la reprise du travail dans presque toutes les agglomérations et ce quelque 
chose, c'était le moral qui animait le pays. Nous étions définitivement partis pour 
revenir aux beaux jours. 



CHAPITRE XI 


La nouvelle année s'ouvrit sur l'arrivée des membres du Congrès. Ce fut un 
plaisir de saluer le vice-président, le speaker et maints autres amis de retour dans 
la capitale. Le 3 janvier, en présence du Congrès réuni en session, j'ai donné 
personnellement lecture du message suivant: 


« Je viens devant vous à l'ouverture de la session ordinaire du 73° Congrès, 
non pas pour vous demander le vote de lois spéciales ou particulières, mais pour 
prendre contact avec vous qui, comme moi avez été choisi pour exécuter un 
mandat du peuple, afin de poursuivre ensemble sans esprit de parti, l'oeuvre de 
restauration du bien-être national et, ce qui n'est pas moins important, de 
construction sur les ruines du passé, d'une nouvelle structure adaptée aux 
données de la civilisation moderne. 

« La civilisation ne peut pas rétrograder; elle ne peut pas non plus rester 
immobile. C'est pourquoi nous avons adopté des méthodes nouvelles, qu'il est de 
notre devoir d'améliorer, de perfectionner et de modifier si cela s'avère 
nécessaire, l'essentiel étant d’avancer. Consolider ce que nous faisons, adapter 
notre structure économique et sociale aux exigences de la vie moderne, c'est là 
la tâche commune des pouvoirs législatifs, judiciaires et exécutifs du 
gouvernement national. 

« Sans distinction de partis, l'immense majorité de notre peuple recherche 
pour l'humanité de nouvelles voies vers la prospérité et le bonheur. Elle 
reconnaît que le bien-être de l'humanité ne peut pas être accru par le simple 
matérialisme et le luxe pur mais qu'il doit progresser grâce à l'honnêteté, à 
l'altruisme, au sens des responsabilités et à la justice. 

«Au cours de ces derniers mois, en conformité avec les mesures prises, nous 
avons demandé à de nombreux citoyens de renoncer à certains droits qu'ils 
avaient dans le domaine économique et nous leur avons offert en échange la 
protection de l'Etat contre les agissements abusifs ou les associations de leurs 
concurrents. 



« Je vous félicite du courage, de la gravité et de l'esprit d'à-propos, avec 
lesquels vous avez fait face à la crise lors de la session extraordinaire du 
Congrès. J'irai jusqu'à dire que le Congrès de 1789 n'eut pas à affronter une 
tâche plus lourde que la vôtre. « Je n'essayerai pas d'exposer ni les diverse 
phases de la crise que nous avons traversée ni les différentes mesures que vous 
et moi avons adoptées au cours de la session extraordinaire pour donner le 
branle au programme de redressement et de réforme. 

« Qu'il me suffise de vous dire en termes généraux les résultats de nos 
délibérations communes. 

« Des compressions énergiques opérées dans les frais des services permanents 
par la Loi d'Economie ont fortifié le crédit de l'Etat. 

« Dans le double but de fortifier l'ensemble de la structure financière et 
d'aboutir finalement à un instrument de payement qui aura pour notre peuple un 
pouvoir d'achat et libératoire moins variable que par le passé, j'ai usé de 
l'autorité qui m'était conférée pour acheter tout l'or et l'argent produits aux 
Etats-Unis et pour faire procéder à des achats d'or sur les marchés mondiaux. 
Une enquête attentive et une étude constante ont prouvé qu'en ce qui regarde les 
mouvements des changes internationaux, certains pays se trouvent si 
handicapés, notamment par leur situation intérieure, qu'ils se sentent incapables 
en ce moment d'entamer des pourparlers sur la stabilisation, pourparlers qui se 
baseraient sur des objectifs permanents et mondiaux. 

« L'immense majorité des banques, les banques nationales comme les banques 
d'Etat, qui ont rouvert leurs guichets au printemps dernier, sont assainies et 
protégées par un système d'assurance fédérale. Grâce au Gouvernement 
national, les déposants vont rentrer en possession de près de six cent millions de 
dollars de dépôts gelés qu'ils ont effectués dans les banques qui n'avaient pas 
reçu la permission de rouvrir. 

« Nous nous sommes acheminés à grande enjambées vers le but que s'assigne 
la « National Industrial Recovery Act », car non seulement notre programme a 
ramené plusieurs millions d'hommes au travail, mais de plus l'industrie 
s'organise et comprend mieux que jamais qu'elle peut réaliser des profits 
raisonnables tout en garantissant aux ouvriers des salaires et des conditions de 
travail équitables. Le travail des enfants est supprimé. L'uniformisation des 



heures de travail et des salaires règne maintenant dans les quatre-vingt-quinze 
pour cent des emplois industriels qui relèvent de la « National Industrial 
Recovery Act ». Le Gouvernement s'efforce d'empêcher l'industrie de former des 
monopoles et de restreindre le commerce, mais en même temps il veut mettre fin 
aux rivalités ruineuses entre les groupes industriels, rivalités qui, maintes fois 
ressemblent aux batailles que se livrent les gangsters, rivalités dont, chaque fois, 
le public finit être la victime. 

« En vertu de l'autorité de ce Congrès, nous avons réuni les parties 
essentielles de chaque industrie autour d'une table commune, de la même 
manière que nous avons trouvé un terrain d'entente au sujet des problèmes qui 
concernent le travail. Quoique les rouages, conçus en hâte, puissent appeler des 
amendements de temps en temps, néanmoins je pense que vous admettrez avec 
moi que nous avons créé un élément durable de notre édifice industriel 
modernisé et qu'il se maintiendra sous la surveillance, mais non sous la 
dictature arbitraire du gouvernement. 

« Vous reconnaissiez au printemps dernier que la partie la plus importante du 
fardeau des dettes pesait sur ceux qui couraient le risque de perdre leurs fermes 
et leurs immeubles. Il me plaît de vous dire que, pour les uns et les autres, le 
refinancement est en bonne voie et que, selon toute probabilité, il ne dépassera 
pas les limites prévues par le Congrès. 

« Mais l'agriculture ne souffre pas seulement du poids de ces dettes. Les 
résultats qu'a produits la loi d'ajustement agricole m'incitent à croire que 
l'expérience que nous avons tentée pour établir la balance entre la production et 
la consommation s'est chiffrée par un succès et permet d'espérer 
raisonnablement une restauration des prix agricoles à parité avec les autres 
prix. Je persiste à croire que la prospérité industrielle et la prospérité, tout 
court, sont fonction du pouvoir d'achat des populations agricoles. C'est pourquoi 
il faut rétablir l'harmonie entre les diverses parties du pays et les divers formes 
de travail. 

« Dans ce but, au moyen de mesures mûrement réfléchies, concernant les 
inondations, les problèmes de la force et de la lumière, ainsi que l'exploitation 
du sol dans la vallée du Tennessee et dans d'autres bassins importants, nous 
nous efforçons d'éliminer de la culture les terres pauvres et d'encourager les 
petites industries locales. Nous reconnaissons que l'application de ce grand 
programme à toutes les parties du pays occasionnera finalement de grands frais. 



Aujourd'hui, par suite de la situation pressante du chômage, nous assumons de 
lourdes obligations en tâchant d'amener la reprise du travail. J'envisage 
toutefois l'époque qui n'est pas lointaine où les crédits annuels, couverts par les 
revenus courants permettront au travail de suivre un plan national. Un tel plan, 
dans une génération ou deux, rendra largement les capitaux investis pour son 
application; et ce qui importe davantage encore, il supprimera l'emploi des 
outils inutiles, conservera et accroîtra les ressources naturelles, empêchera les 
gaspillages et permettra à des millions de nos concitoyens de tirer un meilleur 
parti des avantages que Dieu a donnés à notre pays. 

« Je ne puis malheureusement pas vous tracer un tableau complètement 
optimiste des affaires mondiales. 

« La délégation qui représentait les Etats-Unis a travaillé en collaboration 
étroite avec les représentants des autres républiques américaines réunis à 
Montevideo, de manière à assurer le triomphe de cette conférence. Nous avons, 
je crois, fait comprendre à nos voisins que nous renonçons avec eux, 
définitivement, à toute expansion territoriale, ou à toute intervention dans les 
affaires intérieures des autres pays. En outre, nous nous efforçons tous de 
restaurer le commerce mondial en évitant méthodiquement qu'une nation 
cherche des avantages commerciaux aux dépens des autres. 

« Toutefois, dans d'autres parties du monde, les craintes d'agressions 
immédiates ou futures, les énormes dépenses d'armements et le renforcement 
constant des barrières commerciales empêchent tous progrès sensibles de paix 
ainsi que la conclusion d'accords commerciaux. J'ai précisé que les Etats-Unis 
ne peuvent pas participer aux arrangements politiques de l'Europe, mais que 
nous sommes prêts à nous associer, à tout moment, à des mesures pratiques, sur 
une base mondiale en vue de la réduction immédiate des armements et de la 
levée des barrières douanières. J'espère pouvoir vous renseigner prochainement 
au sujet des sommes dues au gouvernement et à la population de ce pays par le 
gouvernement et la population des autres nations. Plusieurs nations 
reconnaissant leurs dettes ont fait de petits payements partiels; d'autres n'ont 
pas payé. Une seule, la Finlande, a réglé complètement ses échéances. 

« Abordons à nouveau les problèmes intérieurs. Nous avons été indignés des 
nombreux cas où, visiblement, des dommages ont été causés à nos concitoyens 
par des individus ou des groupes qui ont vécu aux dépens de leurs voisins en 
usant de méthodes immorales ou criminelles. 



« Nous pouvons ranger dans la première catégorie — catégorie qui ne 
comprend pas de violations de la lettre de nos lois — les agissements percés à 
jour de ceux qui ont indigné les gens persuadés que la génération précédente 
pratiquait la moralité en affaires. Ces agissements appellent d'énergiques 
mesures préventives ou une réglementation. Je parle de ces individus qui ont 
tourné l'esprit et le but de nos lois fiscales, ces dirigeants de banques ou de 
sociétés qui se sont enrichis aux dépens de leurs actionnaires ou du public, de 
ces spéculateurs effrénés dont les opérations exécutées soit avec leur argent soit 
avec l'argent des autres, ont détruit la valeur des récoltes et anéanti les 
économies des pauvres gens. 

« Dans l'autre catégorie, les crimes de bandes organisées, les meurtres à 
froid, les lynchages et les méfaits des ravisseurs d'enfants ont menacé notre 
sécurité. 

« Cette violation de la morale et des lois exige l'intervention énergique du 
gouvernement qui doit les supprimer immédiatement ; elle doit soulever 
également l'opinion publique. 

« L'adoption du vingt et unième amendement portera un coup à cette forme 
nouvelle de la criminalité qui a son origine dans le trafic illégal des liqueurs. 

« Je continuerai à considérer qu'il est de mon devoir de faire tout le 
nécessaire pour aider les services des Etats, des localités ainsi que les services 
privés à remédier aux maux engendrés par le chômage. A cet égard, j'ai reconnu 
les risques qu'entraînent les secours directs et j'ai cherché s'il n'y avait pas 
moyen, non pas de procurer seulement des aumônes aux malheureux mais 
encore un travail utile et rémunérateur. Nous tâcherons, au cours de notre 
programme de redressement, de passer aussi rapidement que possible du stade 
du secours direct aux travaux financés par l'Etat et de là à une reprise rapide de 
l'embauche privée. 

« C'est là un programme complet d'intérêt national. Il doit, dans son 
ensemble, éviter la ruine présente et future des valeurs essentielles que nous 
devons à la société moderne. Les parties vicieuses et ruineuses de cette société, 
nous ne pourrions les sauver, même si nous le voulions; elles ont suivi de leur 
plein gré le chemin qui mène à leur destruction. Nous voudrions sauver les 
inventions mécaniques utiles, les moyens modernes de communication, une 



instruction largement répandue. Nous voudrions sauver et encourager le 
mouvement qui progresse lentement parmi les consommateurs désireux d'entrer 
sur le marché industriel pourvus d'une organisation qui leur permettra d'exiger 
des prix équitables. 

« Mais l'expansion inutile des exploitations industrielles, le gaspillage des 
ressources naturelles, les abus auxquels sont en butte les consommateurs des 
monopoles naturels, l'accumulation des excédents immobilisés, le travail des 
enfants, l'exploitation impitoyable de tous les travailleurs, l'encouragement à la 
spéculation opérée avec l'argent d'autrui, toutes ces pratiques ont péri dans le 
feu qu'elles avaient allumé elles-mêmes. Nous devons avoir la certitude que 
lorsque nous bâtirons notre vie sur de nouvelles bases, le terrain ne laissera pas 
pousser ces mauvaises herbes. 

« Nous avons creusé le sillon et semé la bonne graine; l'ère des débuts 
malaisés est révolue. Si nous voulons récolter une moisson abondante, nous 
devons cultiver le sol où pousse cette bonne graine et où les plantes arrivent à 
maturité. 

« Un mot personnel avant de terminer. Je sais que vous ne croirez pas à une 
simple politesse de ma part si je vous déclare combien j'apprécie la cordialité de 
nos rapports durant ces mois de dur et incessant labeur. Outre ces contacts 
personnels, nous établissons heureusement un lien puissant et permanent entre 
les pouvoirs exécutifs et législatifs. La lettre de notre Constitution établit 
sagement une séparation entre ces deux pouvoirs, mais les tâches actuelles 
exigent l'union. C'est dans cet esprit que nous nous rassemblons une fois de plus 
pour le service du peuple américain. » 


Le lendemain, j'adressai au Congrès le message sur le budget annuel. Il 
fourmille, évidemment, de chiffres, et en outre un volume copieux l'accompagne 
qui expose dans le détail tous les projets de lois en vue des crédits 
gouvernementaux au cours de l'année fiscale qui débute le premier juillet 1934 et 
se termine le 30 juin 1935. Bien qu'on ait publié tous les rapports concernant les 
budgets précédents, le public et la majeure partie du Congrès, je pense, n'avaient 
pas une notion exacte des sommes énormes que le Gouvernement devrait 
dépenser cette année et l'année prochaine; ils ne se rendaient pas compte de la 
somme considérable que le Trésor aurait à emprunter. Néanmoins, le budget était 



si clairement établi que nous pouvions envisager le moment — il y faudra deux 
ans — où l'on serait en mesure d'espérer que le Gouvernement reposerait sur une 
base financière définitivement équilibrée et où la dette nationale commencerait à 
diminuer. 

Le 10 janvier, je demandai au Sénat de ratifier le traité commercial de Saint- 
Laurent avec le Canada. 

Le 15 janvier j'adressai au Congrès un message d'une importance capitale, 
dans lequel je lui demandai de prendre des mesures définitives. Il s'agissait de 
placer tout l'or monnayé que possédait le Gouvernement pour garantir sa devise, 
et en même temps de déterminer d'une manière plus précise la valeur or du dollar 
américain. Ce message est d'une telle importance qu'en dépit de sa longueur je le 
transcris en entier: 


« En conformité avec les progrès que nous réalisons dans le réajustement plus 
équitable des prix et en conformité avec notre désir d'aboutir finalement à un 
pouvoir d'achat plus stable du dollar, je demande au Congrès de nouvelles 
mesures législatives pour améliorer notre système financier et monétaire. Si nous 
établissons clairement que le Gouvernement Fédéral a la possession et la 
propriété des réserves métalliques permanentes, nous pouvons organiser un 
système monétaire qui sera à la fois stable et adéquat. L'émission et le contrôle 
du moyen d'échange que nous appelons « monnaie » sont une haute prérogative 
des gouvernements. Il en est ainsi depuis des siècles. C'est parce qu'ils étaient 
rares, parce qu'on pouvait facilement les diviser et les transporter que l'or et 
l'argent ont été utilisés soit comme monnaie, soit comme couverture des 
symboles monétaires, n'ayant par eux-mêmes qu'une valeur nominale. 

« En théorie, évidemment, un gouvernement pourrait émettre de simples 
symboles monétaires —symboles qu'on accepterait à leur valeur nominale s'il 
était certain que leur total ne dépasserait jamais la somme globale d'argent 
liquide dont la communauté a couramment besoin. Comme l'on ne pouvait pas 
toujours donner cette assurance ou la donner d'une façon suffisante, les 
gouvernements ont estimé que les réserves ou les bases d'or et d'argent qui 
viendraient s'ajouter au papier-monnaie ou aux signes monétaires donneraient 
de la stabilité aux systèmes monétaires. 



« II existe encore une grande confusion de pensée qui empêche un accord 
mondial pour une politique monétaire uniforme. Beaucoup veulent que l'or soit 
la seule base de la monnaie, d'autres voudraient que ce soit l'argent, d'autres 
encore proposent que l'or et l'argent soient, ou bien des bases séparées, ou bien 
des bases réunies par une proportion fixée, ou bien enfin une base commune de 
la monnaie. 

« Nous espérons qu'en dépit de la confusion mondiale actuelle les événements 
nous conduiront à un accord universel sous une forme quelconque dans un 
avenir plus ou moins proche. Le récent accord de Londres sur l'argent a été un 
pas, mais un pas seulement, dans cette direction. 

« A l'heure présente, il est possible de faire un nouveau pas en avant, dont 
nous espérons qu'il contribuera ultérieurement à une solution mondiale, 

« Certaines leçons semblent claires. Par exemple, la libre circulation de l'or 
monnayé est inutile; elle aboutit à la thésaurisation, et à un affaiblissement 
éventuel des structures financières dans les périodes troubles. Le transfert de l'or 
d'individu à individu ou de gouvernement à gouvernement, non seulement est 
inutile mais encore n'est nullement à désirer. Le transfert d'or en masse est 
nécessaire uniquement pour le règlement des balances commerciales 
internationales. 

« Dans ces conditions, c'est une mesure sage que d'investir le Gouvernement 
d'une nation de la propriété et de l'usage de tout l'or monnayé existant dans le 
pays et de conserver cet or, non sous forme de monnaie, mais en lingots. 

« Etant donné qu'au Gouvernement incombe la protection de cette base 
monétaire, nous avons déjà fait rentrer l'or qui était en possession des 
particuliers ou des sociétés. Néanmoins, il reste une grande quantité d'or en 
lingots et en monnaie qui est toujours sous le contrôle ou en la possession des 
banques du système de Réserve fédérale. 

« Bien que la loi autorise le Gouvernement à prendre par décret possession de 
cet or, c'est là une mesure d'une telle importance que je préfère demander au 
Congrès une législation spéciale, donnant au Gouvernement des Etats-Unis un 
titre de propriété sur tous les stocks d'or qui sont propriété américaine, cet or 
devant être payé par le Gouvernement en certificats or. Ces certificats seront, 
comme maintenant garantis en tout temps dollar pour dollar, par l'or possédé 



par la Trésorerie, le poids et le titre de l'or par dollar devant être fixés de temps 
en temps. 


« Une telle législation attribue au Gouvernement un droit de propriété sur nos 
réserves d'or; elle établit également clairement la propriété du Gouvernement 
sur toute augmentation de la valeur des stocks d'or qui pourrait résulter de toute 
nouvelle dévaluation du dollar commandée par l'intérêt public. Elle imposerait 
aussi, évidemment, en contrepartie, au Gouvernement la charge qui résulterait 
d'une augmentation, que pourrait aussi commander l'intérêt public, de la teneur 
en or du dollar. 

« Tout l'or détenu aux Etats-Unis devenant la propriété du Gouvernement, le 
stock d'or tout entier servira de réserve métallique permanente et fixe; son 
volume variera seulement dans la mesure qu'exigera le règlement des balances 
internationales ou dans la mesure qui serait exigée par un accord éventuel à 
intervenir entre les nations, pour une redistribution des réserves mondiales de 
l'or monétaire. 

«Avant la mise en vigueur de cette politique permanente, attribuant la 
propriété de tout l'or monétaire au Gouvernement pour servir de base à sa 
monnaie, le moment est arrivé de déterminer plus certainement la valeur or du 
dollar américain. En raison des incertitudes mondiales actuelles, je ne crois pas 
souhaitable dans l'intérêt public qu'une valeur exacte du dollar soit fixée 
maintenant. La législation actuelle autorise le président à limiter à 50 % la 
dévaluation du dollar. Des études attentives me font penser qu'une réévaluation 
à plus de 60 % de la valeur légale actuelle ne serait pas conforme à l'intérêt 
public. Je demande en conséquence au Congrès de fixer la limite supérieure de 
réévaluation à 60%. 

«Afin d'assurer dans l'intérêt du public une plus grande stabilité aux marchés 
des changes, je demande de conférer en outre au Secrétaire au Trésor le droit 
d'acheter et de vendre l'or aux Etats-Unis et à l'étranger et celui d'intervenir sur 
les marchés des changes. Je demande, dans les limites de ce droit, de créer, 
indépendamment des bénéfices que peut rapporter toute dévaluation, un fonds 
de deux milliards de dollars pour les achats et les ventes d'or, de devises 
étrangères et de fonds d'Etat américains, destinés à réglementer la monnaie 
selon que le maintien du crédit de Gouvernement et le bien-être général des 
Etats-Unis l'exigeront. 



« Certains amendements à la législation actuelle au sujet de l'achat et de la 
vente de l'or et d'autres questions monétaires, contribueraient à la solution des 
problèmes qui se posent constamment dans ce domaine. Le Secrétaire au Trésor 
s'apprête à soumettre aux comités qualifiés du Congrès un rapport sur les 
changements à apporter. 

« Les recommandations précédentes ont trait principalement à l'or. Le métal 
précieux qui vient en second rang d'importance, l'argent, de temps immémorial, 
a également servi de base métallique aux monnaies aussi et cela n'a pas changé. 
Il a servi probablement à la moitié de la population du monde. Il constitue une 
part très considérable de notre propre structure monétaire. C'est un facteur 
d'une telle importance pour une grande partie du commerce international qu'on 
ne peut la négliger. 

« Le 21 décembre 1933 je lançai une proclamation prévoyant la frappe de 
notre argent nouvellement extrait et l'accroissement de nos réserves de lingots 
d'argent. Nous étions ainsi parmi les premières nations à mettre en vigueur 
l'accord intervenu à la Conférence de Londres entre soixante-six gouvernements. 
Cet accord est un premier pas ferme dans la bonne direction et pour notre part, 
nous sommes résolus à y conformer notre conduite. 

« Les soixante-six nations ont, toutes, consenti à arrêter la fonte ou la 
dépréciation de leurs monnaies d'argent et à remplacer les petites coupures de 
papier-monnaie par des pièces d'argent. Elles ont consenti également à ne 
prendre aucune mesure législative qui entraînerait la dépréciation de l'argent 
sur les marchés mondiaux. Ces nations productrices de grandes quantités 
d'argent ont consenti à diminuer d'une manière déterminée leur production 
intérieure, et les nations qui détiennent et emploient de grandes quantités 
d'argent se sont accordées pour réduire le montant de l'argent qu'elles 
écouleraient durant les quatre années prévues par l'accord de Londres. 

« Si les gouvernements intéressés exécutent toutes ces mesures, il y aura un 
accroissement marqué de l'emploi et de la valeur de l'argent. 

« Les gouvernements peuvent, comme jadis, utiliser l'argent pour servir de 
base à leur monnaie, et je désire un plus grand usage monétaire de l'argent. 
Néanmoins je préfère ne faire aucune recommandation au Congrès à ce sujet 
parce que j'estime que nous devons mieux connaître les conséquences de 
l'accord de Londres et des autres mesures monétaires prises par le 



gouvernement. 


« Permettez-moi d'insister sur deux principes. Notre monnaie nationale doit 
être maintenue comme une monnaie saine qui, dans les limites du possible, aura 
un pouvoir d'achat constant et juste et sera adaptée aux besoins quotidiens et à 
l'établissement du crédit. 

« En second lieu, le gouvernement doit avoir le droit d'émettre la monnaie et 
d'être le seul gardien et propriétaire de la couverture métallique de la monnaie. 
Ce droit implique la prérogative pour le gouvernement de déterminer de temps à 
autre l'étendue et la nature de la réserve métallique. J'ai confiance que la nation 
comprendra le dessein final du gouvernement, qui est de maintenir son crédit et, 
en même temps, d'acquérir le moyen de faire des payements sains, ce qui 
répondra aux besoins de notre peuple. » 


Le 19 janvier par décret j'amendai de nouveau, sur nombre de détails, les 
règlements relatifs aux anciens combattants et cela nous conduisit à une dépense 
supplémentaire de vingt et un millions de dollars. Ce décret concernait deux cent 
vingt-huit mille anciens combattants. 

Peu avant la nouvelle année, j'avais créé l'Administration fédérale de contrôle 
de l'alcool et j'avais mis à sa tête M. Joseph H. Choate Jr. Cette organisation était 
en vigueur pour la période comprise entre le rejet du dix-huitième amendement 
et l'application d'une nouvelle législation permanente. 

Le 13 janvier, je signai la nouvelle loi sur l'or; le lendemain, une proclamation 
mettait le nouveau système en vigueur. 

Le 8 février, j'envoyai au Congrès le message suivant sur le problème du 
sucre. Il est suffisamment éloquent par lui-même: 


« L'accroissement constant de la production du sucre aux Etats-Unis et dans 
leurs possessions insulaires a créé un niveau de prix et une situation des 
marchés qui portent préjudice à tous les intéressés. Les fermiers dans beaucoup 
d'exploitations sont menacés de bas prix pour leurs betteraves et leur canne à 



sucre; d'autre part les Cubains ont diminué leurs achats de nos produits dans la 
mesure où se ralentissaient leurs exportations de sucre dans notre pays. 

« Certains pensent que le sucre devrait être classé parmi les produits qui 
entrent en franchise aux Etats-Unis, car le consommateur américain paye cette 
denrée trop cher. 

« La valeur brute des récoltes sucrières pour les cultivateurs américains de 
betteraves et de canne à sucre s'élève annuellement à environ soixante millions 
de dollars. Les partisans de l'entrée en franchise du sucre disent que l'impôt de 
deux « cents » par livre, levé principalement pour protéger ces récoltes d'une 
valeur de soixante millions de dollars, coûte annuellement au consommateur 
américain plus de deux cent millions de dollars. 

« Aujourd'hui, je ne crois pas qu'il faille accorder l'entrée en franchise du 
sucre. J'estime que nous devons essayer le système des contingentements dans le 
triple but de réduire les prix payés par les consommateurs, de maintenir la 
production continentale de la betterave et de la canne à sucre et de prévenir une 
extension ultérieure de cette industrie nécessairement coûteuse. 

« Les consommateurs n'ont pas bénéficié du désarroi de la production 
sucrière aux Etats-Unis et dans les possessions insulaires. Le tarif d'importation 
et les frais de distribution qui, réunis, influent en majeure partie le prix de 
consommation du sucre, sont restés sensiblement les mêmes durant les trois 
années qui viennent de s'écouler. 

« Cette situation exige indubitablement des remèdes. Je crois que nous 
pouvons augmenter le revenu de nos fermiers, aider au relèvement économique 
du Cuba, et accorder des contingentements convenables aux Philippines, aux 
îles Hawaï, à Porto-Rico, et aux îles Vierges, tout en empêchant une hausse du 
prix de la consommation. 

« Problème difficile qui peut se résoudre si on l'aborde de front et si l'on 
sacrifie de faibles gains temporaires à l'avantage qui finira par en résulter pour 
la communauté. 

« On peut atteindre très facilement cet objectif si l'on amende la législation 
actuelle. Il faut amender le texte de la loi de réajustement agricole afin de 
comprendre la betterave à sucre et la canne parmi les produits agricoles de 



première nécessité. Il sera alors possible de lever sur le sucre une taxe de 
première transformation. Les fonds ainsi recueillis serviront à dédommager les 
fermiers pour la réduction de leurs cultures à la limite prévue par les 
contingentements. Une taxe de moins d'un demi-cent par livre serait suffisante. 

« Cette taxe ne doit pas peser sur les consommateurs. Il rentre déjà dans les 
attributions du pouvoir exécutif de réduire les tarifs sucriers d'une somme égale 
à l'impôt. En vue d'assurer le consommateur américain qu'il n'aura pas à 
supporter une hausse des prix due à cet impôt, le Congrès veillera à ce que le 
taux de la taxe de première transformation ne dépasse en aucun cas la somme 
dont on aura réduit les droits actuels d'entrée. 

« Un autre amendement à la loi de rajustement agricole devra permettre au 
Secrétaire à l'Agriculture d'accorder des licences aux raffineurs, importateurs et 
traiteurs pour vendre et acheter le sucre provenant des différentes exploitations 
mais seulement dans la proportion où les marchés récents de ces exploitations 
figurent au regard de la consommation totale des Etats-Unis. La moyenne de ces 
marchés au cours de ces trois années repose dans l'ensemble sur une base 
équitable; néanmoins le système de base devrait être suffisamment souple pour 
qu'il permette de légers ajustements entre certaines exploitations. 

« L'emploi de pareille base permettrait approximativement les premiers 
contingentements suivants à titre temporaire: 

Tonnes 

Betteraves continentales 1.450.000 
Louisiane et Floride 260.000 
Hawaï 935.000 

Porto Rico 821.000 

Iles Philippines 1.037.000 

Cuba. 1.944.000 


Iles Vierges 


5.000 



«L'application de ces contingentements permettrait d'écouler tous les stocks 
des marchés et fixerait pour les besoins du marché des Etats-Unis une base à la 
réduction de la production. 

« En outre, au cours des négociations qui vont être entreprises prochainement 
pour la conclusion d'un traité cubano-américain destiné à remplacer l'accord 
commercial actuel, nous considérons avec faveur l'accroissement dans les 
limites compatibles avec les intérêts des deux pays, des privilèges dont bénéficie 
le sucre cubain. 

« En plus des mesures qu'entraîneront les changements législatifs prévus par 
ce traité, le Secrétaire de l'Agriculture a déjà le droit de signer des codes et des 
accords commerciaux avec des manufacturiers qui réaliseraient des économies 
dans les frais de fabrication et d'écoulement des produits fabriqués. Si l'on 
conclut des accords ou des codes, ils devront assurer aux producteurs et aux 
consommateurs une part des économies qui pourraient en résulter. » 


Le 9 février, je prononçai devant le Congrès un discours sur le règlement de la 
Bourse et des échanges de marchandises. Ce discours était conforme au 
programme du parti démocrate de 1932. 


« Dans le message que je vous adressai au mois de mars, et dans lequel je 
vous proposai de prendre des mesures législatives pour créer le contrôle fédéral 
du trafic national des valeurs de placement, je déclarai: 

« Ce n'est là qu'une première mesure dans notre plan général de protection 
des épargnants et des déposants. Elle sera suivie d'une législation qui contrôlera 
d'une manière plus rationnelle l'achat et la vente de toutes les valeurs 
boursières. » 

« Ce Congrès a rendu de grands services en réglementant le mode de 
placement des établissements financiers et en protégeant l'épargnant dans ses 
achats de valeurs. 



« Il demeure cependant qu'en dehors du domaine du placement légitime, la 
spéculation pure a séduit par sa trop grande facilité aussi bien les gens qui 
pourraient se permettre de jouer que les autres. 

« Pareille spéculation a gagné le public depuis l'individu qui risquait sa paye 
ou ses maigres épargnes dans des opérations à terme sur des titres dont il 
ignorait complètement la vraie valeur, jusqu'à ces syndicats d'individus ou de 
sociétés pourvus de ressources abondantes — qui, souvent ne leur appartenaient 
pas — qui s'efforçaient par leurs manoeuvres d'élever ou d'abaisser les cours de 
la Bourse dans des proportions excessives, manoeuvres qui se traduisaient par 
des pertes pour l'épargnant moyen à qui, nécessairement, une information 
personnelle exacte fait défaut. 

« Ces opérations boursières sont évidemment d'intérêt national puisque ceux 
qui en dépendent vivent dans toutes les parties du pays. Ceux qui dirigent ces 
transactions ont, à la vérité, pris souvent des mesures pour remédier à certains 
abus patents. Nous devons être certains de la suppression de ces abus, et, pour 
ce faire, il faut adopter un vaste programme de réglementation nationale. 

« J'estime que les transactions de titres et de valeurs sont nécessaires et utiles 
à notre vie commerciale et agricole. Néanmoins c'est la tâche de notre 
gouvernement national d'interdire, dans la mesure du possible les transactions 
purement spéculatives. 

« En conséquence, je recommande au Congrès d'appliquer une législation qui 
autorisera le Gouvernement Fédéral à réglementer les transactions de valeurs et 
de titres, en vue de protéger les placeurs de titres et de sauvegarder ces valeurs 
de manière à supprimer, dans la limite du possible, toute spéculation inutile, 
déraisonnée et destructrice. » 


Le 9 février, à la suite des nettes révélations apportées sur les conditions 
frauduleuses et illégales qui avaient présidé à l'octroi des contrats de la poste 
aérienne, le directeur général de l'administration des Postes annula les contrats, 
et le Ministère de la Guerre fut chargé d'effectuer temporairement le service de la 
poste aérienne. 



CHAPITRE XII 


Il est très regrettable que ce livre doive s'arrêter avant la fin de l'expérience 
que nous tentons ; il ne peut aller au-delà du 4 mars 1934, mais au moment où il 
sera imprimé, on connaîtra déjà en grande partie les résultats qu'aura produits la 
demande d'une législation et de nouvelles ouvertures de crédit. 

Je n'adressai plus au Congrès que quelques recommandations avant la fin de 
ma première année de présidence. Le 17 février, un décret précisa ou modifia les 
précédents règlements relatifs aux revendications des anciens combattants. Le 22 
février, le Bureau des Mines passa du Ministère du Commerce au Ministère de 
l'Intérieur. Cette mesure, comme plusieurs autres du même genre, fut 
désapprouvée par le Congrès. 

Un message au Congrès en date du 26 février réalisait une autre proposition 
que j'avais faite un an auparavant. Tout en étant désireux de réduire le nombre 
des commissions qui ne dépendent pas directement de l'Exécutif, je cms que, 
dans une intention juridique, pour ainsi dire, il pourrait y avoir raisonnablement 
trois commissions indépendantes qui comprendraient les trois domaines 
logiquement distincts des transports, de la force et de la lumière et celui des 
communications. Ce message expose le but général que je m'assignais et 
demande la création d'une Commission des Communications. 


« Depuis longtemps j'estime que si le Gouvernement Fédéral dans ses 
rapports avec certains services dits publics, établissait trois champs d'action, à 
savoir celui des transports, celui de la force et de la lumière et celui des 
communications, il pourrait réaliser sa tâche d'une manière plus claire et plus 
efficace. La Commission du Commerce entre Etats a la charge des problèmes 
que suscitent les transports, et la Commission fédérale de la Force et de la 
Lumière s'occupe des problèmes de la force, de son développement, de sa 
transmission et de sa répartition. 

« Dans le domaine des communications, il n'y a toutefois aujourd'hui aucun 
service gouvernemental qui soit investi de pouvoirs étendus. 



« Le Congrès a chargé la Commission du Commerce entre Etats de veiller à 
certaines formes de communications; il y a en outre un service dénommé la 
Commission fédérale de la Radio. 

« Je propose au Congrès de créer un nouveau service qui prendra le nom de 
Commission fédérale des Communications. Ce service sera investi de l'autorité 
dont dispose actuellement la Commission fédérale de la Radio; en outre la 
Commission de Commerce entre Etats lui transmettra ses pouvoirs sur les 
communications. Les services affectés comprendront tous ceux qui dépendent 
des télégrammes, des cables ou de la radio, utilisés comme moyen de 
transmission. 

« J'estime que cette commission peut être mise sur pied cette année si la 
Commission de la Radio et celle du Commerce entre Etats lui délèguent ses 
pouvoirs pour le contrôle des communications. Le nouvel organisme devra, en 
outre, recevoir pleins pouvoirs pour examiner et étudier les affaires des 
compagnies actuelles et pour recommander au Congrès de nouvelles mesures 
législatives lors de la prochaine session. » 


Trois jours après, je demandai en substance, au Congrès de prendre en ce qui 
concernait les obligations de la société de prêts aux propriétaires les mêmes 
mesures que j'avais demandées précédemment à propos des obligations gagées 
sur les hypothèques agricoles. Dans les deux cas, la Session précédente n'avait 
donné la garantie gouvernementale que sur les intérêts seulement de ces 
obligations. Nous sentions tous que c'était là une situation anormale et que le 
Gouvernement était tenu moralement à veiller au remboursement du principal 
des obligations et qu'il devait, en toute honnêteté, garantir à la fois le principal et 
l'intérêt. De plus la manière dont ces obligations étaient émises nous a fait croire 
plus fermement que jamais en leur solidité et nous a donné l'assurance que, selon 
toute probabilité, d'ici longtemps, le Gouvernement n'aura pas à subir de perte. 

Le 2 mars j'envoyai au Congrès un message de grande importance. Depuis un 
an, il apparaissait clairement que non seulement le commerce extérieur des 
Etats-Unis avait sensiblement diminué mais encore que les stipulations rigides 
d'une loi douanière de 1930 empêchaient l'accroissement de notre commerce par 
des accords de réciprocité avec les autres nations. Quiconque connaît la manière 



dont le Congrès rédige et adopte une législation douanière, comprendra que dans 
une période où le monde passe par des changements rapides, il est essentiel de 
manifester une souplesse plus grande. 

La législation que je proposais n'enlevait pas au Congrès le droit 
constitutionnel d'établir des lois douanières; les décisions de la Cour Suprême 
don- nent au pouvoir exécutif le droit limité et temporaire d'opérer des 
changements bien définis dans un but bien défini. Voici le message : 


« Je demande au Congrès d'autoriser le pouvoir exécutif à conclure des 
accords commerciaux avec les autres pays et, dans ce but, à modifier, dans des 
limites soigneusement observées, les tarifs douaniers actuels et les restrictions 
aux importations d'une manière qui profite à l'agriculture et à l'industrie 
américaines. 

« Cette conduite paraît actuellement opportune et nécessaire pour plusieurs 
raisons. 

« Tout d'abord le commerce international a diminué avec une rapidité 
extraordinaire. Le volume des marchandises de l'année 1933, est en baisse 
d'environ soixante-dix pour cent sur celui de l'année 1929. Le commerce 
international, calculé en dollars, est tombé à trente-cinq pour cent de sa valeur. 
Le commerce extérieur des Etats-Unis est tombé encore plus fortement que celui 
des autres pays; en 1933, le volume de nos exportations n'a été que de 
cinquante-deux pour cent de celui de 1929 et sa valeur de trente-deux pour cent. 

« Cette situation a amené le chômage, l'immobilisation des machines et des 
navires, le désespoir des ménages agricoles et la famine des familles 
industrielles. Elle a compliqué singulièrement la tâche du Gouvernement dans 
son effort de restauration d l'économie nationale. 

« Vous savez aussi bien que moi que le monde ne reste pas immobile, que les 
relations économiques une fois rompues ne peuvent être rétablies qu'au prix des 
plus grandes difficultés et que même pendant les époques de tranquillité et de 
prospérité, les débouchés commerciaux se rétrécissent sans cesse. 


« Notre histoire est là pour nous montrer que ces débouchés, en ces temps de 



bouleversement et de tension, se rétrécissent dans une mesure bien plus 
considérable. Chaque pays doit être prêt, à tout moment, à procéder rapidement 
à un rajustement de ses tarifs douaniers, à faire face à des changements 
brusques et à éviter de soudaines fluctuations des exportations et des 
importations. Vous savez, tout comme moi, qu'il est essentiel que le pays possède 
à l'intérieur de ses frontières une diversité de production qui lui permette de 
vivre et de remplir les fonctions importantes de la défense nationale. Des intérêts 
de ce genre ne peuvent pas être sacrifiés pour des avantages passagers. Il est 
également évident que la restauration de la prospérité nationale dépend 
partiellement de la renaissance du commerce international. Il est impossible 
d'augmenter d'une manière permanente les exportations américaines sans 
accroître les importations d'une quantité correspondante. 

« D'autre part, les autres gouvernements augmentent constamment leur part 
dans le commerce international en négociant des accords de réciprocité 
commerciale. Si les intérêts agricoles et industriels des Etats-Unis doivent 
garder leur place dans ce commerce, le Gouvernement américain doit pouvoir 
mener avec les autres nations des négociations rapides et décisives, basées sur 
un programme soigneusement élaboré. Il doit également pouvoir offrir aux 
produits étrangers qui complètent notre production nationale la possibilité de 
pénétrer sur le marché américain. 

« Si le Gouvernement américain n'est pas en mesure de faire des offres 
raisonnables à des conditions raisonnables, son commerce disparaîtra. S'il ne 
peut à un moment donné modifier rapidement les conditions auxquelles il 
consent à traiter avec d'autres pays, il ne pourra pas protéger suffisamment son 
commerce contre les fluctuations et contre les affaires nuisibles à ses intérêts. En 
outre, une promesse qu'on ne peut tenir promptement, n'offre généralement pas 
de garanties bien solides dans les négociations commerciales. 

«Aussi une autorité incomplète accordée en cette matière au pouvoir exécutif 
serait-elle inopérante. Dans la plupart des autres pays commerçants, le 
gouvernement possède déjà des pouvoirs du genre de ceux que je réclame. Je 
souligne qu'il ne faut pas escompter des résultats rapides; il faudra agir avec 
prudence et méthode si l'on veut restaurer le commerce extérieur sans nuire aux 
intérêts des producteurs américains. 

« Les mesures prises par les autres nations pour donner une meilleure place 
aux produits américains, devront être soigneusement étudiées; notre action 



devra dépendre de l'attitude de chacune d'elles. Avec les pays qui ne consentent 
pas à renoncer à des programmes nationaux d'une portée purement restrictive 
ou qui refusent de faire des concessions pour le rétablissement du commerce 
international, avec de tels pays nous ne pouvons aller de l'avant. 

«L'exercice de l'autorité que je propose doit être soigneusement étudié à la 
lumière des derniers événements, de manière à donner l'assurance aux Etats- 
Unis qu'on ne lésera aucun intérêt américain solide et important. L'ajustement 
de nos relations commerciales internationales doit comporter comme prémisses 
le dessein de favoriser ces intérêts et non d'y nuire. A une époque de difficultés et 
de chômage, comme la nôtre, on doit prêter la plus grande attention à la 
position des différentes branches de la production américaine. 

« J'espère que la politique des traités de réciprocité commerciale portera en 
son temps des fruits dont bénéficieront l'agriculture et l'industrie des Etats-Unis. 

« Les branches importantes de notre agriculture, telles que le coton, le tabac, 
les produits du porc, le riz, les céréales, les fruits et les objets industriels 
fabriqués en série selon une méthode dont le monde entier s'est inspiré, 
trouveront des débouchés accrus sur le marché international. Ainsi on pourra 
éviter, partiellement tout au moins, les douloureux rajustements qui seraient 
rendus nécessaires si la diminution du commerce extérieur des Etats-Unis 
s'avérait permanente. 

« La renaissance du commerce extérieur améliorera la situation des autres 
pays et accroîtra leur pouvoir d'achat. Rappelons que celui-ci à son tour 
augmentera les débouchés américains. 

« La loi que je vous recommande aujourd'hui fait partie intégrante du 
programme de restauration de l'économie que le Congrès a élaboré l'an dernier. 
C'est une partie du programme exceptionnel, nécessité par la crise économique 
que nous traversons. Cette loi devra stipuler que les accords commerciaux 
auront une validité maximum de trois ans, car un délai moindre serait 
probablement insuffisant pour mettre en application le nouveau plan. Dans 
l'exécution de ce programme, le Gouvernement devra évidemment tenir compte 
des autres parties du plan de restauration nationale, notamment de la N. R. A. 


« J'espère que le Congrès agira rapidement. De nombreux problèmes dans le 
domaine du commerce international attendent notre décision. Nous devons agir 



aussitôt que possible. » 


Dans le dernier message de ma première année de gouvernement, message qui 
avait trait à l'indépendance des îles Philippines, je demandai d'appliquer à 
nouveau les stipulations provisoires qui devaient conduire à l'indépendance 
complète et de mettre de nouveau en vigueur les stipulations commerciales de la 
loi de 1933. Il proposait deux changements : tout d'abord que les Etats-Unis 
renoncent définitivement à leur droit de maintenir des bases militaires aux 
Philippines après l'indépendance; ensuite que pour la discussion des bases 
navales permanentes on s'en remette aux conférences futures. 

Le 3 mars marqua la clôture de notre première année à Washington. J'assistai à 
l'installation du Dr. Joseph Gray dans sa charge de recteur de l'Université 
américaine et je reçus le titre de docteur honoris causa. Je prononçai le discours 
suivant: 


« II m'est très agréable de devenir aujourd'hui membre de l'Université 
américaine. Je suis fier que cette entrée coïncide avec l'installation du nouveau 
recteur. 

« Il convient que cette Université soit située dans la capitale du pays. De la 
sorte, l'enseignement supérieur peut avoir une compréhension plus étroite des 
données gouvernementales; il convient au gouvernement d'étendre ses rapports 
avec les professeurs et les élèves d'un institut libéral. 

« II est naturel que je m'intéresse particulièrement à la nouvelle de la création 
d'une École des Affaires publiques par l'Université américaine. On a écrit 
maints articles, on a prononcé bien des discours qui s'efforcent de passer en 
revue et de juger les événements qui se sont déroulés aux Etats-Unis au cours de 
cette année. Je me hasarde à dire que peu de ces résumés soulignent ce qui, à 
mon avis, est un des traits les plus saillants d'une année particulière de notre vie 
américaine. 


« Je parle de la surprenante recrudescence d'intérêt que le peuple des Etats- 
Unis montre pour tout ce qui concerne le gouvernement. Dans les villes, dans les 



hameaux et dans les fermes, hommes et femmes, dans leurs rapports quotidiens, 
discutent, comme jamais auparavant, sauf toutefois au temps de la guerre, du 
système qui régit la communauté et les problèmes nationaux. 

« Quant à nous, non contents de chercher un remède provisoire à la crise, 
nous nous sommes efforcés d'extirper les racines mêmes du mal. 

« Pour ce faire, nous avons besoin de contacts pratiques et précis entre le 
monde universitaire et celui des affaires gouvernementales. Le développement de 
notre vie économique nécessite la compréhension intelligente des centaines 
d'éléments qui s'entremêlent dans notre société. Le Gouvernement a un besoin 
très précis non seulement des points de vue sociologiques et économiques, mais 
encore de l'aide pratique des hommes et des femmes qui représentent les 
éléments universitaires, commerciaux et libéraux de la communauté. 

« II nous faut dans le Gouvernement un personnel formé. Nous avons besoin 
de fonctionnaires désintéressés et résolus. Nous ne pouvons y arriver sans la 
création d'une bureaucratie nationale qui régirait la vie nationale de notre 
système gouvernemental. 

« Voilà pourquoi je me réjouis particulièrement d'apprendre l'établissement de 
cette École d'Affaires publiques. Je puis vous assurer que le Gouvernement 
collaborera sincèrement avec vous. » 


Dans ce discours j'abordai pour la première fois un sujet qui doit 
nécessairement préoccuper un gouvernement qui préconise une politique 
d'entente avec l'agriculture, l'industrie et la finance. Je n'avais jamais cessé de 
croire profondément aux principes du service civil. Toutefois, tel qu'il était 
constitué dans notre pays, le service civil avait eu des hauts et des bas. Il n'avait 
pas toujours été des plus opérants et avait manqué de souplesse aux époques 
troubles. En se basant sur lui, je crois que ce pays pourra élaborer un système de 
service public qui produira certainement d'aussi bons résultats que le « British 
Civil Service » et qui, en faisant preuve d'esprit d'initiative, s'adaptera mieux aux 
circonstances. 

Nous avons là une nouvelle possibilité d'améliorer le service gouvernemental, 
d'en diminuer l'esprit de parti, et de donner, en particulier aux jeunes, une 



occasion de participer d'une manière pratique aux travaux du Gouvernement. 



CHAPITRE XIII 


Je ne voudrais pas terminer ce livre sans exprimer d'une façon un peu plus 
claire que je ne l'ai fait jusqu'ici, ce que je pense des responsabilités qui 
incombent aux personnes qui exercent de l'autorité sur autrui. 

L'autorité n'est pas circonscrite au Gouvernement. Son domaine s'étend à 
l'ensemble de l'industrie, du travail et de la finance. Il y a beaucoup plus de 
personnes qui détiennent de l'autorité dans la vie privée que dans les services 
gouvernementaux. Toute vie organisée, privée ou publique, dépend de l'autorité 
qu'exercent certaines personnes sur autrui, et la beauté comme la durée de cette 
vie, dépend de l'intégrité avec laquelle l'on exerce cette autorité. 

Considérons en premier lieu les gens en place dans la vie publique. Toujours, 
au cours des siècles, on attachera au nom du Président Cleveland, ce principe de 
rude honnêteté : « Le poste de fonctionnaire est un poste de confiance. » 
L'énergie farouche qu'il déploya pour faire disparaître l'ancienne doctrine selon 
laquelle au vainqueur appartiennent les dépouilles, introduisit dans le 
Gouvernement fédéral un nouvel idéal de service public, Sous la poussée de cet 
idéal, l'immense majorité des serviteurs du Gouvernement Fédéral est devenue 
honnête, y compris les hommes et les femmes qui exercent leur autorité sur ces 
fonctionnaires. Je possède une dose suffisante d'optimisme pour croire que cet 
idéal gagnera lentement mais sûrement le gouvernement local. Chaque année qui 
passe voit de plus en plus la suppression des organismes et des chefs 
d'entreprises locaux à tendances politiques dont la principale fonction dans la vie 
a été de mettre du foin dans leurs bottes. 

Sous un système électoral parfaitement organisé, tout appel au public devrait 
reposer uniquement sur des principes politiques et sur une bonne administration. 
Nous devons chercher par tous les moyens possibles d'atteindre cet objectif. 
Aujourd'hui les électeurs, spécialement les jeunes, nous rapprochent de plus en 
plus de cet idéal. Ils s'intéressent de moins en moins aux seuls emblèmes des 
partis. Ils disent de plus en plus : « J'appartiens à tel ou tel parti, mais, en 
réalité, j'ai presque toujours fait la part du feu. » C'est d'un heureux présage 
pour l'avenir des Etats-Unis. 



Beaucoup de cyniques continueront à déclarer que la politique n'est que boue, 
de quelque côté qu'on la regarde. Ces cyniques contribuent considérablement 
aux maux sur lesquels ils exercent leur verve. 

Nous n'avons pas besoin de cyniques en politique : nous avons besoin d'un 
nombre sans cesse croissant d'hommes et de femmes qui prendront une part 
active et féconde aux affaires publiques, de manière à hausser davantage encore 
le niveau de l'honnêteté qui s'est élevé sensiblement au cours de ces cinquante 
années. 

Le temps est venu d'ajouter un compagnon à l'idéal que Cleveland se faisait du 
service public. 

Ce compagnon c'est : « l'administration privée est un dépôt public. » 

Pourquoi, si on raisonne bien, appliquer deux mesures, l'une pour le 
gouvernement et l'autre pour les affaires et les professions privées? Somme 
toute, si on en juge par l'effet produit sur les êtres humains, la marge n'est pas 
grande entre l'autorité d'un alderman ou d'un inspecteur qui dirige un millier de 
citoyens et celle du président d'une compagnie qui a la main haute sur un millier 
d'employés et d'actionnaires. Ni dans un cas ni dans l'autre, je ne songe à la 
concussion : je fais allusion à quelque chose de plus important — à une direction 
basée sur une morale et des principes sains. 

Je n'accuse pas tous les hommes d'affaires ou tous les chefs industriels, tous 
les directeurs de journaux, tous les hommes de loi. Mais je m'en prends à la 
morale de beaucoup d'entre eux et j'accuse ces citoyens dont les consciences 
lâches pardonnent de tels travers. 

A cette accusation se joint un public qui regarde les choses sous un nouveau 
jour. Il condamne les hommes d'affaires qui, pour des profits personnels, font fi 
des existences humaines, qui n'hésitent pas, par leurs agissements déloyaux, à 
jeter à la rue un rival et ses employés, qui spéculent sur des informations 
intérieures, qui profitent des informations erronées qu'ils sèment dans le public 
ou qui vendent des capitaux fictifs à des acheteurs candides. 

Ce même public condamne ces chefs de groupements syndicaux qui se livrent 
à de mesquins tarifs en usant de leur mandat, ou qui veulent contrôler toutes les 
actions des ouvriers qui ont droit à la liberté et à l'indépendance. Il en est venu à 



soupçonner et à ne plus croire ces directeurs de journaux qui arrangent les 
nouvelles et qui donnent le pas à leur intérêt personnel ou celui d'un parti sur un 
patriotisme bien compris. 

Il condamne, ce public, les avocats qui acceptent des honoraires pour trouver 
des échappatoires à la lettre de la loi, comme il condamne ceux qui emploient 
ces avocats. Le public, qui, autrefois, s'amusait au spectacle de l'habileté de ceux 
« qui s'en tiraient » supporte de moins et moins l'injustice, qu'elle se base sur des 
motifs criminels graves ou sur la simple habileté. Il condamne ces agissements, 
qu'ils « réussissent » ou non, qu'ils soient d'ordre public ou privé. 

L'idéalisme est essentiel dans tous les services — c'est une qualité de l'esprit 
qui ne se contente jamais de la situation présente, c'est une qualité qui appartient 
à celui qui poursuit un but immédiat et qui, l'ayant atteint, s'en assigne un autre. 
Seul le cynique, que je viens de décrire comme un misérable citoyen, osera dire 
qu'un tel homme n'est nullement pratique. L'idéaliste n'est pas nécessairement un 
réalisateur raté. Certains des plus grands administrateurs sont des individus qui 
s'efforcent constamment d'améliorer le sort de l'humanité. 

La nation a trouvé heureusement dans les membres de mon Gouvernement des 
hommes et des femmes dont l'idéalisme ne s'est pas montré inopérant. Je suis 
personnellement heureux des loyaux services des membres de mon Cabinet, du 
Secrétaire Hull comme de tous les autres, j'ai à me féliciter du dévouement des 
chefs des nouveaux services gouvernementaux qui aident l'Amérique à sortir du 
chaos, des hommes et des femmes qui, dans toutes les branches du 
Gouvernement fédéral, se montrent des membres indispensables et précieux de 
l'équipe gouvernementale. Je me réjouis du dévouement et de l'aide désintéressée 
que me donnent des personnes telles que Howe, Mclntyre, Earley et Molcy à 
qui, pour toutes sortes de services, je fais appel à toute heure du jour et de la 
nuit. 

Le pays a de la chance et ce n'est pas seulement à cause du dévouement de ses 
nombreux dirigeants, mais surtout parce que ceux-ci sont intelligents et qu'ils 
usent de leurs dons pour atteindre un idéal qui n'est autre que le bien-être 
permanent du citoyen moyen. 



Appendice VIII 


DÉCRET RELATIF AU REÇU DE L'OR PAR LES HOTELS DE MONNAIE 
EN CONSIGNATION ET LES BUREAUX DE POIDS ET MESURE 

(15 janvier 1934.) 


En vertu de l'autorité qui m'est conférée... je prescris par la présente les 
règlements suivants relatifs à l'or tenu en consignation en vue de la vente : 

Article premier. — Les hôtels de monnaies et les bureaux des poids et mesures 
des Etats-Unis ont, par la présente, l'autorisation, soumise aux prescriptions 
éventuelles du Secrétaire au Trésor, de recevoir en consignation l'or que ledit 
hôtel de monnaies ou bureau des poids et mesures sait pertinemment n'avoir pas 
été détenu contrairement aux stipulations des décrets. 

Article 2. — Le Secrétaire au Trésor a, par la présente, le pouvoir et 
l'autorisation d'édicter toutes mesures qu'il estimera nécessaires à l'exécution des 
intentions de ce décret. 

Article 3. — Le présent décret et toutes mesures édictées ci-dessous peuvent, 
à tout moment, être modifiées ou abrogées. 



Appendice IX 


DÉCRET RELATIF AUX PLAINTES DÉNONÇANT LES PRATIQUES DE 
MONOPOLE 

(20 janvier 1934.) 

1. Chaque fois qu'un plaignant se jugera mécontent de la manière dont un 
service du Gouvernement Fédéral, à l'exception du Ministère de la Justice, aura 
accueilli toute plainte accusant une personne, société, corporation ou autre 
association ou forme d'entreprise de se livrer à des agissements monopolisateurs 
ou à des pratiques qui permettent ou encouragent un monopole ou tendent à 
supprimer, ou à écraser de petites entreprises, pratiques qui enfreignent 
notoirement les stipulations des codes de concurrence loyale approuvés par la N. 
L R. A. ou qui, tout en étant sanctionnées par les stipulations de ce code, 
enfreignent notoirement l'article 3 (a) de ladite N.I.R.A., dans ce cas cette plainte 
sera trame-mise à la Commission Fédérale du Commerce par le service que 
désignera le plaignant. 

2. La Commission Fédérale du Commerce, en conformité avec les stipulations 
de la N.I.R.A. et celles de la loi du 26 septembre 1914, peut, au reçu de toute 
plainte de cette sorte qui lui est transmise, intenter une action contre ces 
personnes, sociétés, corporations ou autres associations ou autres formes 
d'entreprises dont elle a des raisons de croire qu'elles se livrent aux pratiques 
susdites, et ce, chaque fois que la Commission Fédérale de Commerce jugera 
qu'une action dans le domaine susdit sera conforme à l'intérêt public : si la 
Commission Fédérale du Commerce estime que lesdites pratiques ne sont pas 
contraires aux stipulations de l'article 5 de la c Fédéral Trade Commission Act » 
on des articles 2, 3 ou 7 de la loi Clayton, ladite Commission, au lieu d'intenter 
une action en justice transmettra la plainte et les pièces justificatives au 
Ministère de la Justice. 

3. On ne peut interpréter le pouvoir que l'on confère par la présente à la 
Commission Fédérale du Commerce comme une dérogation aux pouvoirs que 
ladite Commission possède en vertu de la loi.